Chantal Thomass mise à nu
Reconnaissable par sa silhouette et son style, Chantal Thomass parvient à allier l’élégance, le charme et le désir au sein de ses créations. Féminine et impertinente, cette icône glamour de la mode est la première créatrice qui a réussi à faire prendre le dessus aux dessous. Entretien avec cette papesse de la lingerie qui entretient un ton, un nom et un style depuis ses débuts.
1. Vous considérez-vous comme une figure de la mode ?
Chantal Thomass : Je suis reconnaissable par la touche glamour de mes créations.
2. Comment définiriez-vous votre style ?
Chantal Thomass : Pour ce qui est de mon style personnel, j’empreinte beaucoup d’éléments à la garde robe masculine. Je mets rarement une robe de mousseline sauf quelquefois pour sortir le soir mais je suis plutôt en smoking ! J’aime aller de l’avant, avec toujours une envie d’entreprendre de nombreuses choses. Quant à mon style professionnel, je suis très curieuse et j’aime découvrir de nouveaux métiers. J’ai fait des meubles il y a deux ans et là je lance pour le Designer day une collection de lustres et de miroirs pour Véronèse qui sont fabriqués et soufflés à la main en Italie à Venise dans un style 18ème revisité.
3. Racontez-nous votre parcours…
Chantal Thomass : J’ai commencé fin des années 60 en 1968-1969 à l’âge de 18 ans : mes parents m’ont émancipé car la majorité était à 21 ans. Au début j’ai fait quelques robes sous le nom de « Ter et Bantine » avec mon fiancé qui étudiait aux Beaux Arts. Mes premières robes étaient composées de tissus peints. Je sortais beaucoup à l’époque et je faisais faire ces robes par ma mère. Les gens trouvaient en général mes habits très beaux ! Au culot, j’ai envoyé trois robes à la boutique branchée de l’époque à Saint-Tropez, le Café des Arts, dans un petit paquet en disant : « voilà mon travail, est-ce que cela vous intéresse ? ». Ils m’ont appelée huit jours après : j’avais vendu une robe à Brigitte Bardot, une autre à Michelle Mercier et une dernière à une autre star de l’époque. On m’a alors demandée d’en faire vingt de plus. On a donc passé l’été à Saint-Tropez allant chercher l’argent dès qu’une robe était vendue ! En septembre, j’ai décidé de faire ce métier. A l’époque, il y avait la mode et la Haute couture. Le prêt à porter était basique, et la Haute Couture était très loin de mon univers de mes 18 ans. Progressivement, j’ai appris le métier, j’ai eu un petit atelier et puis un grand. Sept ans plus tard, j’ai eu envie de changer de style, je me suis sophistiquée, j’ai appris les belles matières et la griffe est devenue « Chantal Thomass pour Ter et Bantine » et un peu plus tard « Chantal Thomass ».
4. A quoi ressemble la femme « Chantal Thomass » ?
Chantal Thomass : C’est une femme qui est féminine, qui essaie de trouver son style, qui ne cherche pas à imiter quoi que ce soit et qui choisit des choses qu’elle aime et qui les mélange. Cette femme n’est pas forcement dans la tendance. La lingerie n’a pas d’âge car c’est un raffinement que des femmes aiment toutes leurs vies de 16 ans à 80 ans. C’est un luxe qu’on ne montre pas à tout le monde. La clientèle, c’est une femme raffinée qui fait attention à son corps et a envie d’être jolie le matin.
5. Quelles sont les valeurs que vous souhaitez transmettre ?
Chantal Thomass : Je n’essaie pas vraiment de faire passer des messages. J’ai juste envie que les gens se sentent bien, que les femmes se sentent belles, qu’elles soient heureuses, aient confiance en elles et plaisent à leurs hommes. Je n’ai pas de message philosophique à transmettre !
6. Les critères de beauté ont changé depuis le début du siècle…
Chantal Thomass : Jusqu’en 1900, les femmes étaient en rondeur avec des formes. Dans les années 1920, c’est la garçonne : les femmes deviennent plates, montrent leurs jambes et veulent bronzer. Il y a un vrai besoin de liberté. Les soutiens gorges de Chanel par Cadole étaient des aplatisseurs parce qu’il ne fallait pas de poitrine. Dans les années1940, les femmes se sont ré-arrondies et les soutiens-gorges sont devenus plus pointus. Et les années 1950, c’est le New Look de l’après guerre, la taille est très fine et serrée parce que les femmes ont maigri. Dans les années 1970, la silhouette est longiligne, plate, à la Jane Birkin, on ne portait pas de soutien-gorge. Dans les années 1980, je suis arrivée avec de la lingerie au milieu d ‘une génération sans soutien-gorge et porte jarretelle. J’ai donc eu envie de lingerie fine et sexy que j’ai présentée dans les défilés de prêt à porter comme accessoire et ça a été un choc. J’ai commencé la lingerie par hasard sans penser à en faire une carrière.
7. Comment sélectionnez vous les matières ?
Chantal Thomass : J’adore travailler les matières. Je vais beaucoup à Calais pour les dentelles, en Suisse pour les broderies et en Italie pour les imprimés. Je m’inspire beaucoup de leurs livres d’archives. J’arrive avec une idée et on la retravaille. Les corsets sont fabriqués par des artisans qui sont devenus rarissimes.
8. Quelles exigences la lingerie de luxe doit-elle respecter ?
Chantal Thomass : Les matières doivent être douces et agréables, et ne doivent pas irriter la peau. La lingerie doit être esthétique, bien coupée, fonctionnelle et originale.
9. Comment se passe votre processus d’inspiration ?
Chantal Thomass : Je recherche d’abord les matières. Je collectionne beaucoup les livres anciens, les magazines, des piles et des piles de Elle, Vogue, des pièces anciennes de lingerie, j’en ai des boîtes et des boîtes… Les idées viennent de tout : une expo, des livres anciens. J’ai souvent tendance à m’inspirer de choses anciennes : le 18ème siècle (un corset, un noeud, un froufrou d’une robe de Marie-Antoinette), un film, et un tissu d’homme. Par exemple j’ai crée un soutien-gorge avec une cravate minuscule : j’aime les choses décalées.
10. Quels sont les univers artistiques qui vous inspirent ?
Chantal Thomass : Ce peut être la peinture, une expo, le ciné, les concerts, une multitude de choses en réalité.
11. L’évolution de la mode se concentre-t-elle dans vos collections ?
Chantal Thomass : Oui, il y a toujours un petit côté pin up, il y a des saisons où c’est plus épuré, d’autres où c’est plus froufrou, ou d’autres dans un style années 20 ou Marie-Antoinette. Cela dépend de mon inspiration du moment.
12. Comment sélectionnez les composants de vos parfums ?
Chantal Thomass : Je ne les choisis pas directement, on me les propose. La personne qui compose le jus me pose plein de questions : quels sont mes souvenirs d’enfance, mes odeurs préférées. Elle nous fait sentir 6 ou 7 essais puis on les retravaille pour que ce soit plus piquant par exemple. J’ai fait deux parfums : le premier, « Ame coquine » qui est très sucré, gourmand, et le deuxième, « Osez-moi », qui est plus fleuri à base de roses principalement.
