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Instants d’éternité poétique avec Philippe Delaveau

by Alix de Boisset on février 13th, 2011 Commentaires fermés

Né à Paris en mai 1950, Philippe Delaveau est issu d’une famille d’origine tourangelle. Il passe son enfance à Paris, en Touraine, et séjourne régulièrement en Angleterre. Les paysages des Moors, la côte anglaise et Londres, très tôt le fascinent.  Il se passionne pour la musique – Mozart, Beethoven, Schubert, Schumann, les contemporains, et rêve de devenir compositeur et chef d’orchestre ! Il découvre la littérature : Balzac et Rabelais, puis pénètre dans le royaume de Poésie : Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Max Jacob… Après des études aux Lycées Montaigne, Louis-le-Grand, puis Henri IV, il intègre l’ENS de Saint-Cloud et poursuit des études de Lettres Modernes et d’Histoire à la Sorbonne. Passionné de musique, il se rend quand il le peut au concert, tourne les partitions des Duruflé à la tribune de Saint Etienne du Mont. Parallèlement, il s’inscrit à l’École du Louvre et entreprend des études de piano. Guy Lévis Mano lui révèle Jouve et Georges Schehadé. Il lit quelques rares poètes contemporains, dont Jacques Réda, qui l’enthousiasme. C’est sa rencontre avec Jean Follain qui sera décisive. Mme Romain Rolland l’entraîne chez Aragon. Julien Green, lui fait découvrir les arcanes de l’écriture romanesque. Il fréquente, chez la fille de Jean Croué, des comédiens dont il s’inspirera pour inventer son personnage d’Elvire van der Kruk (Cent sous pour la reine Mab, éditions de La Différence, 2001). Reçu à l’Agrégation de Lettres Modernes, il est chargé de cours à la Sorbonne.

Envoyé pendant six ans à Londres à l’Institut français (1982 – 1988) avec sa femme et leurs trois enfants, il participe aux activités culturelles et lira par la suite ses premiers poèmes à Jean-Claude Renard – qui lui fera rencontrer Jean Grosjean, Pierre Oster et Jacques Réda -. Il fréquente des peintres comme Philippe Lejeune, Chapelain-Midy, René-Jean Clot… et se lie d’amitié avec poètes et romanciers : Jean-Claude Renard, Jean Grosjean, Pierre Oster, Paul de Roux, Jean-Pierre Lemaire, puis Jacques Réda, ou encore Michel Déon, connu en Angleterre.

À son retour en France, il publie son premier recueil chez Gallimard : Eucharis (1989), marqué par l’Angleterre, qui lui vaudra le prix Apollinaire. Le livre est salué par de nombreux articles. « Coup de cœur » de TF1, « coup de cœur » du Nouvel Observateur dans lequel paraîtra également un article enthousiaste de Claude Roy qu’il rencontrera par la suite. Paraît ensuite Le Veilleur amoureux (1993), repris avec le précédent recueil en « Poésie/Gallimard », avec une préface de Michel Jarrety (2009).

Il partage alors son temps entre l’écriture, les lectures, les voyages, les cours de littérature. Sa poésie lui ouvre le monde et lui permet d’élargir son regard d’écrivain : Les Secrets endormis, Impressions du Mexique en collaboration avec Bernard Pozier (1993) ;  Labeur du Temps (1995). Son recueil Petites gloires ordinaires reçoit le prix Max Jacob en 1999. Il entreprend, grâce à Michel Déon, un travail de collaboration avec des peintres tels que Julius Baltazar et Jean Cortot, puis Bertemès, Laubiès, Hélénon, Pouperon, autour du galeriste André Biren et réalise avec eux de nombreux livres peints.

En 2000, il reçoit le Grand Prix de Poésie de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre.

En 2001, Françoise Seigner (et l’auteur) créent au Théâtre du Rond-Point des Champs-Élysées (direction Marcel Maréchal), pour France-Culture, « Un toast pour la Reine Mab », à partir de Cent sous pour la reine Mab. En 2007, Philippe Delaveau est élu à l’Académie Mallarmé, aux jurys du prix Apollinaire et du Prix Léopold Sédar Senghor (Nouvelle Pléiade).

Sociétaire du P.e.n.-Club et de la Société des Gens de Lettres (SGDL), qui lui décerne son Grand prix de Poésie pour l’ensemble de son œuvre (2010).

Entretien avec ce poète des temps modernes, tour à tour veilleur et prophète, qui souffle sur notre époque un vent magistral d’absolu à travers le savant usage des mots.

1. Vous considérez-vous comme une figure littéraire ?

Philippe Delaveau : À peine ! Le poète est un être invisible aujourd’hui, pas même une ombre qui traverse la ville. La société française lui ôte tout emploi dans la préoccupation du quotidien – et même de l’exception. Autrefois, on pouvait concevoir, pour en rire, une manière de personnage entre l’ivresse et l’insomnie, un hurluberlu pas méchant, hanté de rimes. La télévision, qui régit tout et distribue les rôles, ne lui accorde plus d’image ni de fonction. La presse écrite non plus. Et le public s’est fatigué de lire des livres qui lui paraissent sans objet. Alors que les poètes peut-être sont les figures du sens qu’ils décryptent, s’ils savent se conformer à leur vocation. Celle-ci commence par la veille dans un monde qui vit avec frénésie, sans recul. Voilà bien la fonction du poète, qui découle de l’écriture du poème : veiller pendant que d’autres dorment – entendons cela de manière symbolique, bien sûr. Veiller pour comprendre, au fond de soi, et dans la nuit du monde contemporain, les signes que nous adressent les objets, les faits, les images. L’essentiel est bien ce que nous faisons, davantage que l’image que nous croyons donner de nous-mêmes, qui est incomplète et trompeuse, à nos dépens. Là encore, dans un univers de pipolisation, la figure de cet artisan modeste – le poète – qui travaille à son œuvre, sans trop faire de bruit, comme les artisans qui fabriquent des chaussures ou des montres, est une chose parfaitement insolite. Et, crime suprême, il ne gagne pas ou presque pas d’argent ! Cela dit, si je prenais votre question à la lettre, je dirais que je suis, comme tous les écrivains, la métonymie de ce que disent mes livres, ou simplement peut-être la métaphore… Ce sont les livres qui inventent ceux qui les écrivent – les figures de style (rhétorique) qui inventent les figures concrètes de l’homme véritable, l’homme qui invente, l’artiste, au-delà de l’image de l’homme social, qui n’existe qu’en vain, dans une succession d’actes qui le scindent.

Librairie Gallimard, boulevard Raspail, Paris 2008

2. Comment définiriez-vous votre style ?

Philippe Delaveau : Pour commencer, permettez-moi de dire que ce qui m’importe est bien de rechercher la vérité cachée sous les apparences, pour vivre d’une plus grande authenticité. Ce qui m’amène alors à la question du style, mais cette fois-ci à travers la notion même de ce que nous appelons aujourd’hui l’écriture. Je suis soucieux de simplicité et de justesse – deux qualités traditionnelles en France – je veux dire dans la littérature française -, qui permettent d’approcher plus profondément le mystère. En ce sens, je recherche une nouvelle mesure, c’est-à-dire un « beau style bas » comme on disait au 16e siècle, en reprenant Horace – un style qui convienne à son objet : pas d’élévation lyrique saugrenue, pas de langue décomposée, une vive attention à chaque chose dite, sans ivresse, sans gratuité… Un travail particulier sur la langue pour susciter, en la creusant, un langage poétique. Et par ce langage, parvenir à approcher le secret du monde. J’abomine le style prétentieux et savant, et en général tous les masques qui dissimulent la personne et  l’écriture. Ce qui ne nie pas, loin de là, cette complexité propre à toute œuvre artistique. En somme, j’aime le mystère illuminé par la lumière, l’opacité traversée par un rayon de jour. Je serais heureux de pouvoir faire coïncider ces deux exigences : justice, dans l’ordre moral ; et justesse, dans l’ordre esthétique…

3. Qu’est-ce qui vous a poussé vers la Poésie ?

Philippe Delaveau : Je n’ai pas été poussé, comme on dit qu’un voilier, sur le bassin du Luxembourg, est poussé du bâton vers la margelle. C’est la poésie au contraire qui m’a tiré à elle, me faisant découvrir à la fois le ravissement de lire les poèmes des autres, qui m’ont profondément bouleversé un jour, et le bonheur – mais aussi la difficulté ! – d’en écrire. Le bonheur, mais surtout la nécessité : mon désir, à lire les autres, n’était pas satisfait, il me semble que j’ai toujours voulu écrire ce que je ne trouvais pas dans les œuvres des autres, mais aussi  me dresser contre telle ou telle écriture contemporaine. Mais je reste persuadé, au départ, de la réalité d’un appel : je crois à la notion de vocation en art – au sens religieux. Chaque poète, chaque artiste, est appelé à une quête, en recevant une certaine intelligence de la langue et du monde pour  découvrir les conditions de son propre langage. Il reste alors à descendre au fond de soi pour découvrir ces matériaux nécessaires, ou à être disponible aux sources qui nous traversent, qui nous apportent d’étranges et lumineux éclats du monde. La chance – mais s’agit-il de chance ? – est bien de tomber au départ sur des poèmes qui nous touchent au cœur et aux tripes. Car sans cette rencontre, la poésie ne peut pas s’imposer comme une véritable nécessité (pas plus que le roman ou le théâtre), jouer son rôle de révélateur. Au départ de toute aventure de création, il y a une rencontre avec une œuvre : dans un musée, à un concert, lors du silencieux corps à corps avec un livre par le truchement des yeux et de la totalité de la personne. On connaît le raccourci toujours mythique : « un jour il entra dans un musée et en sortant, il était peintre. » Si les choses sont toujours plus compliquées, il n’empêche qu’il y a quand même du vrai dans ce coup de foudre pour un art, par lequel un être découvre la nature d’un appel.

