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Quelques pointes avec Sébastien Bertaud

by Alix de Boisset on février 21st, 2010 62 214 Comments

sebastien Bertaud

Coryphée dans le Corps de ballet de l’Opéra national de Paris, Sébastien Bertaud a déjà dansé maints rôles de soliste. Chorégraphe dans l’âme, il a signé plusieurs pièces marquantes. Entretien avec une étoile montante de l’Opéra.

1. Vous considérez-vous comme un figure de la Danse ?

Sébastien Bertaud : Une des 154 figures du Ballet de l’Opéra en tout cas, et peut être l’une des figures les plus atypiques!

2. Comment définiriez-vous votre style ?

Sébastien Bertaud : De formation classique, j’aspire à la rigueur et la fluidité, et je me nourris de mes rencontres avec les grands chorégraphes contemporains d’aujourd’hui

Pas de Cinq bertaud

3. Qu’est-ce qui vous a poussé vers la Danse et la Chorégraphie ?

Sébastien Bertaud : C’est la musique qui m’a conduit naturellement vers la danse. Pour la chorégraphie c’est l’envie d’aller plus loin, de prendre le risque de partir chercher l’inconnu… De partager mes désirs, mes envies avec d’autres danseurs, et le public avec qui j’ai envie de vivre ces instants.

Photo Haruyo Yokota

Photo Haruyo Yokota

4. Racontez-nous votre parcours…

Sébastien Bertaud : Après avoir commencé le piano et la danse et après beaucoup d’hésitations, j’ai choisi la danse que je trouvais plus ludique, plus axée sur le corps, sans doute moins fastidieuse que de longues heures assis derrière un instrument.
Mon professeur de danse a su éveiller mon intérêt et même ma passion en me montrant des vidéos, des livres, et en me faisant découvrir l’Opéra de Paris dont j’ignorais l’importance. J’ai alors compris que la danse pouvait être un métier. C’était une véritable une révélation, à un âge où l’on songe plutôt à devenir pompier ou archéologue… 
Soudain, l’idée d’aller sur scène et danser sur de la musique, avec des costumes, des lumières, face à un public, m’a paru alors très séduisante. Mon professeur m’a alors proposé de me présenter à l’École de Danse de l’Opéra, la meilleure filière possible pour devenir danseur professionnel. Suite à un échec à l’examen d’entrée, j’ai décidé de redoubler d’efforts, pour présenter le CNSM où j’ai été admis à l’âge de 14 ans. C’est au cours des démonstrations que Gilbert Mayer, un grand professeur,m’a conseillé d’écrire à la directrice pour savoir si je pouvais intégrer comme élève payant l’École de danse de l’Opéra. Elle a accepté et quatre mois plus tard, à l’issue d’une tournée au Japon, elle m’a intégré normalement dans l’École. J’avais participé à cette tournée, car j’étais le seul à rentrer dans le costume ! Après beaucoup de travail je suis finalement passé premier à l’examen de fin d’année, me retrouvant avec ceux qui avaient été acceptés d’emblée quatre ans auparavant quand je m’étais présenté. J’ai donc passé trois années à l’École de danse avant d’entrer dans le Corps de ballet. À l’École de danse, j’ai apprécié la qualité de la formation et des professeurs. En seconde division, j’ai été choisi par John Neumeier pour Yondering. Sa gestuelle me correspondait bien et fut pour moi une source de progrès. En première division, j’ai dansé les Sept danses grecques de Maurice Béjart : à 17 ans, travailler avec Maurice Béjart qui nous parlait de la Grèce, de son amour de la danse, pendant des heures, cela crée des souvenirs inoubliables et beaucoup d’envies.

Photo Haruyo Yokota

Photo Haruyo Yokota

5. Une journée type d’un danseur du ballet de l’Opéra National de Paris ?

Sébastien Bertaud : Pour moi, elle commence un peu particulièrement à 8h sur les bancs de Sciences Po, ensuite cours de danse à 11h30, répétition entre 13H30 et 16h et spectacle à 19H30.  Grâce à la qualité d’écoute et à l’ouverture d’esprit de Brigitte Lefévre sa directrice, l’Opéra a accepté que je suive la formation de cette grande école en parallèle et j’avoue que cela me demande beaucoup de travail. Depuis que je fais ces deux parcours, je me sens encore plus stimulé pour la danse elle-même, car cela crée une sorte d’urgence extrêmement positive. J’espère maintenant non seulement continuer à monter dans la hiérarchie du Corps de ballet pour accéder à des rôles plus importants, mais parvenir au bout de ce cycle afin de m’ouvrir des horizons nouveaux. C’est une perspective stimulante, mais je tiens pour l’instant à être d’abord et avant tout un danseur de l’Opéra de Paris.

