La maison Vouelle ou deux américaines à Paris
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Figure iconoclaste du web français, successivement éditeur, patron de presse, pionnier de l’accès internet puis occasionnellement business angel, Patrick Robin est aujourd’hui à la tête de 24h00.fr, l’un des portails féminins français spécialisés dans le shopping en ligne.
1. Vous considérez-vous comme une figure du web ?
Patrick Robin : Je suis parfois reconnu comme un pionnier du web, du web francais… ça fait beaucoup relativiser ! Je ne sais pas si cela fait de moi une figure du web mais si tant est que certains le considèrent, alors je suis peut être une figure du Web, mais une figure des années 1990. Il y a de nouvelles figures du web qui ont émergé depuis, celles des années 2000, et pour qui j’ai beaucoup de respect et d’admiration.
2. Comment définiriez-vous votre style ?
Patrick Robin : Je suis plutôt du genre “inquiet-décontracté”, et du coup ça se retrouve à peu près dans tous les domaines de ma vie. Je ne réfléchis pas beaucoup, je suis un intuitif, opportuniste, parfois impulsif et au final je ne regrette jamais rien. Tout cela ne fait pas “un grand style” mais c’est un style avec lequel j’ai appris à vivre. En revanche c’est un style qui peut parfois être pénible pour les autres…
3. Quel est votre parcours ?
Patrick Robin : Peu d’études. J’ai lancé ma première société à 22 ans et depuis cela n’a jamais cessé. Je suis dans la case “serial entrepreneur”. J’ai fait pas mal de métiers qui tournaient autour de la publicité mais j’ai surtout été et me considère toujours comme un éditeur. J’ai eu plusieurs maisons d’éditions (livres et presse) : Love Me Tender (j’ai publié Jungle Fever par exemple le premier livre de Jean Paul Goude), Photo Revue (j’étais associé avec le mythique Daniel Filipacchi), CD Média et Internet Reporter en 1994. C’est ce dernier titre qui m’a amené à lancer ImagiNet fin 1994, et qui a été l’un des deux premiers FAI (fournisseur d’accès internet) et web agency francais. Puis en février 1995, j’ai fondé ROL la première régie publicitaire internet que j’ai vendu en 1998 avant la crise de 2000, et même bien avant que l’on ne commence à marcher sur la tête (!). Après quelques années sabbatiques dans le sud de la France et une certaine lassitude à regarder l’herbe pousser, j’ai fondé 24h00.fr : un portail féminin dédié à la mode et au shopping en ligne.

4. Parlez-nous du nouveau magazine 24h00.fr...
Patrick Robin : Au delà d’être un portail, 24h00.fr a également sa version papier. C’est le premier magazine féminin entierement consacré au shopping en ligne. Il s’adresse à ce que j’appelle depuis bientôt 3 ans, la e-shoppeuse. Ce magazine parle de mode, de tendance, de beauté, de déco, de voyages… Comme tous les magazines féminins, nous avons une consigne éditoriale stricte : tout ce dont nous parlons dans les pages de ce magazine à “périodicité irrégulière” doit pouvoir s’acheter en ligne. Autre originalité de ce titre, c’est que pour la première fois, je crois, toutes les pages de publicité (31 au numéro 1) sont vendues à la performance (nous touchons un pourcentage du chiffre d’affaires réalisé par l’annonceur). Si j’ai lancé ce magazine c’est aussi parce que je suis convaincu qu’aujourd’hui le marché du e-commerce est suffisamment mature pour que nous revenions à des stratégies Mix Medias, stratégies qui ont prouvé leur efficacité dans le passé.

5. Le web est-il un secteur comme un autre ?
Patrick Robin : Je dirais qu’il le devient. L’ère des pionniers est derrière nous, je crois. Les costumes gris ont repris le pouvoir. Je dis cela et en même temps je veux encore croire au contraire. Le web reste un secteur plein d’energie, de créativité, d’audace, où les dogmes n’ont pas encore castré les entrepreneurs.