Namur, Marché de la Poésie, Maison de la Poésie, 2009

4. Vous reconnaissez-vous des influences ?

Philippe Delaveau : Oui, bien sûr. On ne sort pas de rien, hors du temps et de l’histoire – hors de sa bibliothèque. Les romanciers et les poètes qui nous touchent – nos vrais contemporains par le dialogue qu’ils instaurent, et donc hors de ce temps –  nous apportent beaucoup parce qu’ils nous révèlent ce qui existait déjà, de manière latente, au fond de nous. Ils nous indiquent des directions ,des exigences, ils nous prouvent aussi que tout est possible. Les écrivains qui m’ont le plus apporté, sont ceux qui ont su dégager une voie originale vers la prise de réel, l’incarnation, la saisie du secret des profondeurs. Ceux qui rendent tangibles ce dont ils parlent… Je me méfie d’instinct des textes inutilement désincarnés, seulement conceptuels. J’abomine les théories fumeuses, les vaines discussions sur la littérature, la métamorphose de la page en texte abstrait, dévitaminé. Au départ, il y a les poètes qu’on lit : Baudelaire, Villon, Verlaine et Rimbaud furent les vrais premiers intercesseurs, de même, les romanciers qu’on admire : Balzac, Dickens, Tolstoï… Puis viennent les vraies amitiés profondes, l’entrée dans une sorte de famille : Dostoïevski, Tchekhov, les poètes russes, et bien sûr, toujours Baudelaire et Rimbaud auxquels s’ajoutaient les poètes contemporains ; la littérature anglo-saxonne, avec Shakespeare en premier lieu – pardonnez-moi, ce n’est pas original – puis Faulkner ; puis les poètes européens : irlandais, anglais contemporains, italiens, grecs. J’ai eu la chance de rencontrer des poètes et romanciers français dont l’amitié et les conseils m’ont été précieux. Je ne puis les citer tous ici ! Pour n’évoquer que quelques uns d’entre eux, hélas aujourd’hui décédés, laissez-moi vous citer les noms de Julien Green, Jean Follain, Jean Grosjean, Jean-Claude Renard, Guy Lévis Mano, Aragon…

Remise du Grand Prix de poésie de la SGDL, Paris, Hôtel de Massa, 2010

5. Dans quelle mesure les lieux où vous avez vécu ou voyagé ont-ils marqué votre écriture ?

Philippe Delaveau : Tous les lieux par lesquels nous passons, et plus encore ceux où nous habitons quelque temps, où nous avons alors cette relation fondée sur un mélange d’émerveillements et d’inquiétudes – nous révèlent, par des signes nombreux, ce qu’ils veulent que nous sachions des autres et de nous-mêmes. Ils nous laissent entrevoir un peu de ce secret du monde que tout écrivain tente de proférer, avec sa langue et sa musique. C’est parfois loin d’ici – Paris – que la langue française ou quelque aspect de notre culture de Français nous paraît plus compréhensible, du fait de l’étrangeté de la situation. Ce fut Londres, dans mon enfance, et pendant plusieurs années où nous avons eu la chance de résider. Certains lieux m’obsèdent : je pense par exemple à la « Plaine d’Abraham » au-dessus du vieux Québec, d’où l’on a une vue si grandiose sur le Saint-Laurent ; à certains quartiers de México ou de Dublin ; à Belgrade, depuis le parc de la vieille citadelle au-dessus du Danube, à Rome, à Lisbonne… Tout à coup, au détour d’une rue, d’un mur ou d’un paysage, quelque chose nous attend, et tout à coup une révélation nous est faite, et nous recevons ce secret avec les mots qui le disent, avec cette étrange émotion qui accompagne la promesse esthétique. Après, il faudra le déchiffrer, non pas avec des idées, mais avec le lent travail des mots unis en séquences. Autrement dit, dans un second temps l’artiste revisite le lieu par le souvenir, un souvenir intentionnel qui cherche à repérer les signes à travers des objets, du concret. Nous vivons alors comme dans un étrange rêve – étrange, parce que nous sommes à la fois sous hypnose et conscients de tout ce qui advient, et que, agis par l’écriture, nous agissons aussi sur elle pour parvenir à l’heureux équilibre dont se crée une forme. En somme, le voyage, qui rompt l’habitude, est une redécouverte de l’épaisseur charnelle de la réalité, de ce que j’aime appeler – pardonnez ce néologisme ! – la concrétude.

Lecture à Montréal, octobre 2008

6. Le poète est un peu prophète… Quelle est votre vision du monde actuel ?

Philippe Delaveau : Oui, le poète ressent profondément les relations complexes qui se nouent à l’intérieur du monde, et comme il perçoit le temps d’une façon autre que ne le fait l’homme d’affaires, il peut être amené à pressentir des faits, comme s’il les voyait, ou plutôt comme si son poème les voyait, et donc à prononcer, mais le plus souvent à son insu, ces « paroles mystérieuses » qu’évoque la Bible, dont le sens lui échappe le plus souvent. Parfois, il cherche à les interpréter, en tâtonnant. Aussi peut-il parfois tenter de mieux percevoir, à partir de l’expérience du singulier, ce qui relèverait de l’universel, disons les caractéristiques du temps actuel. Mais cette connaissance poétique n’est nullement une prédiction consciente de l’avenir, seulement une façon de déchiffrer un manquement dans le présent, une déperdition dans notre façon de vivre l’instant, de répondre à notre vocation. Les prophéties – en dehors de celles des prophètes appelés par Dieu pour exprimer dans le temps présent sa volonté à son peuple, – sont donc mesurées et la plupart du temps inconscientes : je citerai, pour illustrer mon propos, tel passage de Rimbaud que l’on peut lire comme l’annonce de son amputation, ou de Max Jacob prédisant « la mort allemande ». C’est donc en descendant au plus profond que le poète (ou le romancier, s’il est poète), parvient à lire des réalités qui lui échappent, mais qui seront explicites pour des lecteurs ultérieurement ! Les poètes qui se prétendent des prophètes à la façon de Hugo sont des imposteurs : Hugo n’annonçait rien qu’il ne connût d’autre façon que par la poésie. Certaines personnes, à l’inverse, sont capables de voir loin et de comprendre des choses qui échappent à leurs contemporains – songeons aux mystiques -, sans être pour autant des poètes. Revenons à notre temps, à la situation de la France actuelle : la non-reconnaissance de la poésie, que le poète vit dans une relation plus profonde avec ses poèmes,  une sorte de tête-à-tête, peut être déchiffrée comme le signe d’une crise spirituelle : ce n’est pas la société qui condamne la poésie, mais l’existence de la poésie qui révèle la misère de l’époque, son mal profond, son incapacité à être. Si une civilisation se définit par sa façon de projeter un modèle dynamique en faveur de la vie (de l’homme, de l’enfant, de la nature, de l’art, de l’industrie, etc., etc.) pour contrer les forces mortifères et répondre de façon cohérente aux interrogations existentielles, aux menaces du nihilisme, – le congédiement de la poésie, qui est l’art de rattacher le temps à l’éternel, montre bien que nous ne somme plus dans une ère de civilisation, mais tout au plus sur une aire d’autoroute… une voie qui nous mène à grande vitesse vers quelque chose d’indéfinissable, pour nous y perdre au lieu de nous aider à nous y retrouver !

7. Y a-t-il des lieux imaginaires, rêvés ou perdus, qui vous habitent de manière significative ?

Philippe Delaveau : Oui, les lieux qui signifient l’enfance, parce qu’ils sont associés à son mystère, et donc à l’origine – qui est aussi celle de la parole de poésie ou de fiction. Ce sont souvent des lieux très concrets, avec un élément de paysage – arbre, rivière, maison, ciel, etc. – parfois très localisables, mais que la mémoire a transformés pour en faire des lieux obsessionnels, comme si dans leur atmosphère si particulière le secret semblait plus proche de se révéler. Je me souviens en particulier d’un paysage très émouvant, qui m’a parfois remué jusqu’à la plus forte émotion : la petite vallée qui s’étend face à la façade arrière du château de Saché. On peut suivre des yeux ce gros ruisseau, cette petite rivière, entre la forêt d’un côté, les broussailles de l’autre, la vallée est dégagée, mais elle s’éloigne et bascule bientôt dans quelque chose d’indistinct. Cette zone entre le distinct et l’indistinct est précisément l’équivalent du lieu que les poèmes visitent, au fond de nous, où ils retrouvent le lien avec l’inconnu, mais aussi la promesse d’une révélation à venir qu’il faut patiemment déchiffrer.

8. Comment définiriez-vous le passage entre votre perception d’un lieu, et l’écriture ?

Philippe Delaveau : Longtemps après, et de manière très étrange, les lieux, les gens rencontrés, le moindre objet, s’ils ont quelque chose à me dire, « remontent » à travers moi avec le signe explicite d’une présence, m’invitant à un déchiffrement de ce signe en relation avec mon existence. Généralement cette « remontée » se fait avec des séquences déjà ordonnées, fermées sur elles-mêmes, en attente de formes. Le passage me semble la traversée de ce que je me représente comme une succession de couches et de strates spatio-temporelles – s’agit-il de l’inconscient ? ou plutôt du préconscient spirituel ? En fait il est très difficile de définir où se situe cette zone d’attente et de maturation des signes du monde, – qui sont des images complexes, et dans le cas de l’écrivain, des ordonnances de mots. Mais je sais quelle étrange impression de fébrilité heureuse s’empare du poète au moment où ces séquences s’approchent de sa conscience et avec quelle rapidité il faut noter leur émergence, car elles signifient moins par ce qu’elles disent que par ce qu’elles formalisent. Et si nous n’avons pas su les recueillir à temps, nous ne les rencontrerons plus. A quel rythme cela se fait-il ? à quel moment par rapport à l’expérience de la réalité ? C’est très aléatoire. Parfois ces surgissements ont lieu au petit jour, dans le premier matin des sens, dans la disponibilité de cette sorte d’intelligence inventive, ou bien de manière impromptue, comme dans le cas de la mémoire involontaire, ou bien encore dans le cas de la mémoire volontaire, cette fois-ci, selon des mécanismes inattendus. Une image, une mélodie, une rêverie même, peuvent déclencher tout à coup le surgissement de quelque chose qui attendait son moment d’émergence.

9. Comment se manifeste pour vous l’inspiration poétique ?

Philippe Delaveau : Vous employez un mot délicat, qui a été l’objet de critiques sévères de la part des poètes, à cause de ce qu’il signifie dans les milieux les moins avertis : une sorte d’opération magique à bas prix par laquelle un écrivain se contente de recevoir un poème tout fait qu’on lui envoie par paquet cadeau. Certes, il existe quelque chose que ce mot tente de désigner maladroitement. Mais comme il est difficile d’en parler ! Ce sont des instigations sous des formes variées, parfois, dans leur aspect le plus fort, une sorte de fébrilité qui promet ce que l’on reçoit alors sans toujours le comprendre : des formulations brisées, fragmentaires, qui peuvent guider l’invention poétique. D’autres fois, seulement une sorte d’émotion autour d’un mot, d’un objet, de quelque chose dont on ne sait pas même ce qu’il est et qui s’apprête à remonter des profondeurs où il était caché : un rythme, une évocation, une image. Mais tout cela n’est guère qu’une sorte de promesse de poèmes, nullement le poème achevé, qui fait appel à ces coopérations complexes entre le poète et les mots qui l’appellent. Mieux vaut parler alors d’expiration, pour qualifier ce travail de montage, qui est le souffle sortant de l’âme ? du cœur ? du ventre ? du métier ? du poète – tout cela étant engagé ensemble, d’une manière infiniment mystérieuse. Ainsi l’intelligence ne joue pas ici le premier rôle, je veux dire l’intelligence critique. Mais l’intelligence artistique, qui soupèse et mesure les nuances imperceptibles, les effets de sonorité, de rythme, de mesure interne, et qui peut ne pas toujours comprendre la signification ultime de ce qui est dit. D’où la nécessité de conserver l’esprit d’enfance, qui est une sorte d’innocence de l’être par rapport à ses relations avec lui-même et avec le monde.