13. Parlez-nous de votre boutique rue Saint Honoré que vous avez réalisée avec le designer Christian Ghion
Chantal Thomass : J’avais envie d’un boudoir contemporain. J’ai travaillé avec Christian Ghion qui a apporté sa touche contemporaine et des matériaux que je ne connaissais pas. Les cabines sont roses et capitonnées, et l’éclairage est étudié pour se sentir belle.
14. Quelle pièce seriez vous si vous étiez une pièce de lingerie ?
Chantal Thomass : Un soutien-gorge car c’est ce qui met vraiment en valeur la femme et qui marque notre grande différence avec les hommes.
15. Qu’est ce qui selon vous crée une mode ?
Chantal Thomass : C’est un mélange, une idée partie d’un créateur adaptée par la rue qui la rend accessible à tout le monde. Mais maintenant c’est difficile car tout est sur internet : quand un couturier présente ses collections, le prêt à porter copie très vite.
16. La mode est-elle une industrie comme une autre ?
Chantal Thomass : La mode est d’abord une composante de l’industrie du luxe mais elle reste une industrie comme une autre.
17. Le luxe et la mode : quelles différences ?
Chantal Thomass : Le luxe c’est la rareté, l’exception, la qualité. Un sac Hermès, on le désire : il faut le commander, il est fait spécialement pour vous, il y a un savoir faire autour. Le vrai luxe c’est l’artisanat. Mais c’est vrai qu’actuellement le luxe s’est beaucoup démocratisé.
18. Quel est votre péché mignon ?
Chantal Thomass : La gourmandise ! Les pâtisseries, notamment les macarons de chez Ladurée.
19. Avez-vous un rêve à réaliser ?
Chantal Thomass : Oui encore pas mal de rêves ! J’aimerais bien faire plus de déco : décorer un hôtel ou un restaurant.
20. De quoi êtes-vous la plus fière ?
Chantal Thomass : Mes deux enfants. Mon fils qui travaille dans le cinéma et ma fille qui est artiste peintre.
21. Quelle femme représente pour vous le plus la féminité le plus aujourd’hui ?
Chantal Thomass : Dita von Teese, c’est la féminité poussée à l’extrême, une icône du glamour. Rania de Jordanie est aussi très féminine, Scarlett Johansson ou Vanessa Paradis.
Pour en savoir plus sur Chantal Thomass :
Read More →Bernard Dufoux, l’art subtil du chocolat
Bijoutier du chocolat, Bernard Dufoux est un artisan dont les créations savoureuses et innovantes le placent comme l’un des dignes représentants de la tradition chocolatière. Après un passage en tant qu’apprenti chez Bernachon, c’est à La Clayette en Saône et Loire, au coeur du Charolais Brionnais, que Bernard Dufoux a installé sa chocolaterie pour créer, travailler, et inventer des chocolats puissants et audacieux.
Passionné par le chocolat, Bernard Dufoux est parvenu à allier magie et savoir faire, tradition artisanale et innovation. Soucieux de l’excellence des matières premières qu’il emploie, ce conquérant du goût exploite la noble fève de cacao dans tout son éventail de créations.
Entouré d’ouvriers qualifiés, cet artisan de renom privilégie les fèves de cacao de type Criollo, très aromatiques, venant d’Amérique Latine (Colombie, Venezuela, Equateur) et des Caraïbes, tout en conservant minutieusement le beurre de cacao que contiennent ces fèves.
Ses spécialités ? Les ganaches aux épices ou aux plantes préparées à partir d’une crème onctueuse, les pâtes d’amande enrobées de chocolat noir, les pralinés aux noisettes ou amandes. Certaines de ses créations sont baptisées Vadouvan, Secret Tibétain, Conquistador, Pavé Charolais ou Lamartine pour rendre autant hommage aux origines sud-américaines du chocolat qu’à la richesse du patrimoine gastronomique bourguignon. Caramel, nougatine, pralinés, chocolats aux épices, ganaches, pâtes d’amande… Autant d’invitations au voyage pour les palais en quête de goûts savants et audacieux.
Connu et plébiscité par tout un cercle très fermé de critiques gastronomiques et de personnalités dont Sonia Rykiel et Irène Frain, Bernard Dufoux figure dans le Guide des meilleurs chocolatiers de France. Attentif à sa clientèle, Bernard Dufoux a développé depuis de nombreuses années, des visites de sa chocolaterie ainsi que des cours de chocolat, et a ouvert une boutique à Lyon.
Pour en savoir plus sur Bernard Dufoux :
http://www.chocolatsdufoux.com/
Read More →La maison Vouelle ou deux américaines à Paris
Pour en savoir plus sur Vouelle :
Read More →Dans la peau de Jean-Claude Dreyfus
Pour en savoir plus sur Jean-Claude Dreyfus :
http://www.jeanclaudedreyfus.net/
Read More →Le phénomène Marc Levy
Marc Levy est actuellement l’auteur français le plus plébiscité dans le monde : ses romans populaires ne quittent pas le classement des meilleures ventes depuis le début des années 2000. Né dans les Hauts de Seine, Marc Levy quitte la France pour les Etats Unis à 23 ans et fonde une société spécialisée dans l’image de synthèse. Il reste aux Etats Unis pendant sept ans et revient à Paris pour créer un cabinet d’architecture. Aimant raconter des histoires et doué d’une grande imagination, c’est en tant qu’amateur qu’il se met à l’écriture. Sa sœur le persuade d’envoyer son manuscrit à plusieurs éditeurs et ce sont les éditions Robert Laffont qui le contacteront. Son premier roman « Et si c’était vrai… » est alors adapté au cinéma par Steven Spielberg (Dreamworks 2005). Il se consacre depuis à l’écriture et emmène le lecteur dans un univers personnel où tout est possible : aujourd’hui, les ventes de ses dix livres, toutes éditions et langues confondues, ont dépassé les 20 millions d’exemplaires.
1. Vous considérez-vous comme une figure Littéraire ?
Marc Levy : Je ne sais pas ce que vous entendez par « figure littéraire », ce que je peux vous dire c’est que je m’interdirai toujours de me regarder écrire, je préfère regarder ce que j’écris.
2. Comment définiriez-vous votre style ?
Marc Levy : Libre ! Pour les deux… En tant qu’écrivain, ce qui compte pour moi est d’inventer, de me renouveler chaque fois, de m’amuser, de prendre un risque, tout comme un artisan qui travaille avec une matière vivante.
3. Racontez-nous votre parcours…
Marc Levy : Je vais vous épargner ça ! Je n’aime pas beaucoup parler de moi, bon, si vous y tenez vraiment… Après m’être engagé pendant six ans à la Croix Rouge Française et étudié la gestion et l’informatique à l’Université Paris Dauphine, j’ai crée en 1983 une société spécialisée dans les images de synthèses en France et aux États-Unis. Mais j’ai tout quitté en 1989 pour repartir à zéro en fondant à Paris avec deux amis une société de travaux de finitions. Un jour, j’ai voulu écrire une histoire à l’homme que deviendra mon fils. Encouragé par ma soeur scénariste, j’envoie ce manuscrit aux Editions Robert Laffont qui acceptent aussitôt de publier « Et si c’était vrai ». Peu avant la sortie du roman, Steven Spielberg en acquiert les droits d’adaptation cinématographique. C’est après la publication de « Et si c’était vrai ? » que j’ai décidé de me consacrer exclusivement à l’écriture. S’ensuivent « Où es-tu ? », « Sept jours pour une éternité », « La prochaine fois », « Vous revoir », la suite de « Et si c’était vrai », « Mes amis, mes amours »(adapté au cinéma), « Les Enfants de la liberté » et « Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites », « le premier jour » et « La première nuit » la suite du précédent. En plus de ces romans, j’ai écrit quelques nouvelles et réalisé un court métrage pour Amnesty International ainsi que quelques chansons pour différents artistes dont Johnny Hallyday.