6. Qu’avez-vous tiré de l’expérience 24h00 comme site de ventes événementielles ?
Patrick Robin : Que je n’étais pas fait pour ce métier ! Que les ventes privées ne sont pas un métier d’internet, ni de communication, ni de marketing, mais un métier d’acheteur et avant tout de logisticien.
7. Quels sont les ingrédients qui, selon vous, créent une « success story » du web ?
Patrick Robin : L’agilité et la pugnacité. Ce n’est pas paradoxal.
L’agilité ? C’est à dire se remettre en cause en permanence et être prêt à changer son business model du jour au lendemain, par exemple.
La Pugnacité ? Ne jamais renoncer… et pour cela, la mobilité, l’agilité, sont justement des façons de redonner une dynamique alors qu’on était prêt à jeter l’éponge. Cela vaut pour soi mais aussi pour les équipes et les investisseurs.
8. De quoi êtes-vous le plus fier ?
Patrick Robin : … A part de ma fille ?! Sans doute d’être souvent, “juste avant”. Je suis fier de mon intuition (je n’ai rien fait pour) et de mon insouciance (là non plus) qui m’a souvent poussé à suivre mes intuitions et avoir le courage (qui n’en est pas finalement) de faire les choses ! Tout n’a pas forcément marché comme je l’aurais voulu… mais je l’ai fait !
9. Un rêve à réaliser ?
Patrick Robin : Un seul ? C’est difficile ! Mais pour rester dans l’esprit de votre site, je dirais “acquérir du style”… C’est un rêve, je crains qu’il ne soit un peu tard. Plus raisonnablement alors, je dirais, que ma prochaine entreprise soit “utile”!
10. Quels sont vos projets pour 2010 ?
Patrick Robin : Installer la marque 24h00.fr, lire régulièrement votre site, et m’occuper un peu plus des gens qui m’aiment (ça aurait aussi pu être une réponse à la question précédente !)
Pour en savoir plus sur Patrick Robin :
http://www.journaldunet.com/dossiers/net20/20pionnier2.shtml
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Quelle chance d’avoir pu approcher l’une des figures incontestables de l’industrie du luxe français ! Vincent Bastien a dirigé de très grands noms durant près de 25 ans : Directeur Général de Louis Vuitton Malletier, Directeur Délégué de la division beauté du Groupe Sanofi, Président de Yves Saint-Laurent Parfums et de Sanofi Beauté, Directeur Général de Lancel… Ancien élève de l’Ecole Polytechnique, Vincent Bastien dirige la chaire Luxe à HEC où il enseigne actuellement. Confidences d’un homme de pouvoir…
1. Vous considérez-vous comme une figure industrielle du Luxe ?
Vincent Bastien : Je suis certes industriel, mais avant tout je suis un meneur d’hommes et un spécialiste du marketing produits.
2. Comment définiriez-vous votre style ?
Vincent Bastien : Mon style est du type « creative pathfinder » – désolé pour l’anglicisme, mais il est plus précis – c’est à dire la personne qui cherche et trouve de nouvelles voies pour les sociétés qu’elle dirige, et qui cherche à créer de la valeur ajoutée ainsi que de l’embauche de talents plus que la réduction de coûts, la délocalisation et les licenciements.
3. Quel est votre parcours ?
Vincent Bastien : A ma sortie de l’Ecole Polytechnique (X 1967), et de Stanford j’ai débuté ma carrière dans le groupe Saint-Gobain et ai notamment été PDG de Saint-Gobain Desjonquères. Parallèlement, j’ai décidé de reprendre une entreprise familiale de prêt-à-porter féminin assez importante dans les années 1970 puisque nous étions plus de 200 personnes (sans le savoir je prenais pied dans la mode puisque nous étions spécialisés dans la fabrication de robes !). Puis, j’ai eu l’opportunité de prendre la Direction de la marque Louis Vuitton alors que son capital était toujours familial, et après en avoir fait la marque que vous connaissez j’ai vécu la transition capitalistique vers le groupe de Monsieur Arnault… Très rapidement après ces évènements j’ai changé d’environnement et suis devenu Directeur Délégué de la branche beauté de Sanofi, puis Président Directeur Général d’Yves Saint Laurent Parfums. Enfin, Directeur Général de Lancel et Directeur Général de Smart Valley, Quebecor World Europe. A l’heure actuelle je dirige la chaire luxe de l’école de commerce HEC et enseigne à des élèves appelés à devenir Dirigeants… Notez que je suis écrivain à mes heures dans les spécialités du luxe et de la mode.