Avec Betrand Tavernier pour la remise des prix de la SGDL

10. Quelle est l’importance de la peinture et de la musique pour vous ?

Philippe Delaveau : Ce sont deux arts considérables, chacun dans leur ordre. La musique m’a toujours fasciné, plongé même dans des ravissements inouïs. D’ailleurs je cherche dans mes poèmes à réintroduire des éléments propres à la musique : le rythme, que les contemporains ont généralement proscrit, et les effets de longueur de syllabes (comme dans les « pieds » de la poésie antique). À dire vrai, je ne sais lequel des deux me touche le plus : tout dépend de l’heure et des conditions psychologiques. Il m’est arrivé d’écouter pendant des journées entières, quand j’avais sept, huit ans, des morceaux de Mozart, Beethoven, Schubert, à la campagne, allongé sur le parquet d’une chambre, et de ressentir violemment ces morceaux, répétés sans fin. J’aurais aimé me consacrer à ces deux arts, à la musique, très tôt, puis à la peinture. La peinture est dans un premier temps plus proche, dans la mesure où elle relève de l’écriture, mais elle diffère en transcendant les mots. Ce que fait aussi la musique, qui est sans doute l’art le plus haut, le plus grand, le plus mystérieux, qui nous ouvre véritablement un autre monde. La poésie, qui reste tributaire des mots d’une langue particulière, tire néanmoins sa grandeur de la primauté du verbe, comme il est dit dans la Bible : « Au commencement était le Verbe… » Mais la langue est radicalement blessée depuis la chute, depuis l’expérience si terrible de la Tour de Babel – et chaque langage de poésie cherche à remonter vers le verbe originel pour approcher le Verbe, si bien qu’il y a une grandeur douloureuse dans toute parole de poésie, dans toute grande profération de langue. Et le langage poétique considère avec émerveillement et envie les aptitudes de la musique ou de la peinture, plus proches de l’universel, moins atteintes par les conséquences de la chute – sinon dans les temps actuels, par la perte du « sens ». Mais s’il y a « sens », c’est donc avec des mots : la crise des arts plastiques est seconde par rapport à la crise qui frappe la pensée et la langue. Il existe néanmoins de belles entreprises de peinture ! J’ai eu la chance de pouvoir travailler à des livres avec quelques peintres, qui m’ont beaucoup appris de leur art – et de la poésie en retour, par ces démarches « croisées » où le peintre accompagne les mots du poète, ou l’inverse : le poète inscrit ses mots sur les peintures ou les gravures. Je songe ainsi  à Baltazar, Laubiès, Bertemès, Hélénon, Chauder, Pardon, Pouperon, Youl, Alechinsky, Antonio Seguí, etc. Je serais ravi de pouvoir travailler avec des compositeurs !

11. Quelles sont vos lectures aujourd’hui, lisez-vous les mêmes auteurs qu’auparavant ?

Philippe Delaveau : J’aime particulièrement le roman. Je lis même davantage de romans que de recueils de poèmes. Trop de livres de poèmes me tombent des mains… Si bien que je reviens toujours à ceux qui m’ont enchanté ! Et je m’aperçois qu’aussi bien pour les romans que pour les poèmes, je préfère de loin les auteurs étrangers contemporains aux auteurs français, sinon quelques uns que j’admire indéfectiblement ! Ce n’est pas facile d’analyser ce qui manque aux œuvres écrites ces derniers temps en France, mais je constate le même défaut de l’une à l’autre. Disons qu’elles sont dépourvues de réalité, elles tournent à vide comme des moulins, elles font faire du bruit aux mots qui restent des mots, au lieu de se dépasser pour permettre à la « magie mineure » d’avoir lieu. Il faut qu’un bon roman nous transporte, que nous ne voyions plus les mots mais la scène à cause de la force de réalité des personnages. De même, un poème réussi doit provoquer en nous une émotion qui nous mette dans un état bien particulier. Il faut que le romancier ou le poète se laissent emporter par la vision profonde, qu’ils écrivent comme en rêve, qu’ils s’emparent alors de toute la réalité qu’ils ont ingurgitée – psychologique, matérielle, spirituelle – pour faire accéder à l’autre vie, la vie seconde, qui est celle de l’art.

"IL N’EST TEMPS D’AUCUNE HEURE", poèmes de Philippe Delaveau, gravures de Julius Baltazar, peintures de Jean Cortot, Éditions Laure Matarasso, Nice 2008

12. De quoi êtes-vous le plus fier ?

Philippe Delaveau : Je ne sais pas si j’emploierais l’adjectif que vous utilisez : « fier » ! Je préfèrerais dire de quoi je me « réjouis » ! De ma femme et de nos enfants ! Les vrais enfants, parce qu’une œuvre d’art ne sera jamais l’équivalent d’un être humain ! D’avoir reçu la grâce d’écrire les livres que j’ai écrits sans sacrifier la vie de famille – du moins je l’espère – contre l’avis ambiant qu’un artiste ne doit pas s’écarter de la seule tâche artistique ! Ce qui me semble une ineptie. Le regard que l’on porte sur soi, sur le monde est transfiguré de manière radicale par la relation amoureuse et paternelle. On ne voit plus les choses de la même façon quand on a reçu la grâce de la paternité – ou de la maternité pour les femmes ! Déjà, on commence par relativiser toutes les choses, à les situer dans leur vraie hiérarchie de valeurs ! D’ailleurs Jean-Sébastien Bach avait vingt-et-un enfants, si je ne me trompe, ce qui devait faire passablement de bruit dans la maison… Mozart aussi a fait l’expérience de la paternité. Plus près de nous, Bernanos avait cinq enfants ! Je me réjouis d’avoir rencontré celle qui devait devenir ma femme, une vraie littéraire, qui a accepté de vivre cette aventure qui n’est pas évidente, croyez-moi ! et dont le jugement et les conseils m’ont toujours été très précieux… Et qu’il m’ait été donné le temps et la force de pouvoir offrir à des étudiants ce qu’ils attendaient, en sacrifiant souvent les livres pour les conseils et l’attention dont ils avaient besoin, même si beaucoup d’entre eux ne se doutaient pas de ces choix douloureux !

Belgrade, lecture à la Bibliothèque Nationale de Serbie, 2010

13. Votre péché mignon…

Philippe Delaveau : Je n’en ai pas qu’un seul, hélas ! et ils n’ont rien de mignon… Beaucoup de péchés, hélas ! disons, parmi les plus avouables, que je suis très gourmand !

14. Un rêve à réaliser ?

Philippe Delaveau : Comme écrivain, oui, il y a ce rêve de parvenir au vers « absolu », qui manifeste tout ce que les poèmes ont tenté maladroitement et trop longuement de dire. Et puis de pouvoir achever tous les livres qui attendent, et qui envahissent ma vie quand je ne parviens pas à les écrire. Je sais de quoi je parle !

15. Quel est le meilleur compliment qu’on puisse vous faire ?

Philippe Delaveau : Me dire qu’on se sent plus heureux après avoir lu un de mes livres. Surtout si l’on ajoute que l’on aura adhéré à une parole d’humanité et non pas à un jeu intellectuel. Que l’on aura partagé à travers la médiation du poème ce qui fait le lot des grandes expériences d’humanité, à travers les relations conflictuelles et complexes qui nous font traverser la souffrance pour atteindre la joie. Que cette lecture aura permis d’admettre qu’il existe un sens à tout ce qui est, à chacune de nos vies. Permettez-moi d’ajouter ceci : ce que j’ai reçu – et en particulier ce don d’écriture, il me vient d’un autre, du Tout-Autre ! Aussi le meilleur compliment qui pourrait m’être fait, je ne devrais pas l’accepter, mais dire, tout au contraire, que je ne le mérite pas : car je n’aurais pas réussi à faire ce qui est le moins mauvais si je n’avais pas reçu, comme tout artiste – mais beaucoup ne se doutent même pas du merveilleux don qu’ils reçoivent – le don gratuitement donné pour cette mission particulière de l’art !

Dans l'atelier de Julius Baltazar, décembre 2009

16. Quels sont vos projets pour 2011 ?

Philippe Delaveau : Parvenir enfin à écrire les grands livres auxquels je n’ai pas pu m’atteler, et qui tournent dans ma tête comme des chauves-souris ! équilibrer enfin, selon une exigence de densité et de transparence ce que je pourrais considérer comme un poème tout à fait réussi ! Reprendre d’anciens poèmes et tenter de les retravailler pour supprimer tant de défauts qui me découragent maintenant qu’ils se découvrent à mes yeux avec tant d’évidence !

Pour en savoir plus sur Philippe Delaveau

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Le phénomène Marc Levy

by Alix de Boisset on avril 12th, 2010 Commentaires fermés

Marc Levy est actuellement l’auteur français le plus plébiscité dans le monde : ses romans populaires ne quittent pas le classement des meilleures ventes depuis le début des années 2000. Né dans les Hauts de Seine, Marc Levy quitte la France pour les Etats Unis à 23 ans et fonde une société spécialisée dans l’image de synthèse. Il reste aux Etats Unis pendant sept ans et revient à Paris pour créer un cabinet d’architecture. Aimant raconter des histoires et doué d’une grande imagination, c’est en tant qu’amateur qu’il se met à l’écriture. Sa sœur le persuade d’envoyer son manuscrit à plusieurs éditeurs et ce sont les éditions Robert Laffont qui le contacteront. Son premier roman « Et si c’était vrai… » est alors adapté au cinéma par Steven Spielberg (Dreamworks 2005). Il se consacre depuis à l’écriture et emmène le lecteur dans un univers personnel où tout est possible : aujourd’hui, les ventes de ses dix livres, toutes éditions et langues confondues, ont dépassé les 20 millions d’exemplaires.

1. Vous considérez-vous comme une figure Littéraire ?

Marc Levy : Je ne sais pas ce que vous entendez par « figure littéraire », ce que je peux vous dire c’est que je m’interdirai toujours de me regarder écrire, je préfère regarder ce que j’écris.