4. Vous avez travaillé longtemps pour la Croix Rouge et vous participez à des opérations humanitaires…
Marc Levy : J’ai passé six années à la Croix Rouge et je ne pourrai jamais rendre à la Croix Rouge tout ce qu’elle m’a donné. J’entends ceux qui disent que le monde d’aujourd’hui est individualiste, certes, ce n’est pas la société qui fait un pas vers vous, mais cela n’interdit en rien de faire soi-même un pas vers les autres. En entrant à la Croix Rouge Française à dix-huit ans, je me suis aussitôt vu offert une place dans la société. Alors, aujourd’hui, soutenir certaines associations, c’est aussi ma façon de participer un peu à la société dans laquelle je vis. Cela dit, je rêve aussi de retourner vraiment sur le terrain. Je soutiens Action contre la faim, parce que des millions d’enfants meurent chaque année par manque d’eau potable et d’alimentation suffisante et que nous pouvons faire quelque chose. ACF a sauvé deux millions d’enfants l’an dernier, vous vous rendez compte ! J’apporte aussi mon soutien à Action Innocence, une association qui œuvre à la protection des enfants sur Internet. Egalement à l’association IDEE, qui s’occupe des enfants atteint d’Epilepsie. Je soutiens chaque fois que je le peux les actions d’Amnesty, de l’institut Pasteur, et depuis peu SOS Villages d’enfants, une association formidable qui permet aux frères et sœurs sans parent de ne pas être séparés. SOS villages d’enfants, crée des villages d’accueils en France et dans le monde pour donner une vie normale à des orphelins ou enfants séparés de leurs parents.
5. Comment en êtes-vous venu à écrire votre premier roman : « Et si c’était vrai ? »
Marc Levy : Mon passage à l’écriture est un peu particulier et la chance y est pour beaucoup. Quand j’ai commencé à écrire ce qui deviendrait « Et si c’était vrai », je n’avais pas l’intention d’en faire un roman, et je pensais encore moins qu’il serait publié. J’avais écrit cette histoire pour mon fils, ou plutôt pour l’homme qu’il deviendrait un jour. Mon idée était de lui remettre le manuscrit quand il aurait l’âge que j’avais en l’écrivant. A travers ce roman, je voulais lui dire d’aller au bout de ses rêves de ne laisser personne l’en déposséder. Poussé par ma soeur scénariste, j’ai envoyé le manuscrit aux Editions Robert Laffont, qui m’ont répondu, huit jours après, vouloir publier le livre. Quelques semaines plus tard, Steven Spielberg me téléphonait pour m’annoncer qu’il voulait adapter mon histoire au cinéma. J’ai alors démissionné du cabinet d’architecture que je dirigeais pour écrire un second roman et me consacrer à l’écriture. Il fallait que je sois cohérent avec moi-même. Arrivait dans ma vie un rêve que je n’aurais jamais osé réaliser, mais, si je n’avais pas été au bout de ce rêve, tout ce que je voulais dire à mon fils dans mon premier roman n’aurait alors été qu’un mensonge.
6. L’adaptation à l’écran par Steven Spielberg vous a -t-elle satisfaite ?
Marc Levy : Le livre est trop long pour être adapté dans sa totalité. Il fallait choisir entre la ligne « comédie » ou la ligne « dramatique » puisque le roman contient presque deux histoires en une. Les producteurs américains ont choisi le côté comédie du roman, c’est un choix respectable. Personnellement, j’ai passé un agréable moment en le voyant, sauf la fin que je trouve trop. happy end. Même si les personnalités d’Arthur et Lauren diffèrent dans le film de ce qu’elles sont dans le roman, même si les prénoms des personnages ont été changés, Mark Ruffalo et Reese Whitherspoon, ont recréé la complicité entre Arthur et Lauren. Bien sur, on ne retrouve pas les chapitres du livre, mais l’idée et le sentiment du roman sont présents. J’ai eu l’occasion de voir plusieurs fois le film et à chaque projection je découvre des liens entre les deux, comment le roman a pu inspirer tel ou tel passage du film. Très sincèrement, on ressort de la salle heureux et je ne crois pas que le film efface la mémoire du livre. Je sais que certains lecteurs n’ont pas du tout aimé le film, trouvant que le roman avait été trahi, je voudrais leur dire ceci : le jour où les éditions Laffont m’ont appelé pour me dire qu’ils voulaient publier mon roman, je me suis pincé ; le jour où Spielberg m’a contacté pour me dire qu’il voulait en faire un film, je me suis pincé encore plus fort, alors si l’on m’avait dit un jour que des lecteurs préféreraient mon roman à un film de la Dreamworks… Je n’y aurais jamais cru, alors merci infiniment.
7. Décrivez-nous une journée type pour vous…
Marc Levy : Rien de bien particulier qui mérite d’être raconté. Je travaille beaucoup, j’écris la nuit, parfois toute la nuit. Je dors peu, mais je dors vite… Les journées les plus trépidantes se déroulent lors de mes séjours à l’étranger, rencontrer les lecteurs en France, au Vietnam, en Corée, en Russie, en Allemagne, en Italie, en Espagne etc… Autant d’expériences à chaque fois fabuleuses pour moi.
9. Que ressentez-vous avant la parution d’un roman ?
Marc Levy : Un trac fou, Une boule au ventre…
10. En quelques mots, de quoi parle « Les enfants de la Liberté » ainsi que le roman en deux tomes « Le premier jour » et « La première nuit » ?
Marc Levy : « Les enfants de la liberté » raconte l’histoire vraie d’une vingtaine d’adolescents en France pendant la seconde guerre mondiale. Tous étaient dans la résistance, dans la 35ème brigade Marcel Langer. Ce adolescents venaient de tous les coins de l’Europe, ils étaient Roumains, espagnols, Italiens, et beaucoup sont morts en criant vive la France avec un accent étranger. Quant à mes deux derniers romans, lesquels sont une histoire en deux tomes, il s’agit d’un roman d’aventure, la rencontre d’une archéologue et d’un astrophysicien. C’est un thriller, et une histoire d’amour sur fond d’étoiles…
11. Vous en êtes à votre 10ème roman : sentez-vous une évolution voire une maturité dans votre écriture, votre style ?
Marc Levy : Disons que je l’espère, c’est le moteur du travail artisanal, l’envie de progresser, de prendre conscience des imperfections passées, de travailler à ne pas les reproduire tout en ayant conscience que d’autre seront commises. J’aime travailler, me remettre sans cesse en cause.