Chinois

6. Pourriez-vous expliquer vos chorégraphies en quelques mots ?

Sébastien Bertaud : Après avoir présenté mes premiers travaux dans un style et une gestuelle très contemporaine, je me lance le défi d’utiliser la base classique dans une perspective actuelle. Quelle est la place d’un danseur classique aujourd’hui? Ce n’est pas uniquement de danser des rôles de princes charmants, mais aussi danser sur des musiques actuelles, d’aborder sur scène des thèmes de notre société… Créer fait partie de mes préoccupations. Ma priorité absolue est d’être danseur de l’Opéra, mais je peux aussi proposer des essais en développant ma propre esthétique. J’ai donc réalisé plusieurs petites pièces très personnelles qui explorent divers univers, comme celui de la théâtralité, de la présence, de l’image. Après ma rencontre avec Sasha Waltz et Pina Bausch, j’ai compris que l’on pouvait être à la fois très contemporain et aimer aussi le mouvement. J’ai fait depuis un duo Métamorphose dans ce sens, avec un travail plus poussé sur la technique et sur l’écriture chorégraphique. 
Pour mes premiers essais, j’ai eu aussi la grande chance de rencontrer des gens qui étaient disponibles et avaient envie de collaborer avec moi, de très grandes personnalités comme Marie-Agnès Gillot, Dorothée Gilbert, Jean-Marie Didiére et même Cyril Atanassof. En ce moment je travaille avec des gens de ma génération comme Vincent Chaillet et Charlotte Ranson, à l’occasion d’une carte blanche qui m’est offerte au théâtre de Longjumeaux le 25 mars prochain.

Sebastien Bertaud Garnier

7. Quels sont les univers musicaux ou artistiques qui influencent votre travail de chorégraphe ?

Sébastien Bertaud : Je suis passionné par toutes les formes d’expression artistique.  Lorsque je n’ai ni répétitions ni représentations, je vais beaucoup au cinéma et me précipite pour découvrir de nouveaux spectacles à Paris ; je suis passionné par certains créateurs comme Christian Rizzo ou Wayne Mac Gregor. Je connaissais aussi tous les travaux de Juan Cruz et Luc Dunberry et lorsqu’ils sont venus monter le Roméo et Juliette de Sasha Waltz, ce fut un grand bonheur de les rencontrer. Mais je suis aujourd’hui très intéressé par la vidéo d’art, car elle permet d’apporter une dimension supplémentaire à la scène, en se mariant avec la musique, comme je l’ai fait dans « Métamorphose »  où le scintillement de l’eau projeté sur tout le fond de la scène trouve un écho sur la musique de Phillip Glass.

Cendrillon

8. Qu’attendez-vous des danseurs ?

Sébastien Bertaud : Disponibilité, engagement et générosité dans leurs mouvements.

9. Votre péché mignon…

Sébastien Bertaud : Les salons de thé Ladurée, définitivement… 

10. Quelles missions donnez-vous à la danse ?

Sébastien Bertaud : Emouvoir, créer des échanges, mais surtout faire rêver et peut être même donner envie de s’envoler !

11. Quels sont vos projets pour 2010 ?

Sébastien Bertaud : Monter « Sujet » au sein du Ballet de l’Opéra, réussir mes examens à Sciences Po, développer mon style chorégraphique et aimer !

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Philip Glass, tout en musique…