2. Comment définiriez-vous votre style ?

Marc Levy : Libre !  Pour les deux… En tant qu’écrivain, ce qui compte pour moi est d’inventer, de me renouveler chaque fois, de m’amuser, de prendre un risque, tout comme un artisan qui travaille avec une matière vivante.

3. Racontez-nous votre parcours…

Marc Levy : Je vais vous épargner ça ! Je n’aime pas beaucoup parler de moi, bon, si vous y tenez vraiment… Après m’être engagé pendant six ans à la Croix Rouge Française et étudié la gestion et l’informatique à l’Université Paris Dauphine, j’ai crée en 1983 une société spécialisée dans les images de synthèses en France et aux États-Unis. Mais j’ai tout quitté en 1989 pour repartir à zéro en fondant à Paris avec deux amis une société de travaux de finitions. Un jour, j’ai voulu écrire une histoire à l’homme que deviendra mon fils. Encouragé par ma soeur scénariste, j’envoie ce manuscrit aux Editions Robert Laffont qui acceptent aussitôt de publier « Et si c’était vrai ». Peu avant la sortie du roman, Steven Spielberg en acquiert les droits d’adaptation cinématographique. C’est après la publication de « Et si c’était vrai ? » que j’ai décidé de me consacrer exclusivement à l’écriture. S’ensuivent « Où es-tu ? », « Sept jours pour une éternité », « La prochaine fois », « Vous revoir », la suite de « Et si c’était vrai », « Mes amis, mes amours »(adapté au cinéma), « Les Enfants de la liberté » et « Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites », « le premier jour » et « La première nuit » la suite du précédent. En plus de ces romans, j’ai écrit quelques nouvelles et réalisé un court métrage pour Amnesty International ainsi que quelques chansons pour différents artistes dont Johnny Hallyday.

4. Vous avez travaillé longtemps pour la Croix Rouge et vous participez à des opérations humanitaires…

Marc Levy : J’ai passé six années à la Croix Rouge et je ne pourrai jamais rendre à la Croix Rouge tout ce qu’elle m’a donné. J’entends ceux qui disent que le monde d’aujourd’hui est individualiste, certes, ce n’est pas la société qui fait un pas vers vous, mais cela n’interdit en rien de faire soi-même un pas vers les autres. En entrant à la Croix Rouge Française à dix-huit ans, je me suis aussitôt vu offert une place dans la société. Alors, aujourd’hui, soutenir certaines associations, c’est aussi ma façon de participer un peu à la société dans laquelle je vis. Cela dit, je rêve aussi de retourner vraiment sur le terrain. Je soutiens Action contre la faim, parce que des millions d’enfants meurent chaque année par manque d’eau potable et d’alimentation suffisante et que nous pouvons faire quelque chose. ACF a sauvé deux millions d’enfants l’an dernier, vous vous rendez compte ! J’apporte aussi mon soutien à Action Innocence, une association qui œuvre à la protection des enfants sur Internet. Egalement à l’association IDEE, qui s’occupe des enfants atteint d’Epilepsie. Je soutiens chaque fois que je le peux les actions d’Amnesty, de l’institut Pasteur, et depuis peu SOS Villages d’enfants, une association formidable qui permet aux frères et sœurs sans parent de ne pas être séparés. SOS villages d’enfants, crée des villages d’accueils en France et dans le monde pour donner une vie normale à des orphelins ou enfants séparés de leurs parents.

5. Comment en êtes-vous venu à écrire votre premier roman : « Et si c’était vrai ? »

Marc Levy : Mon passage à l’écriture est un peu particulier et la chance y est pour beaucoup. Quand j’ai commencé à écrire ce qui deviendrait « Et si c’était vrai », je n’avais pas l’intention d’en faire un roman, et je pensais encore moins qu’il serait publié. J’avais écrit cette histoire pour mon fils, ou plutôt pour l’homme qu’il deviendrait un jour. Mon idée était de lui remettre le manuscrit quand il aurait l’âge que j’avais en l’écrivant. A travers ce roman, je voulais lui dire d’aller au bout de ses rêves de ne laisser personne l’en déposséder. Poussé par ma soeur scénariste, j’ai envoyé le manuscrit aux Editions Robert Laffont, qui m’ont répondu, huit jours après, vouloir publier le livre. Quelques semaines plus tard, Steven Spielberg me téléphonait pour m’annoncer qu’il voulait adapter mon histoire au cinéma. J’ai alors démissionné du cabinet d’architecture que je dirigeais pour écrire un second roman et me consacrer à l’écriture. Il fallait que je sois cohérent avec moi-même. Arrivait dans ma vie un rêve que je n’aurais jamais osé réaliser, mais, si je n’avais pas été au bout de ce rêve, tout ce que je voulais dire à mon fils dans mon premier roman n’aurait alors été qu’un mensonge.

6. L’adaptation à l’écran par Steven Spielberg vous a -t-elle satisfaite ?

Marc Levy : Le livre est trop long pour être adapté dans sa totalité. Il fallait choisir entre la ligne « comédie » ou la ligne « dramatique » puisque le roman contient presque deux histoires en une. Les producteurs américains ont choisi le côté comédie du roman, c’est un choix respectable. Personnellement, j’ai passé un agréable moment en le voyant, sauf la fin que je trouve trop. happy end. Même si les personnalités d’Arthur et Lauren diffèrent dans le film de ce qu’elles sont dans le roman, même si les prénoms des personnages ont été changés, Mark Ruffalo et Reese Whitherspoon, ont recréé la complicité entre Arthur et Lauren. Bien sur, on ne retrouve pas les chapitres du livre, mais l’idée et le sentiment du roman sont présents. J’ai eu l’occasion de voir plusieurs fois le film et à chaque projection je découvre des liens entre les deux, comment le roman a pu inspirer tel ou tel passage du film. Très sincèrement, on ressort de la salle heureux et je ne crois pas que le film efface la mémoire du livre. Je sais que certains lecteurs n’ont pas du tout aimé le film, trouvant que le roman avait été trahi, je voudrais leur dire ceci : le jour où les éditions Laffont m’ont appelé pour me dire qu’ils voulaient publier mon roman, je me suis pincé ; le jour où Spielberg m’a contacté pour me dire qu’il voulait en faire un film, je me suis pincé encore plus fort, alors si l’on m’avait dit un jour que des lecteurs préféreraient mon roman à un film de la Dreamworks… Je n’y aurais jamais cru, alors merci infiniment.

7. Décrivez-nous une journée type pour vous…

Marc Levy : Rien de bien particulier qui mérite d’être raconté. Je travaille beaucoup, j’écris la nuit, parfois toute la nuit. Je dors peu, mais je dors vite… Les journées les plus trépidantes se déroulent lors de mes séjours à l’étranger, rencontrer les lecteurs en France, au Vietnam, en Corée, en Russie, en Allemagne, en Italie, en Espagne etc… Autant d’expériences à chaque  fois fabuleuses pour moi.

9. Que ressentez-vous avant la parution d’un roman ?

Marc Levy : Un trac fou, Une boule au ventre…

10. En quelques mots, de quoi parle « Les enfants de la Liberté » ainsi que le roman en deux tomes « Le premier jour » et « La première nuit » ?

Marc Levy : « Les enfants de la liberté » raconte l’histoire vraie d’une vingtaine d’adolescents en France pendant la seconde guerre mondiale. Tous étaient dans la résistance, dans la 35ème brigade Marcel Langer. Ce adolescents venaient de tous les coins de l’Europe, ils étaient Roumains, espagnols, Italiens, et beaucoup sont morts en criant vive la France avec un accent étranger. Quant à mes deux derniers romans, lesquels sont une histoire en deux tomes, il s’agit d’un roman d’aventure,  la rencontre d’une archéologue et d’un astrophysicien. C’est un thriller, et une histoire d’amour sur fond d’étoiles…

11. Vous en êtes à votre 10ème roman : sentez-vous une évolution voire une maturité dans votre écriture, votre style ?

Marc Levy : Disons que je l’espère, c’est le moteur du travail artisanal, l’envie de progresser, de prendre conscience des imperfections passées, de travailler à ne pas les reproduire tout en ayant conscience que d’autre seront commises. J’aime travailler, me remettre sans cesse en cause.

12. Quel effet cela fait d’être l’auteur français le plus lu dans le monde ?

Marc Levy : Plaisir, très plaisir.

13. Comment expliquez-vous votre succès ?

Marc Levy : Je ne l’explique surtout pas. Je sais que la chance y est pour beaucoup et je travaille beaucoup pour la mériter.

14. Quels sont les univers littéraire ou artistiques qui influencent votre travail ?

Marc Levy : La littérature anglo-saxonne.

15. Hormis l’écriture, à quelles passions vous adonnez-vous ?

Marc Levy : La musique, la cuisine  et l’aviation et je n’ai jamais trouvé le rapport entre ces trois passions !

16. Quels livres lisez-vous en ce moment ?

Marc Levy : En ce moment j’écris alors hélas, je ne lis pas.

17. Quelles missions donnez-vous à l’écriture ?

Marc levy : Créer une émotion, entrainer le lecteur dans une histoire, partager un sentiment.

18. Quels sont vos projets pour 2010 ?

Marc Levy : Un prochain roman avant l’été, beaucoup de voyages à l’étranger,  et quelques jours de vacances, je n’en ai pas pris depuis si longtemps….

 

Pour en savoir plus sur Marc Levy :

http://www.marclevy.info/

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Florence de la Guérivière réinvente Camille Claudel…

by Alix de Boisset on mars 3rd, 2010 570 Comments

Florence de La Gueriviere

Traductrice et rédactrice, Florence de la Guérivière se consacre aujourd’hui à l’écriture. Après un premier roman, Si loin soit L. publié en 2000, elle a écrit des nouvelles, dont plusieurs ont été primées (Champagne, Bon à tirer, Les Choses). Avec « La main de Rodin », Florence de la Guérivière signe son deuxième roman, en explorant le destin de Camille Claudel jusqu’en ses ultimes possibilités. Sur la base de recherches rigoureuses, « La main de Rodin » ouvre un passage inédit dans la connaissance de Camille Claudel, exploitant la fiction romanesque pour éclairer autrement le fil tragique de son histoire.

1. Vous considérez-vous comme une figure Littéraire ?

Florence de la Guérivière : Loin de moi cette prétention. Se considérer comme une « figure littéraire » suppose que l’on fasse partie des « figures de proue » du paysage littéraire, ou tout au moins qu’on y fasse relativement « bonne figure » ! Mon travail est aujourd’hui bien trop modeste pour prétendre à quoi que ce soit d’emblématique. Seul le temps peut, avec le recul, faire en sorte ou non qu’une oeuvre finisse par trouver sa place dans le patrimoine littéraire. Aucun auteur ne peut, me semble-t-il, se targuer d’être une « figure », tout simplement parce qu’il ne lui appartient pas d’en décider.