12. Quel effet cela fait d’être l’auteur français le plus lu dans le monde ?
Marc Levy : Plaisir, très plaisir.
13. Comment expliquez-vous votre succès ?
Marc Levy : Je ne l’explique surtout pas. Je sais que la chance y est pour beaucoup et je travaille beaucoup pour la mériter.
14. Quels sont les univers littéraire ou artistiques qui influencent votre travail ?
Marc Levy : La littérature anglo-saxonne.
15. Hormis l’écriture, à quelles passions vous adonnez-vous ?
Marc Levy : La musique, la cuisine et l’aviation et je n’ai jamais trouvé le rapport entre ces trois passions !
16. Quels livres lisez-vous en ce moment ?
Marc Levy : En ce moment j’écris alors hélas, je ne lis pas.
17. Quelles missions donnez-vous à l’écriture ?
Marc levy : Créer une émotion, entrainer le lecteur dans une histoire, partager un sentiment.
18. Quels sont vos projets pour 2010 ?
Marc Levy : Un prochain roman avant l’été, beaucoup de voyages à l’étranger, et quelques jours de vacances, je n’en ai pas pris depuis si longtemps….
Pour en savoir plus sur Marc Levy :
Read More →Eric Génovèse, le Magnifique

Sociétaire de la Comédie Française depuis 1998, Eric Génovèse est diplômé du Conservatoire National Supérieur D’Art dramatique et se voit proposer des rôles marquants. Il joue Karel dans « Bête de style » de Pier Paolo Pasolini mis en scène par Stanislas Nordey, il aborde Corneille en interprétant Cléandre dans « La place royale » et Ptolémée dans « La mort de Pompée », deux mises en scène de Brigitte Jaques. Il est Louis Laine dans « L’échange » de Paul Claudel dans un spectacle de Darius Peyamiras. Il incarne Fortinbras et la reine de comédie dans « Hamlet » mis en scène par Georges Lavaudant, participe à un diptyque Molière réalisé par Jean Luc Boutté et joue Scipion dans le « Caligula » d’Albert Camus monté par le cinéaste Youssef Chahine. Il est Boas dans « Occupe toi d’Amélie de Georges Feydeau », une production de Roger Planchon et Hippolyte dans la mise en scène de « Phèdre » par Anne Delbée. Il joue dans deux pièces de Pierre Corneille : « Clitandre ou l’innocence délivrée » et « Tite et Bérénice » de Racine. Il aborde Bertold Brecht et Marguerite Duras. Il compose une figure étonnante de Caliban dans « La tempête » de Shakespeare mise en scène par Daniel Mesguich, qu’il avait déjà rencontré pour « Mithridate » et qu’il retrouve pour « Andromaque » de Racine. Il est Cléante dans « L’avare » mise en scène par Andreï Serban et incarne Cyrille dans la pièce testamentaire de Copi « Une visite inopportune » mise en scène par Lukas Hemleb. Il participe à « Amphitryon » de Molière mis en scène par Anatoli Vassiliev. Il poursuit son exploration du répertoire contemporain en jouant des textes de Tony Kushner et de Lars Noren dans des productions de Jorge Lavelli et de Joël Jouanneau. Il est dans la vision des « Fables » de La Fontaine proposée par Robert Wilson avant d’incarner Tartuffe dans le spectacle de Marcel Bozonnet. On l’a vu entre autres au cinéma dans « Jefferson in Paris » de James Ivory et pour la télévision dans « La place royale » réalisée par Benoît Jacquot. Il enseigne l’art dramatique au cours Florent. Sa carrière de metteur en scène débute en 2001, par un travail sur « Les juives » de Robert Garnier. Passionné d’Opéra, Eric Génovèse a participé en tant que narrateur à des spectacles musicaux dont « Lélio » de Berlioz à l’opéra de Rome sous la direction de John Nelson, « L’histoire du soldat » de Igor Stravinsky à la salle Gaveau avec l’orchestre national d’île de France dirigé par Gordan Nikolitch et « le martyre de saint Sébastien » avec l’orchestre philharmonique de Luxembourg sous la direction de Emmanuel Krivine. Il a monté avec L’IRCAM « Le privilège des chemins » de Fernando Pessoa et mis en scène plusieurs opéras dont « Rigoletto » de Verdi et « Cosi Fan Tutte » de Mozart. Entretien avec ce comédien du Français dont le talent immense me transporte depuis l’enfance.
1. Vous considérez-vous comme une figure du Théâtre ?
Eric Génovèse : Une figure, incontestablement puisque j’ai la chance d’y jouer sans discontinuer depuis bientot 20 ans. Mais de quelle importance, je l’ignore… ça n’est pas à moi d’en juger ! (rires). Disons que j’y ai une activité trés intense, que je suis dans un théâtre approximativement 300 jours par an, que je croise mon nom sur pas mal d’affiches dans les rues….

2. Comment définiriez-vous votre style ?
Eric Génovèse : Il est assez difficile pour un comédien de définir ce qui fait son originalité, ce qui fait qu’on le demande, qu’on l’imagine ici ou là… Sa faculté à faire naître le désir. A vrai dire, j’attaque toujours les répétitions en essayant d’oublier tout, en étant le plus disponible, le plus vierge possible. Comme c’est de toute façon impossible car la technique et l’expérience que l’on a sont gravées et difficilement effaçables, je tends au style « page blanche ». C’est assez inconfortable mais j’aime assez vagabonder d’un style à l’autre : épouser celui qui convient à ce que je suis censé défendre. Il faut pour cela se permettre la perméabilité, donc, éprouver ses propres limites. Chaque metteur en scène avec qui j’ai travaillé m’a raconté de moi des caractéristiques différentes… Je ne pense pas être un intellectuel. Un homme qui pense, oui mais avec tous ses sens.Peut-être, sans doute même, je suis un acteur de texte. Mon rapport à la matière textuelle m’a souvent été cité comme un point fort. On m’a même parlé de » Touche de texte », comme on parlerait d’un toucher pour un pianiste ou d’un trait pour un peintre. C’est le plus beau compliment que l’on m’ait fait… Je pense ne pouvoir parvenir à rien sans un bon texte. Le silence qui précède et suit une phrase est pour moi le gage de la qualité, de la portée de cette phrase et c’est lui que je vise en réalité lorsque je travaille. J’aime Dire, par dessus tout pour faire vivre l’intensité de ce silence, le trouble qu’il convoque. Cela peut sembler paradoxal mais c’est ainsi que je vis les choses. J’entends souvent qu’il y aurait un style Comédie Française, ce qui ne veut à peu près rien dire, en tous cas aujourd’hui. En étant tout à fait sincère, je ne vois chez tous mes camarades que deux points communs: la rapidité et la souplesse. Certaines approches sont diamétralement opposées au sein même de cette troupe. Et je ne considère pas qu’un style soit façonné par un lieu dans lequel on travaillerait. Il est le fruit d’une réflexion, d’une expérience, de ce que l’on vit et de comment on le vit, donc, propre à chacun. Si je devais me choisir un Style, il faudrait qu’il soit suffisamment identifiable mais qu’il ne ressemble en rien à une étiquette. Un style complexe à déchiffrer mais évident à recevoir.