4. De Lancel à YSL en passant par Vuitton, pensez-vous avoir changé le cours des marques que vous avez dirigées ?
Vincent Bastien : Pour changer le cours d’une marque que l’on dirige, il faut un minimum de 5 ans – ce qui fut le cas pour Louis Vuitton; pour Yves Saint Laurent, je ne suis resté que 3 ans, ce qui m’a permis de remettre la marque sur la bonne voie – qu’elle avait quitté 5 ans plus tôt – mais pas de la changer. Quant à Lancel, j’y suis resté peu de temps (18 mois) et ne m’y suis pas consacré à plein temps : mon rôle était de gérer son introduction dans le Groupe Richemont et passer le relais à un manageur – la marque était trop petite et trop bas de gamme pour me passionner surtout après avoir passé 10 ans chez Louis Vuitton puis YSL. En ce qui concerne Louis Vuitton, je ne fus que l’un des éléments d’un succès collectif, qui avait commencé avant moi – avec Henry Racamier – et a continué après moi – avec Yves Carcelle aux commandes. La seule société importante dont j’ai vraiment changé le destin est Saint-Gobain Desjonquères (devenu maintenant SGD), où je suis resté près de 14 ans et que j’ai fait passer de société en quasi faillite à leader mondial (notamment grâce à un développement vers la parfumerie, demandeuse de verrerie pour ses flacons), très rentable de son métier.

5. Le luxe est-il une industrie comme une autre ?
Vincent Bastien : Connaissant bien le luxe de l’intérieur (j’y ai passé 1/4 de siècle), j’en ai un avis très différent de celui des gens qui en sont clients mais ne le connaissent pas. Ce n’est pas du tout une industrie, mais plutôt une façon très spécifique de gérer une « maison » – en fait une stratégie très originale – applicable dans tous les métiers. Dans ce secteur et lorsqu’on se trouve à la tête d’une maison, il faut sans cesse recharger la Marque par le rêve qu’elle doit procurer : inaccessibilité ou en tout cas rareté des produits représentatifs de la marque, théâtralisation des boutiques et merchandising cohérent, campagnes de publicité fréquentes mais uniquement sur des supports statiques – excepté pour la parfumerie qui peut se servir de l’écran animé – , service, respect absolu du concept de distribution sélective au sein de réseaux de points de vente possédés en propre et gérés de façon dictatoriale, mécénat avant-gardiste… Une fois recapitalisée par cette dimension onirique vitale et donc par l’Image, la marque peut être alors « déchargée » commercialement en respectant toutefois une logique de marge essentielle au secteur (une marque de luxe n’est qu’une gigantesque machine à justifier des marges ! Ces taux de marge variant autour de 80%, ils permettent les investissements d’image et de qualité). Si vous préférez et à titre d’exemple, les quelques 11 marques prenant la peine de défiler deux fois par an en Haute Couture aujourd’hui le font uniquement pour des questions d’image, la Haute Couture permet de vendre du parfum en grande quantité ! Une part du rêve est transférable de haut en bas… Sachez que 70% du chiffre d’affaire du luxe est réalisé par la parfumerie, les cosmétiques et la petite maroquinerie. Donc les valeurs d’Image et d’Usage se manient avec une précision de laborantin : il est toujours facile de descendre le positionnement d’une marque, très difficile et très cher de le remonter ! Il suffit de regarder la façon dont Balmain a récemment coupé toutes les licenses fanatiquement accordées précédemment pour ne faire plus que des produits volontairement hors de prix (tee shirts ou jeans à 280 euros fabriqués pour ne pas être achetés, si ce n’est par quelques initiés du monde de la mode à contre-courant) uniquement accessibles dans les boutiques de la marque. Carven, Cardin et d’autres comme Guy Laroche ont vécu des heures difficiles il y a 20 ans et ont décidé d’y répondre en élargissant leur réseau de vente et en cassant la distribution sélective… Ces marques ont été immédiatement délaissées par les leaders d’opinions du monde de la mode, puis des clients historiques, puis naturellement par les nouveaux clients pour finir par échouer chez quelques jeaneries multimarques de quartier ! Je suis sévère mais ces marques furent belles… Elles le seront à nouveau j’espère, mais à quel prix ! C’est ce que j’enseigne à HEC. Comme c’est extrêmement sophistiqué, cela ne s’explique pas en quelques lignes; pour en savoir plus, le mieux est que vous lisiez mon dernier ouvrage co-écrit avec M. Kapferer : « Luxe oblige » – ou « the luxury strategy » si vous préférez l’anglais, édité chez Eyrolles et disponible dans toutes les bonnes fnac ! Vous trouverez également dans ces ouvrages quelques éléments de réponse à vos questions sur la Mode.