2. Comment définiriez-vous votre style ?

Florence de la Guérivière : Je dirais qu’il est à géométrie variable. Au risque de passer pour un auteur-caméléon, qui se camoufle et se fond dans le paysage de ses fictions, je fais de la prose sur-mesure : j’adapte mon écriture à mes sujets, aux contextes, aux personnages, aux époques. J’aime changer de registre, de niveau de langue, de ton, de rythme, parce que je jubile autant à manier une langue très classique, un tantinet académique, que les mots de tous les jours, le langage parlé, brut de décoffrage… De l’un à l’autre, il y a probablement un « style » qui me caractérise, une « griffe » comme on dit : peut-être une propension à fouiller sans cesse dans l’imaginaire pour y trouver des métaphores qui parlent. Il paraît que mon style est très imagé.

3. Qu’est-ce qui vous a poussé vers l’écriture ?

Florence de la Guérivière : A cette question très indiscrète, un trio de réponses, sincère à défaut d’être glorieux !

- La voix de la facilité : j’écris parce que c’est beaucoup moins difficile que de parler… Je me suis souvent dit que la nécessité d’écrire relevait chez moi d’une incapacité latente à poser ma voix dans la vie. La médiation de l’écrit est pour moi beaucoup plus rassurante que celle de la parole, qui vous expose en frontal, en temps réel, au regard d’autrui ou, bien pire, à ses questions…

- La voix de la paresse : j’écris parce qu’en toute honnêteté, je ne sais rien faire d’autre ! L’acquisition de compétences plus lucratives est un mal nécessaire que je rechigne lâchement à affronter…

- La voix du politiquement incorrect : j’écris parce qu’il y a dans la réalité de tous les jours des zones d’ennui si épaisses que l’évasion dans la fiction est une nécessité vitale, une respiration. Un jour passé sans fiction me pèse comme un couvercle. Vous savez, on entend souvent des gens dire : « J’ai tellement d’occupations… Je ne m’ennuie jamais ! » Moi je m’ennuie la plupart du temps, et les occupations ne font que contribuer à cet ennui. Autrement dit, je suis de ceux qui pensent que pour créer, il faut passer par cette espèce de vide intérieur… Et s’émerveiller de ce qu’il en surgisse, parfois, des perles dignes d’être cultivées dans les livres !

Camille Claudel

4. Pourquoi avoir choisi d’écrire sur Camille Claudel ?

Florence de la Guérivière : Oui, vraiment, quelle idée, alors que tout a déjà été dit et écrit sur elle ! La rencontre avec son oeuvre, par un samedi pluvieux à Marmottan, a été comme une illumination… quelque chose d’irrésistible, qui m’a poussée sur-le-champ à m’immerger dans cette oeuvre pour découvrir l’âme blessée qui se trouvait derrière. Je me suis aussitôt jetée à corps perdu dans « le cas Camille Claudel« , sans bien savoir où cela me mènerait car, encore une fois, je n’avais aucune légitimité sur le plan artistique pour écrire un livre sur un sculpteur de cette envergure. Peu à peu a germé en moi l’idée qui allait servir de point de départ à mon roman : finalement, pour entrer dans l’intimité de cette artiste, ne pouvais-je pas me placer sur mon terrain à moi, c’est-à-dire la fiction, en imaginant ce qu’elle aurait fait, pensé, rêvé, détesté, si l’événement de sa sortie d’asile avait pu se produire ?

La main de Rodin

5. Pourriez-vous expliquer « La main de Rodin » en quelques mots ?

Florence de la Guérivière : L’idée est très simple. Camille Claudel, comme chacun sait, a été internée dans une maison de santé pendant trente ans, de l’âge de 48 ans jusqu’à sa mort. Contrairement à ce qui aurait pu, aurait dû arriver, elle n’a jamais bénéficié d’aucune autorisation de sortie. Compte tenu de cet incroyable acharnement du sort, comment ne pas imaginer ce qui se serait passé si elle avait quitté son asile, ne serait-ce que quelques jours ? Aurait-elle cherché à revoir Rodin ? Aurait-elle voulu sculpter à nouveau ? Serait-elle retournée dans sa famille ? Autant de questions que tous les passionnés de Camille Claudel ne peuvent manquer de se poser, et auxquelles j’ai apporté mes propres réponses, non seulement sur la base de tout ce que l’histoire a retenu d’elle, mais aussi, forcément, sur la base de mes propres intuitions ! J’ai passé beaucoup de temps sur sa correspondance, par exemple. Camille s’y livre la plupart du temps à nu, parce qu’il était dans sa nature de se montrer toujours vraie, extrêmement directe, sans s’embarrasser de formes. Pour cette raison, ses lettres nous font rire ou nous arrachent des larmes avec la même force irrésistible.

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6. Quelle est d’après vous,  l’originalité de l’oeuvre de Camille Claudel dans l’histoire de la sculpture ?

Florence de la Guérivière : Je n’ai à cette question pas de meilleure réponse que celle de Paul Claudel lui-même sur le travail de sa soeur : « L’oeuvre de ma soeur, ce qui lui donne son intérêt unique, c’est que tout entière, elle est l’histoire de sa vie» . Cette réflexion de Paul Claudel met le doigt sur l’essentiel : chez Camille Claudel, pour ainsi dire, l’oeuvre vient en amont de la vie, elle la précède, comme si elle anticipait, annonçait, portait tout le poids des épreuves traversées. La douleur affleure de façon si vive dans le moindre modelé qu’on est pris aux entrailles, probablement parce qu’on associe spontanément le tragique de la destinée de Camille aux sculptures sorties de ses mains.  Peut-on en dire autant de Rodin, de Bourdelles, de Despiau, de Desbois ? Chez ces sculpteurs, on salue l’habileté, la technicité, le naturalisme poussé à l’extrême, l’innovation, éventuellement la force érotique… Est-on pris aux entrailles ? Non. C’est toute la différence entre le Baiser de Rodin et Sakountala, par exemple, entre l’Eternelle idole et l’Implorante. Sur l’Implorante, je retiens encore Paul Claudel : « Cette jeune fille nue, c’est ma soeur ! Ma soeur Camille. Implorante, humiliée, à genoux et nue ! Tout est fini ! C’est ça pour toujours qu’elle nous a laissé à regarder !» 

Trente ans de création, trente ans d’internement : c’est en ces termes lapidaires qu’on résume généralement la biographie de Camille Claudel.
Et si Camille Claudel, au cours de cette longue séquestration, avait pu quitter son asile, ne serait-ce que quelques jours? Qu’aurait-elle fait de sa liberté retrouvée ?
« Hiver 1917. Camille Claudel est autorisée à quitter l’asile de Montdevergues, où elle est internée depuis quatre ans. Retour à Paris, en pleine guerre : où aller ? Chez Rodin, le « maître » et amant auquel elle a si longtemps prêté sa main, et qui lui a toujours refusé la sienne ? Chez sa mère, à Villeneuve, sous les obus, avec l’espoir fou de terminer ses jours dans le paradis perdu de son enfance ? »
Sur la base de recherches rigoureuses, « La main de Rodin » ouvre un passage inédit dans la connaissance de Camille Claudel, exploitant la fiction romanesque pour éclairer autrement le fil tragique de son histoire.
F. de La Guérivière imagine sous la forme d’un récit romanesque ce que Camille Claudel aurait fait si elle avait pu quitter l’asile de Montdevergues où elle était internée depuis plusieurs années. Peut-être qu’elle aurait rejoint Rodin, ou sa mère.*6. Quelle est d’après vous l’originalité de l’oeuvre de Camille Claudel dans l’histoire de la sculpture ?Florence de la Guérivière : Je n’ai à cette question pas de meilleure réponse que celle de Paul Claudel lui-même sur le travail de sa soeur : « L’oeuvre de ma soeur, ce qui lui donne son intérêt unique, c’est que tout entière, elle est l’histoire de sa vie ». Cette réflexion de Paul Claudel met le doigt sur l’essentiel : chez Camille Claudel, pour ainsi dire, l’oeuvre vient en amont de la vie, elle la précède, comme si elle anticipait, annonçait, portait tout le poids des épreuves traversées. La douleur affleure de façon si vive dans le moindre modelé qu’on est pris aux entrailles, probablement parce qu’on associe spontanément le tragique de la destinée de Camille aux sculptures sorties de ses mains.  Peut-on en dire autant de Rodin, de Bourdelles, de Despiau, de Desbois ? Chez ces sculpteurs, on salue l’habileté, la technicité, le naturalisme poussé à l’extrême, l’innovation, éventuellement la force érotique… Est-on pris aux entrailles ? Non. C’est toute la différence entre le Baiser de Rodin et Sakountala, par exemple, entre l’Eternelle idole et l’Implorante. Sur l’Implorante, je retiens encore Paul Claudel : « Cette jeune fille nue, c’est ma soeur ! Ma soeur Camille. Implorante, humiliée, à genoux et nue ! Tout est fini ! C’est ça pour toujours qu’elle nous a laissé à regarder ! »

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7. Qu’est-ce qui vous a le plus marquée dans les oeuvres récemment suscitées par Camille Claudel : romans, filmographie, spectacles ?

Florence de la Guérivière : Il est fascinant de découvrir tout ce que Camille Claudel réussit à inspirer aujourd’hui, dans tous les domaines artistiques ou presque : cinéma, théâtre, chorégraphie, littérature…  Belle revanche pour celle qui, tant d’années, est restée dans l’oubli, dans l’ombre des deux « monstres sacrés » qu’ont été Rodin et Paul Claudel ! Parmi toutes ces réalisations, tout le monde garde en mémoire le film de Bruno Nuytten, avec un Depardieu et une Adjani plus vrais que nature. Ce film est vraiment une réussite. Je déplore juste, pour ma part, qu’en dépit de toutes ses qualités, le film – comme du reste les romans tirés de la biographie de Camille Claudel – ait si peu cherché à révéler la vraie nature de la maladie de Camille. On montre généralement le personnage sous les traits un peu caricaturaux de la folie (scènes de violence, démence, hystérie etc.) sans mettre le doigt sur la réalité attestée de son mal : la paranoïa. J’ai également beaucoup aimé le ballet « Sakountala«  avec Marie-Claude Pietragalla, avec son extraordinaire ouverture sur « la porte de l’Enfer ».

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8. Quels sont les univers littéraires et artistiques qui influencent votre écriture ?