3. Le Théâtre… Une vocation ?
Eric Génovèse : A priori, je n’y étais pas pré-disposé : Je suis issu d’une famille plutôt modeste et peu encline à l’art théâtral.Quelques indices cependant : Ma grand mère paternelle ne savait ni lire, ni écrire, mais regardait « des chiffres et des lettres » tous les soirs avec gourmandise. Ma grand mère maternelle chante Werther ou Rigoletto sans avoir jamais mis les pieds dans un Opéra…. Ma mère était couturière. Elle avait des doigts d’or. Mon pére lui, né italien et naturalisé français à l’âge de 11 ans était parti pour faire des études. Il était à peine devenu ingénieur en électronique lorsque je l’ai perdu, j’étais encore un petit enfant. J’ai retrouvé cependant deux livres qui lui appartenaient, très tard, des pièces de Hugo et de Marivaux, cela m’a beaucoup ému et intrigué. Ma tante m’emmenait très jeune voir des expos de Giacometti, Miro, Picasso, Ernst… Et des concerts de Lou Reed, Patty Smith, Jaco Pastorius, Keith Jarrett….. A l’âge de 9 ans un panneau affichant « cours de théatre » m’a frappé et j’ai demandé à ma mère de m’y inscrire ainsi qu’à des cours de piano… Elle a accepté sans me poser de questions. Pourquoi cet appel ? Je l’ignore. Je n’avais jamais vu une piéce de théâtre ! Une nécessité secrète donc : nécessité, je préfère d’ailleurs ce terme à celui de vocation.

@ Pietro Spagnoli
4. Racontez nous votre parcours…
Eric Génovèse : A l’age de 17 ans j’ai décidé d’arrêter mes études; j’avais beaucoup de problèmes de communication avec les gens de mon âge et pour me faire accepter je faisais le pitre et ruinais mes possibilités que l’on disait grandes. J’étais inadapté, malheureux et très seul, avec un grand manque de confiance en moi. J’ai demandé à ma mère de monter à Paris (nous vivions à Nice) pour y prendre des cours de Théâtre. Elle l’a accepté avec confiance et s’est dévouée pour financer mes études. Deux ans de Cours Simon, une première tentative au concours du Conservatoire National : un échec ! Je suis ensuite admis par François Florent en deuxième année dans la classe de Denise Bonal puis après quelques mois, je rencontre par le biais d’un ami Isabelle Janier et Tania Torrens, toutes deux à la Comédie Française. Elles me font travailler dans leur loge mon deuxième concours du Conservatoire National et je suis admis, à ma grande surprise. Là, je rencontre Viviane Théophilidés, Pierre Vial, Jean-Pierre Vincent, Bernard Dort et Madeleine Marion qui me forment et je travaille comme un dingue pendant trois ans ! En troisième année ma chère Madeleine Marion, qui est devenue ma maman de Théâtre et mon amie proche – elle vient de nous quitter il y a quelque temps – me choisit pour être « Oreste » dans l’Oreste de Vittorio Alfieri dans les ateliers de sortie duConservatoire. C’est là que tout commence sérieusement à changer. Stanislas Nordey qui est mon Pylade me propose de jouer « Bête de Style » de Pasolini au TGP de Saint-Denis, Redjep Mitrovitsa me voit jouer et parle de moi à Brigitte Jaques qui m’auditionne et m’engage pour jouer Cléandre dans « La place royale« et Ptolomée dans « La mort de Pompée » de Corneille la saison qui suit ma sortie du Conservatoire. Suivent tout naturellement, Louis-Laine dans « L’échange » de Claudel à la comédie de Genève et plusieurs reprises et un film avec Benoit Jacquot de « La Place Royale » qui est un grand succès. Trois années d’intermittence, mais cinq mois seulement d’Assedic (histoire de ne pas perdre de vue la précarité qui menace, j’ai gravé ces mois très fort dans mon esprit) !
En 1993, Georges Lavaudant monte « Hamlet » à la Comédie-Française et cherche un acteur pour jouer Fortinbras et La Reine de Comédie (deux rôles aux antipodes l’un de l’autre). C’est à nouveau Redjep Mitrovitsa qui lui conseille de venir me voir dans « La Place Royale » et quelques jours plus tard, je reçois un télégramme de Jean-Pierre Miquel qui était Directeur du Conservatoire lorsque j’y étais élève et qui vient d’être nommé Administrateur de la Comédie Française qui me propose d’y entrer comme Pensionnaire pour jouer ces deux rôles, ainsi que celui de Scipion dans le « Caligula » de Camus que met en scène Youssef Chahine. En quatre ans à peine dans les lieux, je suis nommé 499éme Sociétaire, élu par mes pairs. J’y joue de nombreux rôles et y rencontre des metteurs en scène et des camarades formidables. Cela fait seize ans que ça dure…..et je souhaite y demeurer tant que je progresse et que l’équilibre entre les raisons de partir et les raisons de rester penchent du côté de la seconde option !

J’ai eu aussi besoin d’aller voir du côté de l’enseignement et de la mise en scène. A vrai dire c’est l’enseignement, le goût de diriger les acteurs qui m’a fait sauter le pas ! François Florent m’a demandé d’animer un Stage sur la Tragédie en 1999 et j’y ai rencontré une équipe avec qui j’ai monté « Les Juives » de Robert Garnier au Théatre du Marais.Cinq heures de spectacle dans une langue sublime mais horriblement difficile, une entreprise folle et d’une difficulté sans nom, un pari impossible, un suicide pour un début ! Mais monter quelquechose de plus habituel ne m’excitait pas. J’avais choisi ce répértoire précisément pour la raison qu’il est si difficile et iconoclaste que personne ne le monte ! C’est un répértoire que j’aime et je pouvais me permettre d’y aller en laborantin. Marcel Bozonnet m’a ensuite proposé de travailler avec L’Ircam et d’imaginer un spectacle issu de cette collaboration. J’ai donc à nouveau choisi un objet étrange : « Le privilège des chemins » de Fernando Pessoa et nous l’avons joué au Studio Theatre de la Comédie-Française. Entre temps, Michel Glotz – grand impressario de musique qui nous a quitté lui aussi ces jours derniers – m’avait admis dans son agence en tant que Récitant. J’avais besoin de retrouver la musique ! Le Théâtre et le Piano, avais-je dit à 9 ans ! Il semblerait que je sois déterminé ! J’ai collaboré et collabore encore avec des musiciens et des orchestres extraordinaire pour des oeuvres mélant musique et textes parlés (« Le Martyre de Saint Sebastien » de Debussy, « Lélio » de Berlioz, « Peer Gynt » de Grieg, « L’histoire de Babar » de Poulenc, « l’Enlevement au sérail » de Mozart et autres, jusqu’a « Hydrogen Jukebox » de Philipp Glass que j’ai crée en France dans une mise en scène de Joel Jouanneau…..) avec des grands chefs comme Kurt Masur,Emmanuel Krivine, John Nelson, Alain Altinoglu, Jean-Christophe Spinosi… ou en récitals aux cotés de chanteurs fantastiques comme Matthias Goerne, Camilla Tilling entre autres, sans oublier des concerts que je donne régulièrement avec le Trio Wanderer, Philippe Berrod ou Muza Rubackyté… Toutes ces activités m’ont mis au contact de Directeurs de Théâtres et j’ai manifesté mon envie de mettre en scène de l’Opéra, qui est pour moi la forme la plus aboutie de l’expression scénique, le vecteur d’émotion le plus puissant. « Rigoletto » de Verdi a été mon premier essai grâce à Thierry Fouquet à L’Opéra National de Bordeaux.

