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La mesure de Pavel Lounguine au service de la démesure russe

by Alix de Boisset on septembre 16th, 2010 Commentaires fermés
Au croisement des cultures françaises et russes, Pavel Lounguine demeure l’un des cinéastes les plus complets de notre époque. A la fois scénariste et réalisateur, Pavel Lounguine s’est tissé une filmographie tout en contrastes faite de thèmes puissants, d’humanisme doté d’un réalisme touchant. Union étroite entre la vie quotidienne et les disparités sociales qui font écho à la société russe actuelle, touches de burlesque débridées proches de son contemporain slave Emir Kusturica, célébration du folklore russe, spiritualité époustouflante : les films de Pavel Lounguine possèdent un style unique empreint d’insatisfaction et d’absolu, d’espérance et de désespérance, de lumière et de noirceur. Cette opposition des genres, cette variation des rythmes, donnent à Pavel Lounguine une identité russe propre.

Son premier long métrage, Taxi Blues, est applaudi par la critique et remporte le prix de mise en scène au Festival de Cannes. Pavel lounguine y décrypte la société russe à l’heure de la Perestroïka initiée par Mikhaïl Gorbatchev, à travers l’amitié entremêlée de haine qui unit un chauffeur de taxi à un saxophoniste. Avec Luna Park, Pavel Lounguine relate le parcours initiatique d’un skinhead nationaliste et antisémite qui se découvre des origines juives deux ans après l’effondrement du régime soviétique.

Peintre du cinéma, Pavel Lounguine manie la caméra tel un pinceau pour dresser le portrait quotidien de la société dans laquelle il évolue et décrypter les mutations économiques et sociales à l’oeuvre en Russie : portait de gangsters (Ligne de vie, 1996), portait de famille (La Noce, Familles à vendre), portait politique d’un oligarche russe (Un nouveau Russe).

Fort de cette filmographie qui met en scène toute une galerie de portraits, Pavel Lounguine a changé de registre pour se consacrer au sujet religieux donc mystique et intemporel. Avec L’île, Pavel Lounguine plonge dans une oeuvre liturgique ancrée dans l’orthodoxie russe à travers le récit d’un ancien marin qui, après avoir trahi son ami pendant la Seconde Guerre Mondiale, s’est échoué sur une île où des moines l’ont accueilli. Au fil des années, il acquiert une réputation de sainteté mais tourmenté par sa faute, il se sent indigne de cette sainteté et sème le trouble. Pavel Lounguine marque un tournant dans sa carrière avec cette oeuvre spiritualiste qui touche au coeur même de l’âme russe. Dans la grande tradition de Bergman, Tarkovski, Roublev, Dreyer (…), Pavel Lounguine signe un film d’une grande noirceur et d’une profonde clarté : véritable catharsis, cette oeuvre poursuit la quête du Beau, du Vrai, du Salut qui conduit l’homme à surpasser son destin.

Son dernier film Tsar, livre une introspection de l’Histoire de la Russie en évoquant le destin d’Ivan le Terrible soixante-six ans après le chef d’oeuvre censuré d’Eisenstein. Véritable épopée shakespearienne, Pavel Lounguine y décrit la folie mystique du Tsar Ivan IV dans une Russie en proie aux complots et au désordre. Découpé en quatre segments (la prière, la guerre, le sacrifice et le divertissement du Tsar), cette fresque relate l’amitié déchue entre deux hommes de pouvoir : Ivan, monstre sanguinaire détenteur du pouvoir temporel, et Philippe, le chef de l’Eglise russe, investi d’un pouvoir spirituel. Célèbre duel entre le tyran et le saint, le Bien et le Mal, le peuple et le pouvoir, Pavel Lounguine dresse une métaphore à la fois stupéfiante et magistrale de la Russie.


Touchant à l’humain et au divin, Pavel Lounguine tapisse sa filmographie de thèmes variés mettant en scène son pays natal sous des couleurs tantôt folkloriques, tantôt sociologiques, tantôt historiques. Observateur de l’âme russe, Pavel Lounguine permet au monde entier de mieux appréhender la démesure russe : bouffonne, nostalgique, violente et mystique.