by Alix de Boisset on février 5th, 2010 571 Comments
Qui n’a pas déjà entendu une des nombreuses mélodies composées par Philip Glass ? Qu’il s’agisse de ses opéras, symphonies, sonates ou compositions cinématographiques, Philip Glass est devenu un des musiciens les plus influents de la fin du XXème siècle. J’avoue avoir progressivement découvert Philip Glass au cinéma dans les films Kundun, The Hours, L’Illusioniste… Enchaînement de notes et d’accords glissant sur le clavier, thèmes entêtants, chants d’inspiration orientale, la notion de temps dans la musique de Philip Glass est perçue de façon entièrement différente de celle entretenue habituellement, non plus comme une continuité mais plutôt une succession d’instants qui se jettent les uns dans les autres…
Parallèlement à Steve Reich ou Terri Riley, Philip Glass a développé une musique minimaliste et mystique fondée sur des modules répétitifs. Philip Glass a depuis évolué vers une musique davantage stylistique dans laquelle l’aspect répétitif n’est plus prépondérant. Depuis lors, Philip Glass se définit désormais comme un compositeur classique, ayant étudié Bach, Beethoven ou Schubert.
Philip Glass a abandonné la musique sérielle (musique fondée sur une succession préétablie et invariable de sons), après avoir découvert la musique indienne comme une révélation et mit au point une technique de composition fondée sur la progression additive. Il s’est ainsi imposé comme l’un des maîtres de la musique répétitive (caractérisée par l’utilisation d’une pulsation régulière et la répétition de courts motifs évoluant lentement) en écrivant des opéras d’un nouveau genre et en étant particulièrement prolifique dans le domaine de la musique pour le cinéma.
Je trouve que ce mouvement musical rend le genre classique plus accessible auprès du grand public. Au lieu d’avoir une approche essentiellement intellectuelle, comme c’est le cas pour la musique sérielle ou expérimentale, cette musique permet de transmettre davantage d’émotivité musicale. On comprend pourquoi ce type de musique a tant été utilisée à la télévision ou au cinéma, car elle est une excellente musique d’accompagnement, que je qualifierais « d’accessoire ». On sent bien la volonté de ce mouvement musical américain de se délier de ses attaches européennes. Les opposants de Philip Glass lui reprochent justement de produire une musique de masse sans âme et superficielle. Et pourtant, même si ces remarques peuvent se justifier, je trouve que ce compositeur est parvenu à démocratise la musique classique en la rendant accessible, facile d’écoute et touchante. C’est déjà pas mal, non ?

philip_glass

Qui n’a pas déjà entendu une des nombreuses mélodies composées par Philip Glass ? Qu’il s’agisse de ses opéras, symphonies, sonates ou compositions cinématographiques, Philip Glass est devenu l’un des musiciens les plus influents de la fin du XXème siècle.

J’avoue avoir progressivement découvert la musique de Philip Glass au cinéma dans les films Kundun, The Hours, L’Illusioniste, The Truman Show… Enchaînement de notes glissant sur le clavier, retour à la tonalité, thèmes entêtants, chants d’inspiration orientale, la notion de temps dans la musique de Philip Glass est perçue de façon entièrement différente de celle entretenue habituellement, non plus comme une continuité mais plutôt comme une succession d’instants

Parallèlement à Steve Reich ou Terri Riley, Philip Glass a développé une musique minimaliste et mystique fondée sur des modules répétitifs. Philip Glass a depuis évolué vers une musique davantage stylistique dans laquelle l’aspect répétitif n’est plus prépondérant. Depuis lors, cette figure du monde de la musique contemporaine se définit comme un compositeur classique, ayant étudié Bach, Beethoven ou Schubert.

philip glass, home

Philip Glass a abandonné la musique sérielle (musique fondée sur une succession préétablie et invariable de sons), après avoir découvert la musique indienne comme une révélation et mit au point une technique de composition fondée sur la progression additive. Il s’est ainsi imposé comme l’un des maîtres de la musique répétitive (caractérisée par l’utilisation d’une pulsation régulière et la répétition de courts motifs évoluant lentement) en écrivant des opéras d’un nouveau genre et en étant particulièrement prolifique dans le domaine de la musique pour le cinéma.

Philip Glass

Je trouve que ce mouvement musical rend le genre classique plus accessible auprès du grand public. Au lieu d’avoir une approche essentiellement intellectuelle, comme c’est le cas pour la musique sérielle ou expérimentale, cette musique permet de transmettre davantage d’émotivité musicale. On comprend pourquoi ce type de musique a tant été utilisée à la télévision ou au cinéma, car elle est une excellente musique d’accompagnement, que je qualifierais « d’accessoire ». On sent bien la volonté dans ce mouvement musical américain de se délier de ses attaches européennes. Les opposants de Philip Glass lui reprochent justement de produire une musique de masse sans âme et superficielle. Et pourtant, même si ces remarques peuvent se justifier, je trouve que ce compositeur est parvenu à démocratiser la musique classique en la rendant accessible, facile d’écoute et touchante. C’est déjà pas mal, non ?

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