Cosi Fan Tutte
Quelques mois plus tard, Dominique Meyer me proposait mes débuts au Théâtre des Champs Elysées à Paris avec « Cosi fan tutte » de Mozart ! Encore une fois, je n’ai pas commencé par le plus simple. Des oeuvres sur lesquelles les références pleuvent ! Mais finalement quitte à prendre des risques, je suis heureux d’avoir commencé en devant plonger sans bouée et en étant au contact des plus grands (compositeurs,musiciens,chanteurs) car c’est ainsi que l’on apprend le mieux ! Et j’adore apprendre. On me propose de continuer, je continuerai. Les choses faciles, si tant est qu’elles existent, ne m’intéressent pas, ne m’intéressent plus ! J’aime les enjeux de taille, même si j’ai conscience de mes limites. Il m’est cependant arrivé de refuser des propositions. Je ne peux pas, personne ne peut TOUT faire, TOUT incarner, être l’homme de tous les auteurs ou compositeurs. Mais tendre à repousser ses limites intelligement ou apprendre à faire avec, à en faire des atouts, cela me semble nécessaire. De trés grandes carrières se sont faites sur des limites ! En somme, apprendre à se connaître et à se surprendre est un équilibre vital mais assez difficile car il demande un instinct sûr et une conscience aigue des obstacles à franchir. J’ai un contact avec les chanteurs si facile, si galvanisant, si extraordinaire que je vais continuer à avancer, à apprendre et à avoir du plaisir ! Donc nous nous apprenons mutuellement, j’admire ce qu’ils sont capables de faire : C’est un partage sensationnel, une véritable histoire d’amour. J’ai l’immense chance d’avoir rencontré dans mon parcours des êtres fidèles qui m’ont invité et réinvité à partager des aventures artistiques. Tout est là, dans cette fidélité, dans ce regard et cette confiance que certains vous donnent. Car sans celui ou celle qui sait vous regarder, vous n’êtes qu’un être amputé lorsque vous êtes un comédien ou un metteur en scène. Lorsque je lis mon CV, je réalise que j’ai eu un parcours trés privilégié. Et pourtant que de doutes et de tentations de tout abandonner ! J’oublie les embuches… Elles m’ont apparemment toujours fait rebondir. Mais j’ai toujours dans un coin de ma tête la conscience que tout peut s’arrêter demain.
5. La journée type d’un comédien du Français ?
Eric Génovèse : Cela dépend des périodes. Et cela dépend des comédiens. Il serait illusoire de penser que tous les comédiens du Français ont le même rythme. Certains jouent plus, d’autres moins. Les Statuts attribuent à l’Administrateur Général de décider des distributions. Très souvent, – et plus lorsque l’on est jeune ou nouveau – on joue le soir et répète en meme temps une autre piéce l’après-midi. On peut jouer aussi plusieurs pièces en alternance dans la même semaine et en répéter encore une autre l’après midi ! Parfois même, en jouer six dans un week end : une à 14h à la salle Richelieu, une à 18h30 au Studio théâtre et une à 20h30 à nouveau à Richelieu. Et Pareil le lendemain ! Les pensionnaires ont pour seul devoir d’activité de jouer. Les Sociétaires, eux, peuvent être appelés à d’autres devoirs. De coutume, il n’y a pas de répétitions le matin mais parfois des enregistrements à la radio, ou des comités d’administration qui régissent le fonctionnement de la Maison. Ce sont des sociétaires élus à moitié par leurs camarades, à moitié par l’Administrateur Général ainsi que le Doyen des Sociétaires qui y siègent, des comités de Lecture pour accepter ou non les piéces que l’Administrateur général propose pour l’entrée au répertoire, des assemblées générales… Etre un comédien Sociétaire au Français demande beaucoup d’aptitudes à autre chose que le seul métier de comédien. C’est une troupe qui a un fonctionnement unique et particulier. On y est juge et partie. On peut aussi devoir assister à toutes les représentations pendant une semaine, plusieurs fois dans l’année, pour veiller au bon déroulement des spectacles, de leur évolution, de leur suivi technique. Personnellement, je n’ai jamais joué plus de trois pièces en même temps, et je ne le souhaiterais pas ! Je me contrains beaucoup car je suis plutôt un couche-tard et un lève-tard ! Il arrive aussi que certains tournent le matin ou ne jouent pas pendant des mois (ce qui est toujours très mal vécu, il n’est paradoxalement pas aisé d’être payé pour ne rien faire ! C’est même très humiliant pour un artiste ! ). La chose la plus fatigante est l’irrégularité des activités car il est difficile de régler son horloge interne ! En résumé, il faut une bonne santé, une bonne disponibilité aux autres, des nerfs solides, une bonne dose d’enthousiasme et une souplesse certaine.

Répétition des Naufragés
6. Quels sont les univers littéraires ou artistiques qui vous influencent dans votre travail de comédien et de metteur en scène ?
Eric Génovèse : Tout ce qui fait partie de la vie me sert en règle générale. M’informer de ce qui se passe dans le monde, de ce qui se fait artistiquement est essentiel. Je suis très curieux et une vie ne me suffira pas à étancher ma soif de connaissance et d’émotions. Je lis beaucoup, j’écoute énormément de musique et je voyage beaucoup, sillonnant les architectures, les modes de vie et les musées. Mes goûts sont très éclectiques. Voyager est vital pour moi ! Il est inenvisageable de ne pas aller découvrir un pays nouveau chaque année et de ne pas retourner dans d’autres le plus souvent possible ! Ma vie entière se nourrit de l’Art.Au quotidien, j’alterne entre mes artistes favoris et ceux que j’ai envie de découvrir. Je relis » Les affinités électives » de Goethe et « La légende des siècles » de Hugo, vais voir « Le jardin des délices » de Bosch, les statues du Bernin, la « sagrada familia » à chaque passage à Madrid, Rome ou Barcelone… Je revois tous les films de Dreyer, de Fellini ou Bergman, écoute Nina Simone, Billie Holiday, Monteverdi, Haendel, Bartok ou Mozart régulièrement… Je lis des polars scandinaves, ne manque pas un Echenoz, feuillette toutes les rentrées littéraires, ne manque pas un Tarentino, un Almodovar, un Haneke, un Gondry, un Gus Van Sant, un film Scandinave… ! J’adore la peinture contemporaine, la Photo, la musique répétitive, les films d’animation. Je vais au concert ou à l’opéra plusieurs fois par mois. J’ai raté Piaf et la Callas, ça me rend dingue ! Je ne peux pas voir toutes les expos, entendre toutes les voix, voir jouer tous les acteurs, ça me désole. Ce qui est terrible c’est qu’il me faut du temps pour faire le vide, regarder l’horizon et ses imperceptibles nuances pendant des heures et laisser le soleil et la mer me réchauffer le coeur ! Je suis totalement schizophrène : un contemplatif, affublé d’une curiosité et d’une soif de communication humaine inextinguibles… Lorsque je travaille sur une oeuvre, je me focalise sur l’univers sonore, pictural et littéraire qui couvre l’époque de l’écriture de celle -ci mais des références tout à fait hors époque peuvent m ‘inspirer. Par exemple lorsque j’ai joué « Tartuffe », ce sont les écrits deLouis Jouvet et » Théorème » de P.P Pasolini qui m’ont donnés les clefs du personnage. Il serait injuste de ne pas mentionner le regard de mon metteur en scéne et de mes partenaires car rien n’advient de par soi seul. En ce moment, je joue une piéce de Guy Zylberstein sur le monde de l’art, mis en scène par Anne Kessler et nous échangeons ou regardons ensemble des films. Ca va de « L’année dernière à Marienbad » de Resnais, à Kate Winslett dans » The Reader ». Nous regardons des tableaux, des documentaires sur Rembrandt, Pollock, allons regarder les gens dans le hall de l’hotel Lutétia, c’est trés passionnant ! J’ai eu un choc esthétique en découvrant le film de Peter Watkins, « Munch ». En fait tout converge. Une création est faite d’une somme incommensurable de références, de moments de vie et de relents inconscients.