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Philip Glass, tout en musique…

by Alix de Boisset on février 5th, 2010 571 Comments
Qui n’a pas déjà entendu une des nombreuses mélodies composées par Philip Glass ? Qu’il s’agisse de ses opéras, symphonies, sonates ou compositions cinématographiques, Philip Glass est devenu un des musiciens les plus influents de la fin du XXème siècle. J’avoue avoir progressivement découvert Philip Glass au cinéma dans les films Kundun, The Hours, L’Illusioniste… Enchaînement de notes et d’accords glissant sur le clavier, thèmes entêtants, chants d’inspiration orientale, la notion de temps dans la musique de Philip Glass est perçue de façon entièrement différente de celle entretenue habituellement, non plus comme une continuité mais plutôt une succession d’instants qui se jettent les uns dans les autres…
Parallèlement à Steve Reich ou Terri Riley, Philip Glass a développé une musique minimaliste et mystique fondée sur des modules répétitifs. Philip Glass a depuis évolué vers une musique davantage stylistique dans laquelle l’aspect répétitif n’est plus prépondérant. Depuis lors, Philip Glass se définit désormais comme un compositeur classique, ayant étudié Bach, Beethoven ou Schubert.
Philip Glass a abandonné la musique sérielle (musique fondée sur une succession préétablie et invariable de sons), après avoir découvert la musique indienne comme une révélation et mit au point une technique de composition fondée sur la progression additive. Il s’est ainsi imposé comme l’un des maîtres de la musique répétitive (caractérisée par l’utilisation d’une pulsation régulière et la répétition de courts motifs évoluant lentement) en écrivant des opéras d’un nouveau genre et en étant particulièrement prolifique dans le domaine de la musique pour le cinéma.
Je trouve que ce mouvement musical rend le genre classique plus accessible auprès du grand public. Au lieu d’avoir une approche essentiellement intellectuelle, comme c’est le cas pour la musique sérielle ou expérimentale, cette musique permet de transmettre davantage d’émotivité musicale. On comprend pourquoi ce type de musique a tant été utilisée à la télévision ou au cinéma, car elle est une excellente musique d’accompagnement, que je qualifierais « d’accessoire ». On sent bien la volonté de ce mouvement musical américain de se délier de ses attaches européennes. Les opposants de Philip Glass lui reprochent justement de produire une musique de masse sans âme et superficielle. Et pourtant, même si ces remarques peuvent se justifier, je trouve que ce compositeur est parvenu à démocratise la musique classique en la rendant accessible, facile d’écoute et touchante. C’est déjà pas mal, non ?

philip_glass

Qui n’a pas déjà entendu une des nombreuses mélodies composées par Philip Glass ? Qu’il s’agisse de ses opéras, symphonies, sonates ou compositions cinématographiques, Philip Glass est devenu l’un des musiciens les plus influents de la fin du XXème siècle.

J’avoue avoir progressivement découvert la musique de Philip Glass au cinéma dans les films Kundun, The Hours, L’Illusioniste, The Truman Show… Enchaînement de notes glissant sur le clavier, retour à la tonalité, thèmes entêtants, chants d’inspiration orientale, la notion de temps dans la musique de Philip Glass est perçue de façon entièrement différente de celle entretenue habituellement, non plus comme une continuité mais plutôt comme une succession d’instants

Parallèlement à Steve Reich ou Terri Riley, Philip Glass a développé une musique minimaliste et mystique fondée sur des modules répétitifs. Philip Glass a depuis évolué vers une musique davantage stylistique dans laquelle l’aspect répétitif n’est plus prépondérant. Depuis lors, cette figure du monde de la musique contemporaine se définit comme un compositeur classique, ayant étudié Bach, Beethoven ou Schubert.

philip glass, home

Philip Glass a abandonné la musique sérielle (musique fondée sur une succession préétablie et invariable de sons), après avoir découvert la musique indienne comme une révélation et mit au point une technique de composition fondée sur la progression additive. Il s’est ainsi imposé comme l’un des maîtres de la musique répétitive (caractérisée par l’utilisation d’une pulsation régulière et la répétition de courts motifs évoluant lentement) en écrivant des opéras d’un nouveau genre et en étant particulièrement prolifique dans le domaine de la musique pour le cinéma.