Florence de la Guérivière : Difficile à résumer, car je fais feu de tout bois ! Les univers littéraires et artistiques que je traverse sont d’inépuisables sources d’inspiration mais aussi de vigoureux stimulants (encore que la lecture de certains puisse avoir sur moi l’effet inverse : que peut-on espérer écrire après Proust ?!) En tout état de cause, je me nourris régulièrement des grands noms de notre littérature classique et contemporaine. Récemment je suis partie à l’assaut de toute l’oeuvre de Simone de Beauvoir, de toute l’oeuvre de Kundera, de tout Primo Lévi… Plus j’avance en âge, plus j’ai besoin, derrière l’oeuvre, de découvrir la pâte humaine, l’homme ou la femme qui vit derrière le texte, la fine pointe de son monde intérieur: voilà pourquoi je ne lis plus désormais que des « oeuvres complètes » ou presque. Rarement des ouvrages isolés. C’est la raison pour laquelle Camille Claudel m’a à ce point fascinée : son oeuvre, c’était elle ! Mais les univers littéraire et artistique ne sont pas les seuls à influencer l’écriture, comme on s’en doute. Les jours qui passent, les événements, les personnes proches ou lointaines sont autant de « matières premières » susceptibles de se voir transformées en « fictions finies ».  Le point commun de toutes ces influences ? Le symptôme qui caractérise l’irruption de ce qu’on appelle « une source d’inspiration » ? Un drôle de petit pincement au coeur qui survient après un événement, une rencontre, une oeuvre, et qui me brûle de l’intérieur jusqu’à ce que, après des heures de travail mises bout à bout, surgisse un bout de fiction.  La petite brûlure, alors, se dissipe lentement… Jusqu’à la suivante.


Pour en savoir plus sur Florence de la Guérivière :

http://k-mille.artblog.fr

http://livre.fnac.com/a2675845/Florence-de-La-Gueriviere-La-main-de-Rodin?PID=83857


 

 

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Amiral François Bellec, écrivain et peintre de la marine

by Alix de Boisset on février 26th, 2010 1 065 Comments
Ancien président de l’Académie de Marine, et membre de l’Académie des Sciences d’outre-Mer.
Sociétaire et président de la Société Nationale des Beaux-Arts François Bellec a poursuivi simultanément une activité atypique d’officier de Marine et de peintre sur toutes les mers, avant de se fixer à Paris en 1979 pour y entreprendre une nouvelle carrière de conservateur, comme directeur du Musée de la Marine de 1980 à 1997. Il a écrit beaucoup de livres et d’articles sur l’histoire de la navigation, des découvertes et de la peinture d’inspiration maritime, et il a été invité à faire de nombreuses conférences en France et dans le monde, en particulier aux Etats-Unis, en URSS, en Chine, en Thaïlande, en Indonésie et en Australie. Il est Chevalier de la Légion d’Honneur, Commandeur de l’Ordre National du Mérite, Chevalier du Mérite Maritime et Officier des Arts et des Lettres.

Bellec

Ancien président de l’Académie de Marine, membre de l’Académie des Sciences d’outre-Mer, sociétaire et président de la Société Nationale des Beaux-Arts, François Bellec a poursuivi simultanément une activité d’officier de Marine et de peintre sur toutes les mers, avant de se fixer à Paris en 1979 pour y entreprendre une carrière de conservateur, comme directeur du Musée de la Marine de 1980 à 1997. Auteur de nombreux livres et articles sur l’histoire de la navigation, des découvertes et de la peinture d’inspiration maritime, il a été invité à faire de nombreuses conférences en France et dans le monde. Chevalier de la Légion d’Honneur, Commandeur de l’Ordre National du Mérite, Chevalier du Mérite Maritime et Officier des Arts et des Lettres, François Bellec est une figure dont le parcours atypique mêlant histoire, peinture et écriture est fascinant, rare et plein de style.

1. Vous considérez-vous comme une Figure de la Marine ?

François Bellec : Si tant est que nous ne sommes pas très nombreux à nous efforcer de faire comprendre la mer aux Français (Eric Tabarly définissait la mer comme « ce que les Français ont dans le dos quand ils regardent la plage ») on peut si l’on y tient m’inscrire dans le Who’s Who de la mer. A une page marginale des défenseurs intellectuels d’un héritage brillant et de valeurs en devenir, dans le chapitre des passeurs prêchant dans le désert des occasions manquées. Projeté naguère par la bienveillance des dieux dans une charge de conservateur d’une partie de notre patrimoine de la mer que j’ignorais alors et que j’ai découvert avec émerveillement, je m’y suis investi depuis trente ans, c’est-à-dire depuis une petite vie. La peinture et l’écriture historique mais aussi de nombreuses fonctions au sein d’organismes scientifiques et culturels liés à la mer sont autant de moyens d’action qui me permettent d’espérer faire passer des messages lisibles ou subliminaux à nos compatriotes. Le ministre de la Culture m’a confié il y a dix ans la présentation des bateaux à la Commission nationale des monuments historiques, et ce lien convivial avec des plaisanciers, des gens de mer et des associations de sauvegarde est un peu symbolique d’un engagement qui perdure à un âge où l’on est normalement écarté de la vie active.

Ecrivains de la marine - expédition Vanikoro 2008

2. Comment définiriez-vous votre style de « peintre de la marine » ?

François Bellec : Je suis un  abstrait figuratif. Comme le sont la plupart des Peintres Officiels de la Marine. Bien que le corps soit maintenant interarmées, ils conservent leur nom par attachement. Mes confrères sont aussi à des titres divers post impressionnistes les uns, classiquement britanniques les autres ou hyperréalistes, un style qui convient bien au monde de la mer du XXIe siècle. Tous sont d’abord, il faut le rappeler, des artistes peintres tout court, même si la « marine » est un genre auquel ils sont particulièrement attachés. Je qualifie de la même façon d’abstraction figurative les (bonnes) tendances que défendent aujourd’hui les sociétés d’artistes fondées au XIXe siècle. Elles acceptent, elles en conviennent, des œuvres parfois très insuffisantes, car elles doivent financer les coûts de location, d’aménagement et d’éclairage des salles pour assumer leur vocation socioculturelle issue de leurs origines : permettre à des artistes de montrer librement leur travail. Je fais souvent remarquer que les plasticiens peintre, graveurs et sculpteurs ont beaucoup de chance puisqu’ils peuvent montrer leur savoir faire bien plus aisément que les artistes lyriques, les musiciens interprètes ou compositeurs, les acteurs ou les écrivains qui doivent d’abord faire leurs preuves. Tombé dans un piège, je préside depuis quelques années la Société Nationale des Beaux-Arts fondée en 1890 par Puvis de Chavannes par scission de la Société des Artistes Français instaurée par l’Etat lassé des intrigues et des criailleries des jurys officiels du Salon. J’use de l’ancienneté de cette tradition pour dénoncer le détournement abusif de l’adjectif « contemporain ». Il n‘est pas la propriété d’un microcosme. L’art dit contemporain dont les maîtres sont incontestables, est parsemé d’icebergs dangereux dont le lamentable amoncellement Boltanski au Grand Palais a révélé la partie émergée. Au temps où naissaient les sociétés frondeuses et les groupes en réaction contre l’art officiel, Gauguin réclamait en leur nom « le droit de tout oser ». Les artistes ordinaires disent aujourd’hui aux responsables et aux spéculateurs de l’art officiel qu’ils n’ont pas le droit d’oser trop loin. Sauf à renier à leurs risques et périls l’histoire de l’art qui a construit l’Europe des cultures. Cela dit, Richard Texier, dont l’amitié m‘honore tout autant que celle de Pierre Alechinsky (Je les ai exposés l’un et l’autre en majesté au Musée de la Marine), a été nommé Peintre officiel de la Marine. Nous sommes des gens fréquentables puisque nous soignons nos archaïsmes.

peintres de la marine

tableau 2

toile Bellec

3. Et d’écrivain ?

François Bellec : Tous mes ouvrages  - une vingtaine de titres plus une dizaine de contributions à des encyclopédies et à des livres collectifs – ont un caractère historique. Ils échappent donc à l’invention romanesque mais la grande histoire de la mer n’a pas besoin d’imagination pour être passionnante. Et puis, tout de même, j’ai sur un coin de bureau un long roman (historique logiquement) qui se déroule au début du XVIIe siècle entre Lisbonne et Goa, à travers cet espace sacré où ont été écrites incontestablement les plus belles pages de l’histoire de l’expansion maritime européenne. J’ai décidé d’écrire ce livre quand Jean-François Deniau m’a demandé de l’aider à bâtir un corps d’écrivains de marine à l’image des peintres. Nous sommes vingt écrivains parlant de la mer et la pratiquant, une condition indispensable. Dont trois prix Goncourt : Didier Decoin, notre actuel président, Yann Queffélec et Jean-Christophe Ruffin, nouvel Académicien Français comme Michel Mohrt, Michel Déon et Eric Orsenna (Jean-François Deniau et Bertrand Poirot-Delpech ont disparu) mais aussi des écrivains de terrain aussi divers que Bernard Giraudeau, Isabelle Autissier, Simon Leys, Hervé Hamon, Titouan Lamazou, Jean Rolin, Patrick Poivre d’Arvor, Jean Raspail ou Pierre Schoendoerffer. Notre groupe fonctionne bien et se rassemble au moins trois fois par an dans une belle amitié littéraire conviviale. Tous ses membres ont accepté de s’engager eux aussi dans la défense et l’illustration du fait maritime français sous la protection du chef d’état-major de la Marine Nationale. Il leur a conféré discrètement,  avec la complicité du ministre qui a fermé les yeux, le port de l’uniforme, comme les peintres. Ce contact devenu plus présent avec la littérature depuis que j’assure le secrétariat général des Ecrivains de Marine est la raison de ma décision de mériter la qualification d’écrivain en devenant  un romancier. C’est un tout autre monde que celui de l’essai historique. Cette expérience m’a permis de découvrir, rapporteur austère de la chronique de la mer, le bonheur jubilatoire de l’invention romanesque libérée.

La Perouse

4. Une anecdote particulièrement marquante de votre vie d’amiral…

François Bellec : La question est en réalité biaisée sans malice. J’ai pris la direction du Musée National de la Marine en étant encore capitaine de frégate. Je saccageais ce faisant ma carrière selon la direction du personnel de la Marine, et c’était bien mon avis mais l’intérêt de la tâche valait bien ce sacrifice. Et puis d’heureux concours de circonstance et un ministre de tutelle passionné par mon travail pour le rayonnement de la Marine ont donné tort aux prophètes grincheux. J’ai eu le beurre et l’argent du beurre comme on disait autrefois dans la France profonde. L’anecdote, si on y tient, pourrait être l’unicité d’un officier de Marine détaché à la tête d’un musée, incroyablement imposé par le ministre à un chef d‘état-major médusé, pour une promotion au grade de contre-amiral. Quand l’amiral François-Edmond Paris, mon lointain prédécesseur, avait été nommé en 1871 directeur du Musée de la Marine (encore au Louvre à cette époque), il était depuis longtemps retiré du service actif, vice-amiral et membre de l’Académie des Sciences. Il resta à son poste 22 ans, moi 18. L’air marin conserve les conservateurs.