Hydrogen Jukebox
7. Que ressentez-vous lors de cette osmose éphémère que vous vivez avec le public le temps d’un soir ?
Eric Génovèse : Il se passe énormément de choses au cours d’une représentation. Certains soirs, on peut avoir le sentiment d’une porte définitivement close : le public est agité, bruyant, indisponible. Il est très compliqué dans notre monde d’aujourd’hui de trouver des espaces de silence, des endroits ou l’on se pose pour s’ écouter, s’évader du bruit, se retrouver. Je déteste le bruit. Celui qui brouille tout, qui meuble, qui dissipe. Tout est construit pour que l’homme se dérobe à lui même. Tout se vaut. La vérité comme le mensonge, la musique comme le bruit, le plus précieux comme le plus abject. C’est pourquoi je deteste la télévision. C’est un faux ami, quelque chose qui vous abrutit, vous aide à passer a coté de vous, vous sature d’informations jusqu’à vous rendre incapable de réfléchir, de déméler le faux du vrai. Ce qui me bouleverse au théâtre, c’est la disponibilité au silence. La qualité de l’écoute. Le fait que l’on soit venu, que l’on se soit déplacé, que l’on ait choisi d’être là pour vous écouter. Une représentation, c’est l’heure de vérité. La qualité du silence est mon seul baromètre. C’est ce sentiment qui est jouissif, cette communion dans l’importance de ce qui se dit. Car entre deux silence, un mensonge proféré est une fausse note qui tinte à l’oreille de chacun. Lorsque l’espace de quelques secondes tout se tait et que toute une salle reste suspendue à la résonnance de la parole ou du geste que vous avez donné , alors vous vous sentez plus léger. Il y a eu un moment de grâce et cela valait la peine d’etre là tous ensemble. C’est pour ces moments là que j’aime jouer.

@ Pietro Spagnoli
8. A quoi pense un comédien sur scène, une fois que la concentration a pris le pas sur le trac ?
Eric Génovèse : A ce qu’il dit de préférence !! Comment penser à autre chose ? Idéalement, il parle, il écoute son partenaire et il répond. Lorsque le travail de répétition à été bien mené, il ne reste plus que cela à faire : se rendre disponible, tout oublier et retrouver la spontanéité. Bien entendu, il y a une veille permanente, un état de conscience aigu qui permet au comédien d’accueillir un accident, de le rétablir ou de l’utiliser. On appelle ça « le troisième oeil » : une sorte d’élasticité temporelle, de distance entre le conscient et l’inconscient. On doit être totalement maître de soi mais se laisser surprendre. Cela fait partie de l’état de jeu. Mais il n’y a pas à s’en soucier,c’est un état naturel lorsqu’on a bien travaillé et que l’on est au bon endroit. C’est une gymnastique et c’est à cela que servent les répétitions : à établir les règles du jeu.
9. Comment séparez-vous vos rôles de votre vie privée ?
Eric Génovèse : Celui qui est sur scène c’est moi et pourtant pas exactement le même que celui qui est devant son café le matin ! Il m’arrive de jouer trois rôles en même temps, il faut donc faire appel à des aspects de moi différents, à des énérgies différentes. Il y a un grand fantasme autour du rôle qui façonnerait votre vie… Si je devais être déprimé chaque fois que mon personnage meurt ou est malheureux, je pense que je serais deja interné (rires). Personnellement, il m’arrive de ne pas réaliser que j’ai joué la veille au soir devant des gens. Lorsque quelqu’un me fait comprendre qu’il me reconnait, j’ai toujours un temps de latence, je me demande pourquoi. Un jour, quelqu’un m’a abordé dans un magasin en faisant référence au personnage que je jouais la veille, et je n’ai absolument pas compris de quoi et pourquoi il me parlait ainsi… Il a dû me prendre pour un fou ! Mais c’est un métier relativement proche de beaucoup d’autres, on convoque certaines choses de soi à un moment donné, programmé, avec tout un contexte autour puis on est différent lorsqu’on fait la cuisine ou prend sa douche. Ce qui se passe au moment du jeu est une alchimie assez complexe mais canalisée. C’est peut être en période de répétitions que les choses sont plus compliquées, car la recherche vous obsède et ne vous quitte pas à la porte du théâtre… En terme d’humeur, il y a des spectacles qui vous donnent de l’énergie, d’autres qui vous la pompent ! Mais c’est d’avantage une ambiance de spectacle ou de répétition qui interagissent avec votre vie privée, qu’un personnage en particulier.
10. Votre meilleur souvenir sur scène ?
Eric Génovèse : J’aime à penser qu’il est pour demain…
11. Quelles missions donnez-vous au Théâtre ?
Eric Génovèse : Celle d’un révélateur face au mystère de l’humanité, je crois. Pour moi le Théâtre est un barrage contre l’ignorance, la bêtise et l’instrumentalisation des êtres .S’il peut aider à complexifier un peu le débat ambiant, s’il pose des questions, lutte contre les raccourcis démagogiques en interrogeant les énigmes, s’il porte le trouble, émeut, réjouit ou indigne, s’il n’est pas simplement rassurant mais perturbant, vivant, alors il est utile voire indispensable. Malheureusement, on le pousse régulièrement à devenir un « produit », un outil de consommation comme un autre et cela est insupportable ! Il doit garder, revendiquer sa spécificité, son espace propre qui est celui du partage et de la réfléxion collective. C’est une place fragile et c’est pour cela qu’elle est belle. Parce qu’elle n’est pas quantifiable ou rentable de manière certaine et rapide ! Parce qu’elle demande une ouverture des consciences et que c’est un travail de longue haleine, un acte de résistance. On n’interroge pas le monde avec des formules magiques, avec des slogans miracles.. On participe en cherchant, parfois laborieusement, à rendre une parole audible, à accueillir des petits instants de grâce qui, avec le concours de chacun, donneront peut-être naissance à d’autres pousses d’espoir, qui feront leur chemin vers de nouveaux commencements.