6. Qu’est-ce qui selon vous crée une mode ?
Vincent Bastien : Le système est pyramidal et à sens unique. Les marques proposent des gammes dont le style est sensé être en cheville avec l’évolution de la société dans laquelle nous vivons, puis la mode elle même est véritablement créée par les médias d’influence (Vogue sur le papier, Prestigium sur internet, par exemple) diffusés aussi de façon sélective ! Ensuite viennent les « early adopters » ou « leaders d’opinion » que sont les personnalités connues avec lesquelles les marques sont souvent en contrat publicitaire ou « d’ambassade ». Ce montage permet au grand public de rêver de styles, puis de produits en particulier, enfin de les désirer au point de les acheter et de les porter jusqu’à ce qu’ils se démodent…
7. Luxe et mode, quelles différences ?
Vincent Bastien : Le luxe comme marqueur social permet aux phénomènes de mode d’évoluer, la mode rentabilise l’industrie du luxe et le système dans son ensemble.
8. Quels sont vos projets pour 2010 ?
Vincent Bastien : Enseigner et investir à titre privé dans les projets auxquels je crois.
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« L’ambiance mauve grisée et la lumière plombée évoquent la tristesse et le chagrin » explique Gareth Pugh. Cherchant à marier inlassablement l’art et la mode, Gareth Pugh est un poète des temps modernes qui se sert des matières pour partager sa vision du monde. Un monde gothique, semi-apocalyptique, surréaliste où ce sont les ensembles qui animent les modèles. Les modèles surgissent du néant pour prendre vie et s’illuminer sous les feux des projecteurs. On assiste à une résurrection des corps ou devrais-je dire des modèles pour donner vie aux pièces de couture.
PARIS FW S/S 10 – GARETH PUGH SHOW
Gareth Pugh me surprend toujours par sa capacité à trouver l’inspiration dans des sujets aussi inquiètants qu’époustouflants. Prêt à casser les limites des codes qu’on a l’habitude de voir chez les créateurs d’aujourd’hui, Gareth Pugh insiste sur l’aspect androgyne de ses modèles pour mettre davantage en valeur les pièces : héros gothiques, couleurs de plomb, terreuses voire demi-deuil, cascades de crêpe et de mousseline, couronnes de plumes d’oie en éventail… Le tout est orchestré par Matthew Stone qui remixe le thème majeur du film Requiem for a dream. Et justement, la mort est bien présente dans cette mise en scène extravagante où chaque détail est étudié minutieusement.
On se croirait aussi bien au Musée de l’homme avec un clin d’œil à l’histoire du costume, je pense à l’ensemble façon « iroquoise » ou le chapeau façon « capeline de chasse 18ème » qu’à un bal des vampires. Mais la mise en scène donne surtout l’impression d’assister au grand retour sur terre des héros de la Grèce Antique après des siècles de silence…
Pour en savoir plus :
http://www.garethpugh.net/
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