Bateau

5. De la Royale à la Marine Nationale, comme vous situez-vous ?

François Bellec : Royale, impériale ou nationale, la marine sert le pays à travers des heures riches ou sombres, fidèle aux valeurs inscrites à bord de ses navires : Honneur, Patrie, Valeur, Discipline. Ce sont de belles devises et les jeunes hommes – et femmes maintenant – qui s’y engagent y trouvent avec enthousiasme de belles satisfactions de vie. La marine ne doit pas son surnom à une nostalgie monarchiste. A l’écart de la politique par tradition culturelle, les gens de mer la distinguaient ainsi du temps de leur enregistrement sous le régime obligatoire – mais déjà sécurisé avant que l’on pense à une sécurité sociale – de l’Inscription maritime.  Issue des « classes » du XVIIe siècle, c’était une manière de réserve de gens de mer amarinés. Il reste d’ailleurs aujourd’hui autant de marines royales en Europe que de monarchies parlementaires.  Une anecdote illustre le non conformisme de la marine. La marine royale entra en douceur dans la Révolution. Si beaucoup d‘officiers de vaisseau émigrèrent plus tard pour sauver leur famille, la plupart des quelque seize cents officiers du « grand corps » jalousé par l’armée ne s‘engagèrent pas dans un combat idéologique. Peu émigrèrent d’abord. Les quinze cents autres continuèrent de servir dans la légalité, ouverts aux idées libérales et observant les événements sans trop d’états d’âme. Tous pensaient que l’immense prestige acquis par la marine lors de la guerre d’Amérique et sa qualité technique d’arme d’élite qu’on le veuille ou non leur épargneraient les tumultes d’une affaire politique. Révolution ou pas, leur ennemi était l’Anglais. Comme pour les conforter dans cette idée, le décret du 21 octobre 1790 nuança par un compromis l’adoption à la mer du pavillon tricolore dont Louis XVI portait la cocarde. Le pavillon national adopté par la marine conserva la couleur blanche dans les trois quart de sa surface, le pavillon tricolore – inversé alors par rapport au pavillon actuel décrété en 1794 – était réduit au quart supérieur du côté du mât. La raison de cette dérogation n’était pas une crispation réactionnaire. Après en avoir débattu furieusement, l’Assemblée Nationale  avait reconnu la légitimité du refus des équipages d’amener sans combat le pavillon qu’ils avaient maintenu avec honneur sur les mers. La flotte avait obligé l’Angleterre a plier devant son pavillon blanc et à reconnaître la liberté des Etats-Unis d’Amérique qu’il protégeait. Elle le conserva.

6. Directeur du musée de la Marine… Un titre qui laisse rêveur ?

François Bellec : J’ai déjà un peu évoqué cette expérience fabuleuse. D’autant plus excitante qu’au début des années 1980, le musée – comme les musées en général – n’intéressait personne hors de quelques passionnés de la mer. A cette époque, avant la révolution des Musées de France, tout était en friche et tout était à faire. Au palais de Chaillot aussi et dans une douzaine de musées de marine délocalisés le long du littoral. Créer des services de conservation, de communication et d’animation culturelle, réorganiser et dynamiser la présentation des collections m‘ont procuré de grandes joies. Restaurer aussi sous l’œil vigilant des conservateurs des Monuments Historiques des immeubles classés comme le donjon du château de Brest ou la citadelle de Saint-Tropez alors  propriété du Musée de la Marine, Tout était possible et nouveau : des expositions avec le concours généreux de grandes institutions enthousiastes qui n’avaient pas encore la culture du grand public, des cycles de conférences, des récitals et des concerts – jusqu’au Messie dans la grande galerie du musée déménagée pour la circonstance – du théâtre – Goldoni – avec la complicité de la régie du Théâtre de Chaillot. J’ai ouvert il y à un quart de siècle le Musée de la Marine à tous les acteurs qui font aujourd’hui notre « cluster maritime », aux sportifs, aux chantiers navals, à l’off-shore pétrolier, à tous les pôles d’excellence du fait maritime français. Aux universitaires aussi et aux scientifiques, aux artistes et aux écrivains déjà. Ce fut une aventure dont je garderais la « saudade » si je n’avais pas le bonheur de rester en contact militant avec tous ces milieux qui me conservent leur amitié.

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7. Pouvez-nous parler de l’expédition à Vanikoro en 2008 ?

François Bellec : Vanikoro 2008 a été une autre nouvelle expérience fabuleuse. Une aventure moderne à la recherche d’un mystère vieux de plus de deux siècles. C’était mon troisième – et manifestement dernier – séjour à Vanikoro. L’île est maléfique sous son ciel tropical lourd, gardée par des requins et des crocodiles. Les moyens les plus performants de la recherche pétrolière mais aussi des heures de cheminement sous la pluie dans la mangrove et la forêt vierge, des heures de navigations rapides à travers le lagon et dans la grande houle du Pacifique, des heures d’hydravion, de plongée, de travaux sous-marins et de palabres avec les anciens ont permis de fermer les voies sans issue d’un mystère qui demeure : Quel a été le sort de la centaine de survivants du naufrage et comment ont-ils disparus ? Nous savons maintenant que le séjour des naufragés s’est limité à deux points précis de l’île et pas ailleurs. Plus un troisième : l’épave de l’Astrolabe qui a sûrement été utilisée comme base de vie et de défense. Nous avons été conduits enfin, juste avant de quitter Vanikoro, sur une terrasse basaltique naturelle mais aménagée aux temps des premiers polynésiens, plantée d’un énorme arbre sacré. Par recoupements de ce que nous savons et selon la tradition orale, c‘est le lieu dégagé avec vue lointaine sur la mer où s’était retiré le dernier survivant du naufrage. Nous avons approché cette fois les esprits de Vanikoro. Les médecins et les infirmières ont fait de leur côté un beau travail, en soignant en particulier une maladie cutanée endémique dont la souche a pu être cultivée en France et dont on attend maintenant un traitement.

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8. Votre péché mignon…

François Bellec : Je dois en avoir beaucoup. Les péchés peuvent-ils être mignons ? Le plus sûr est que je suis intoxiqué par le travail. Au point de m’ennuyer en vacances.

9. Qu’est-ce que la Société des Explorateurs ?

François Bellec : Elle regroupe des grands voyageurs et les aventuriers curieux. Elle est proche de la Société de Géographie dont je suis administrateur et que je connais beaucoup mieux. Fondée en 1821, c’est la plus ancienne société géographique au monde. Ses collections de cartes et d’ouvrages déposées à la Bibliothèque Nationale sont fabuleuses. C’est dans sa salle de conférences du boulevard Saint-Germain qu’a été décidé le creusement du canal de Suez. La société présidée aujourd’hui par le Professeur Jean-Robert Pitte, membre de l’Institut, organise des colloques, des conférences, des débats, des voyages thématiques. Elle édite de nombreux ouvrages grâce à son fonds, et elle encourage les publications sur la géographie. Elle est chargée d’organiser chaque année les débats en vue de la proposition à SAS le Prince de Monaco des lauréats internationaux du Grand Prix des Sciences de la Mer Albert 1er de Monaco selon un cycle de prospection mis en place par le Prince Rainier. La Société de Géographie m’a confié en 2002 la présidence de ce jury sur la proposition d’Alice Saunier-Séité qui m’avait déjà entraîné à sa suite au conseil d’administration de l’Institut Océanographique. Je présenterai à SAS le Prince Albert II les lauréats 2008 et 2009 à l’ambassade de Monaco le 12 mars.

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10. Quelle est la mission de l’Académie de marine aujourd’hui ?

François Bellec : Il aurait été moins délicat de demander : A quoi peut bien servir l’Académie de marine aujourd’hui ? Comme toutes les sociétés savantes au XXIe siècle, notre compagnie cherche à se rendre utile. Fondée en 1752 par ce que l’on nommait des « officiers savants » pour contribuer à résoudre la longitude et améliorer la construction navale, érigée en Académie royale en 1769, fermée par la Révolution, oubliée lors de la fondation de l’Institut de France – en partie parce que certains de ses titulaires étaient aussi membres de l’Académie des Sciences – elle a été refondée en 1921 et érigée en 1926 en établissement public. La question de l’utilité d’une institution scientifique et culturelle au temps des laboratoires de recherche de l’industrie mondiale se pose en effet. Je me suis interrogé là-dessus bien entendu pendant mes deux années de présidence au cours de laquelle j’ai entamé la rénovation des statuts des membres correspondants pour tenir compte d’internet et du TGV. Nous rassemblons 78 spécialistes de toutes les disciplines civiles, militaires, industrielles, scientifiques, techniques, commerciales, juridiques, historiques et artistiques dont la plupart ont exercé des responsabilités importantes voire majeures. L’Académie estime que ses expériences croisées lui confèrent une capacité indépendante d’expertise et de conseil. Elle répond aux questions du gouvernement ou se saisit de questions d’actualité comme la sécurité du transport maritime, l’inspection des navires, la lutte anti-pollution ou la propulsion nucléaire. Elle organise des cycles de conférences et des voyages d’études en France et à l’étranger. Elle attribue des prix de fondation et des prix littéraires, des prix de thèse et des bourses (modestes) d’études.  Elle fait de son mieux pour contribuer au rayonnement de la France maritime. Elle n’est pas seule à le faire, et l’Institut Français de la Mer qui édite la Revue Maritime est sans doute beaucoup plus présent qu’elle dans les milieux actifs du fait maritime. Mais tout ce monde se connait, s’apprécie et travaille ensemble. Je suis très fier d’avoir été élu il y a juste vingt ans membre étranger de l’Academia de Marinha du Portugal avec laquelle j’ai beaucoup collaboré autrefois, jusqu’à l’exposition Lisboa 1998 qui célébrait l’arrivée de Vasco de Gama aux Indes. J’étais le conseiller pour la mer du pavillon de la France. J’avais déjà été – étrangement – le conseiller scientifique du pavillon … de l’Italie à Gênes 1992 qui célébrait Colomb. J’ai contribué en quelque sorte aux deux expositions organisées au Portugal et en Italie pour dénoncer l’appropriation imméritée des grandes découvertes par l’Espagne à Séville en 1992. Le cercle des gens de mer est vraiment restreint.