Philip Glass

Je trouve que ce mouvement musical rend le genre classique plus accessible auprès du grand public. Au lieu d’avoir une approche essentiellement intellectuelle, comme c’est le cas pour la musique sérielle ou expérimentale, cette musique permet de transmettre davantage d’émotivité musicale. On comprend pourquoi ce type de musique a tant été utilisée à la télévision ou au cinéma, car elle est une excellente musique d’accompagnement, que je qualifierais « d’accessoire ». On sent bien la volonté dans ce mouvement musical américain de se délier de ses attaches européennes. Les opposants de Philip Glass lui reprochent justement de produire une musique de masse sans âme et superficielle. Et pourtant, même si ces remarques peuvent se justifier, je trouve que ce compositeur est parvenu à démocratiser la musique classique en la rendant accessible, facile d’écoute et touchante. C’est déjà pas mal, non ?

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Hommage à Nikita Mikhalkov

by Alix de Boisset on février 4th, 2010 475 Comments

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Nikita Mikhalkov… Il suffit que je prononce son nom et j’ai un flot d’images qui envahissent mon esprit ! Des images colorées, réalistes, troublantes, qui reflètent la Russie d’aujourd’hui dans toute sa diversité.

Soleil trompeur, les Yeux Noirs, le Barbier de Sibérie, Urga, 12, … Et tant d’autres encore ! Nikita Mikhalkov est devenu l’un des piliers du cinéma russe en 40 ans de carrière. Il a réussi à s’affirmer en marge des oeuvres de cinéastes plus reconnus comme Alexandre Sokourov. Le fil conducteur de toute son oeuvre ? Dépeindre l’histoire du peuple russe depuis les années 1970 à travers des fresques brassant les époques.

S’essayant à des styles différents, Nikita Mikhalkov est devenu une référence de la culture russe. Tous ses films parviennent à créer une âme collective russe : mise en scène de personnages d’une humanité percante, images d’une beauté émouvante, réfléxions sur la condition humaine, références personnelles (l’enfant qui court dans les champs en appelant sa mère, l’air de valse qui va et vient entêtant, le chauffeur au volant de son vieux camion)… Sondant tout autant l’âme humaine que l’identité russe, son cinéma est celui d’un esthète et d’un poète dont l’œuvre émeut autant qu’elle éblouit.

Il a fait jouer les plus grands, Oleg Menchikov, Marcello Mastroianni, Richard Harris… Et n’a pas hésité à faire participer les membres de sa famille pour jouer dans ses films, je pense à sa fille ainée dans le film portait Anna, ou sa fille Nadia dans Soleil Trompeur.

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Le génie de Nikita Mikhalkov est d’arriver à reproduire l’ambiance magique et démesurée des grands romans russes. Toujours en quête d’absolu, rendant hommage à la Mère Russie sainte et protectrice, ses films mettent en scène des personnages tout droit sortis d’un conte populaire russe. La beauté de ses prises de vue et la finesse de son ironie font de ses films un vrai hommage à l’âme russe : grandiose, démesurée et empreinte de nostalgie.


Pour partir à la découverte de Nikita Mikhalkov, profitez de l’hommage que lui rend la France à partir de mars 2010 !

Paris, Les 7 Parnassiens
2 février 2010 : Ouverture
Paris, Le Lincoln
3 – 17 février 2010
www.parnassiens.com www.lelincoln.com

Paris, Les 7 Parnassiens

2 février 2010 : Ouverture

Paris, Le Lincoln

3 – 17 février 2010

www.parnassiens.com www.lelincoln.com

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