11. Capitaine de vaisseau ou contre-amiral, quel poste avez-vous préféré ?

François Bellec : J’ai déjà répondu plus haut que cela n‘avait rien changé pour moi puisque j’ai  exercé les mêmes fonctions – achevées d’ailleurs à titre civil sous contrat -. J’ajoute en tant que marin que la carrière d’officier de marine me semble apporter des satisfactions opérationnelles plus quotidiennes et plus intenses que celle de la plupart des officiers généraux mais je suis prêt à admettre le contraire.

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11. Quels sont vos projets pour 2010 ?
François Bellec : Achever – et si possible voir publiée …- mon histoire générale de la navigation (Les découvreurs d’étoiles), un énorme ouvrage en deux très gros volumes qui traîne depuis des années et dont la maquette  n’est enfin plus très loin du Bon à tirer. Achever la réécriture de mon roman. Réussir le salon 2010 de la Société Nationale de Beaux-Arts au Carrousel du Louvre et équilibrer son budget. Prendre la présidence tournante annuelle de la Fédération des Salons historiques. Peindre un peu, à partir d’impressions fortes rapportées du Rajasthan. Préparer une dizaine de conférences et d’interventions. Participer à quelques salons, jurys, rencontres  et festivals du livre de mer. C’est-à-dire faire comme d’habitude.


Pour en savoir plus sur François Bellec :

 

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Rencontre impromptue avec Jean-Louis Bachelet

by Alix de Boisset on février 8th, 2010 1 048 Comments
  

jeanlouis_bachelet

Par le plus grand des hasards, j’ai eu la chance de rencontrer Jean-Louis Bachelet. Pianiste et auteur dramatique, Jean-Louis Bachelet pratique depuis dix ans en alternance récitals et mises en scène. Formé à la mise en scène dans les années 1980, il se passionne pour le théâtre densemble russe et découvre Lorca, Mishima, et Koltès. Sa première pièce, «La nuit au jardin dEden», consacrée à la mémoire des déportés en Union Soviétique, est montée en 1998 au Studio Le Regard du Cygne. En 2000, Jean-Louis Bachelet entre dans la compagnie Alma Viva pour un spectacle musical autour des mélodies de Prévert et Kosma. En 2003, Il participe au Théâtre du Nord Ouest à lintégrale Claudel, avec la comédienne Laure Lattuada. En 2005, il apparait en tant que pianiste au côté de Robin Renucci, dans la pièce « Le pianiste », à la Pépinière Opéra. En 2007, il met en scène «Le Périple dEva» avec la comédienne Jessica Jhean. Fondateur de la Compagnie Anser Fabilis pour faire jouer ses pièces, « Regarde, meurs, souviens-toi » est sa vingt-troisième pièce consacrée à trois moments de la vie d’une déportée à Ravensbrück… Voici les questions que j’ai souhaité poser à Jean-Louis Bachelet dont le talent m’a d’office conquise.

Je préfère le mot « visage » à celui de « figure »; le visage est ce qui définit la personne dans sa relation
première et immédiate à l’autre…si on s’en tient à cette définition, il ne peut y avoir de « visage » si
d’autres ne vous ont pas reconnu à travers celui-ci…j’ai sans doute un « visage littéraire » pour mon
éditeur et mes comédiens, mais ce n’est pas suffisant pour faire un écrivain.

1. Vous considérez-vous comme une figure littéraire ?

Jean-Louis Bachelet : Je préfère le mot « visage » à celui de « figure ». Le visage est celui qui définit la personne dans sa relation première et immédiate à l’autre… Si on s’en tient à cette définition, il ne peut y avoir de « visage » si d’autres ne vous ont pas reconnu à travers celui-ci… J’ai sans doute un « visage littéraire « pour mon éditeur et mes comédiens, mais ce n’est pas suffisant pour faire un écrivain.

2. Comment définiriez-vous votre style ?

Jean-Louis Bachelet : Comme auteur je me suis nourri, et je me nourris encore de tous ceux qui ont bouleversé ma vie : Dostoïevsky, Mishima, Lorca. Je crois avoir construit mon écriture dans un désir impérieux de communier à ce que les êtres et les choses ont de plus intime, de plus secret, de plus indicible, avec la volonté de le faire partager.

 3. Qu’est-ce qui vous a poussé vers la musique et le théâtre ?

Jean-Louis Bachelet : J’ai su très tôt que je consacrerai ma vie au piano et au théâtre. Mon enfance a été marquée par le sentiment de deuil que provoquaient les nombreux déménagements liés à la profession de mon père. L’art, comme la foi, est devenu très vite le lieu de l’unité de ma vie, ma terre d’élection, celle qui me permettait d’exister, tout simplement.

4. Pourquoi avoir monté cette compagnie de théâtre Anser Fabilis ?

Jean-Louis Bachelet : J’ai monté cette compagnie pour faire jouer les 24 pièces que j’ai écrites.

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5. Pourriez-vous expliquer votre mise en scène en quelques mots ?

Jean-Louis Bachelet : La mise en scène doit dire ce que ni les comédiens ni le textes ne peuvent dire. Quand tout est dit par les acteurs et le texte, la mise en scène doit être Silence. Dans ma pièce « Regarde, Meurs, Souviens-toi », tout est ordonné en vue de ce silence visuel, qui seul peut permettre de recevoir cette terrible histoire des camps.

6. Quels sont les univers littéraires ou artistiques qui vous influencent dans votre travail ?

Jean-Louis Bachelet : Le cinéma de Tarkovsky, notamment le film Nostalghia, et l’oeuvre de Dostoïvsky, sont ma bible artistique.

7. Qu’attendez-vous des comédiens ?

Jean-Louis Bachelet : Je forme mes comédiens en vue de leur permettre de vivre un lien vivant et signifiant avec les gens à qui ils s’adressent. Un bon comédien n’est pas quelqu’un que l’on voit, mais quelqu’un à travers qui l’on voit. A ce titre, les écoles parisiennes de formation de l’acteur font un véritable travail de sape, qui conduit à la destruction du jeu, à la destruction de l’acteur, à la destruction du théâtre tout entier. Nous misons sur le travail du corps, ce dernier étant le lieu même de la libération des intentions cachées dans le coeur de l’acteur; nous n’intervenons jamais sur le vécu, l’affect, l’intimité des gens, au risque de tomber dans la manipulation pure et simple. Le metteur en scène doit être à l’image du jardinier qui est témoin de la croissance de ses fleurs, et qui n’intervient qu’en vue de leur épanouissement.

compagnie Anser Fabilis

8. Quelles missions donnez-vous au Théâtre ?
Jean-Lousi Bachelet : Je crois que le théâtre reste le lieu de la Rencontre par excellence. Le cinéma est merveilleux, mais les acteurs n’y sont que des images. Il y a sur scène l’occasion d’une rencontre véritable, en vue de réconcilier l’homme avec lui-même, et, comme le disait Tarkovsky, de le préparer à sa propre mort… Oui, le théâtre est le lieu de la Rencontre.

9. Et la Musique dans tout ça ?

Jean-Louis Bachelet : Liszt, Schumann, Rachmaninov, Debussy m’ont tout appris de ce qu’est la notion de Sincérité sur scène, et -pourquoi ne pas le dire, de Vérité. Quand on est pianiste classique, on ne peut pas mentir. J’ai fait une pause depuis 8 mois, à cause de ma nouvelle pièce qui me prend trop de temps.

10. Quels sont vos projets pour 2010 ?

Jean-louis Bachelet : Nous préparons ma nouvelles pièce « Troyennes« , d’après les auteurs antiques : Homère, Dictys de Crêtes, Quintus de Smyrne, Virgile, Ovide. Ce sera une pièce très festive, avec la célèbre danseuse orientale Lolie dans le rôle d’Athéna, les comédiennes de ma précédente pièce, et Véronique Ebel dans le rôle d’Hécube; je serai aussi sur scène pour accompagner chants et danses avec une Darbouka et un fifre. A travers l’histoire du sac de Troie, je veux montrer le choc de la civilisation de l’Amour (les troyens) et de la culture de mort (les grecs). Cette pièce sera l’occasion pour moi de montrer le vrai visage d’Athéna, d’Agamemnon, d’Achille, qui ne sont rien d’autres que des criminels de guerre.


 

Pour assister à la pièce « Regarde, meurs, souviens toi  » :

http://www.theatreonline.com/guide/detail_piece.asp?i_Region=&i_Programmation=27887&i_Genre=&i_Origine=&i_Type=

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La Sainte Russie bientôt sacrée au Louvre

by Alix de Boisset on janvier 19th, 2010 630 Comments

Quel bonheur pour moi passionnée de l’histoire russe de voir débarquer au printemps une exposition intitulée « Sainte Russie » retraçant l’histoire de la Russie depuis la christianisation jusqu’aux temps de Pierre le Grand. En effet, comme l’a annoncé le président du musée, Henri Loyrette, le Louvre présentera cette exposition du 1er mars au 24 mai 2010, dans le cadre de l’année de la Russie en France.

De l’exposition “Sainte Russie” au Musée du Louvre à celle des chefs d’œuvre du Musée Picasso en Russie, de l’exposition nationale russe au Grand Palais au Forum économique international de Saint-Pétersbourg ; du rendez-vous littéraire “Etonnants Voyageurs” à Saint-Malo au Transsibérien des auteurs français en Russie, c’est émouvant de voir la fine fleur des artistes, des intellectuels, comme des entreprises et des artisans, qui permettront aux coeurs russe et français de battre au même rythme !

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Cette année franco-russe nous permet en France comme en Russie de découvrir et d’apprécier l’histoire, la culture, l’économie et les réalités contemporaines de nos deux pays. Et on peut parler d’histoire commune…

Au milieu du XIème siècle, Anne de Kiev, fille de Yaroslav le Sage, est devenue reine de France en épousant Henri Ier et, à la mort de celui-ci, devenue régente de son jeune fils, le futur roi de France Philippe 1er, elle a dirigé l’Etat français. Mais c’est surtout au XVIIIème siècle que commencent les relations diplomatiques entre la France et la Russie. En 1717, Pierre Ier signe les lettres de créance du premier ambassadeur russe en France. Depuis, la France est restée, l’un des principaux partenaires européens de la Russie, et les relations entre les deux pays ont en grande partie déterminé la situation en Europe et dans le monde. Le point culminant de la coopération est l’alliance militaro-politique qui a pris forme à la fin du XIXème siècle. Ces liens amicaux sont symbolisés par le pont Alexandre III, dont la première pierre fut posée en 1896, par l’empereur Nicolas II et l’impératrice Alexandra Fedorovna.


Du 5 mars 2010 au 24 mai 2010 Hall Napoléon sous la Pyramide du Louvre :

http://www.louvre.fr/llv/exposition/detail_exposition_print.jsp?CONTENT<>cnt_id=10134198674146619&CURRENT_LLV_EXPO<>cnt_id=10134198674146619&pageId=1


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