Cosi Fan Tutte

Cosi Fan Tutte
12. Pourriez-vous expliquer votre mise en scène pour le Théâtre et l’Opéra ?
Eric Génovèse : Je n’ai pas de recettes particulières. J’arrive en répétitions très préparé. Il me faut une longueur d’avance sur tout le monde et je travaille avec mon équipe très en amont. Je me considère avant tout comme le réceptacle d’une parole ou d’une musique que j’interprète avec mon entendement, ma sensibilité, et que je tâche de transmettre à ceux qui vont l’interpréter. J’essaie d’être le premier spectateur, de leur dire ce que j’entends mal ou n’entends pas, ce que je crois qu’il faudrait faire entendre ou mieux entendre. Je cherche le moyen de leur en donner la possibilité. Il faut pour cela repérer assez vite comment s’adresser à chacun, comment l’aiguiller ou le laisser avancer. Je crée un cadre, un angle de vue. Le Théâtre et L’Opéra sont très différents. Au Théâtre, on écrit ses silences et l’on impose son rythme, on le choisit, de même que l’on choisit ses interprètes, le metteur en scène est aussi le chef d’Orchestre. L’Opéra demande une grande humilité, le temps est écrit et les contraintes sont plus nombreuses, plus éprouvantes pour les interprètes qui ont des degrés divers de connaissance de l’oeuvre selon qu’ils l’ont déja chantée ou non. ll faut pour le metteur en scène, mettre en jeu, trouver son espace et prendre en compte les difficultés liées à l’exercice du chant et le temps de répétition est court. Le danger c’est que cela réduit parfois le rôle du metteur en scène à une idée de surface. Souvent une transposition d’époque n’est-elle que le critère d’appréciation d’une mise en scène. Un emballage, vide d’intentions profondes est parfois plus séduisant qu’une direction rigoureuse… Toutes les oeuvres n’y résistent pourtant pas, comme elles ne résistent pas au même traitement. Parfois c’est très extraordinaire, si la réflexion sur l’oeuvre est intelligente et que la direction d’acteur suit. Je ne suis pas un adepte de la reconstitution historique parfaite, une idée poétique d’une époque me séduit davantage que son copier-coller. Mais je ne cherche pas à étonner pour étonner, à faire « des coups » comme on dit ! Je cherche ailleurs, là ou cela me semble juste et opportun sur le moment quitte à me casser la figure et à me compliquer la vie. Je veux pouvoir assumer mes choix parce qu’ils correspondent à une sincérité, même si rétrospectivement je peux me dire que je me suis trompé. Se tromper avec sincérité est toujours moins dangereux pour soi. Il faut du temps, je crois, pour imposer un style lorsque l’on n’est pas un génie. Et cela, je ne le suis pas, je suis un travailleur acharné et enthousiaste. J’ai des obsessions,oui, j’aime la précision et la vérité. J’ai aussi un certain rapport à l’espace, il y a des distances qui à mes yeux tuent les rapports. J’aime que les interprètes soient heureux. Tout cela est assez difficile à conjuguer mais je ne m’en sors pas si mal pour l’instant et chaque expérience me fait abandonner certaines choses et me conforte dans d’autres.

13. Quels sont vos projets pour 2010 ?
Eric Génovèse : Actuellement, je joue une très belle pièce de Guy Zylberstein, « Les Naufragés » que met en scène ma camarade et amie Anne Kessler, qui se joue du 24 Mars au 30 avril au Théâtre du Vieux-Colombier. J’enchainerai avec « La folie d’Héraclès » d’Euripide que mettra en scène Christophe Perton fin Mai dans cette même salle après l’avoir créé à la Comédie de Valence peu avant. Cet été, je donnerai quelques concerts avec mes amis du Trio Wanderer autour de Liszt, Schumann et Strauss (principalement des mélodrames romantiques pour piano et récitant, ainsi que le Carnaval des animaux de Saint-Saëns). Puis je mettrai en scène un Opéra de Rolf Liebermann « L’école des femmes » (Die Schule der Frauen) d’après la pièce de Molière à l’Opéra National de Bordeaux en Novembre. Avant de faire mes débuts au Staatsoper de Vienne en 2011 où je mettrai en scène « Anna Bolena » de Donizetti. Un programme assez éclectique ……et enthousiasmant !
Pour en savoir plus sur Eric Génovèse :
http://www.fragil.org/focus/986
http://www.comedie-francaise.fr/images/telechargements/presse_naufrages0910.pdf
Read More →Karol Beffa, « Janus » de la musique
@ Alix Laveau
Tel « Janus », le dieu des dieux de la mythologie romaine, Karol Beffa a plusieurs visages : pianiste, compositeur et improvisateur. Reçu Premier à l’Ecole Normale Supérieure (Ulm), il étudie l’Histoire, l’anglais, la philosophie à l’université de Cambridge, et les mathématiques : il est diplômé de l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique (ENSAE). Entré au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris à 14 ans, il y obtient huit Premiers Prix. Reçu Premier à l’Agrégation de musique, il enseigne à la Sorbonne puis à l’Ecole Polytechnique. Il a obtenu en 2003 le titre de Docteur en musicologie et a été élu Maître de conférence à l’Ecole Normale Supérieure (Ulm). Pianiste, Karol Beffa s’est produit en soliste avec orchestre à sept reprises. Il accompagne régulièrement des films muets et a composé 12 musiques de films. Compositeur, ses œuvres ont été jouées en France, en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne, en Russie, aux Etats-Unis et au Japon. Karol Beffa est boursier de l’Institut de France en composition (2001), lauréat de la Fondation Lili et Nadia Boulanger (2001), boursier de l’Académie musicale de Villecroze et lauréat de la Fondation Natexis (2002) et de la Fondation Charles Oulmont (2005), finaliste du concours international de composition de Prades (2005). En 2009 et 2010, Karol Beffa a été nominé pour les Victoires de la Musique.
1. Comment définiriez-vous votre style ?
Karol Beffa : Même si j’ai toujours aimé improviser (depuis que j’ai su jouer quelques notes de piano, vers cinq ans), c’est après un séjour à Berlin, en 1996, que je me suis vraiment consacré à la composition : je n’avais peut-être pas encore trouvé mon style, mais je me reconnais tout à fait dans les pièces écrites alors, malgré leurs maladresses. Elles allaient déjà dans deux directions clairement définies : un pôle contemplatif, extatique, au rythme harmonique souvent très lent (musique de couleurs et de textures), et un pôle dynamique, d’une extrême nervosité, où la musique prend souvent la forme d’un mouvement perpétuel (musique du rythme et de l’énergie). En travaillant par la suite sur Ligeti, j’ai trouvé ces mêmes tendances de clouds et de clocks — Clocks and Clouds, c’est le titre d’une des pièces de Ligeti. Disons qu’au début j’étais plus volontiers « Clouds » et qu’avec le temps je suis devenu plus franchement « Clocks ». J’essaye maintenant de combiner les deux pôles selon les instruments et la formation pour laquelle j’écris, et éventuellement de passer de l’un à l’autre par condensation ou vaporisation progressive… Par ailleurs, longtemps réfractaire au sentiment, je l’intègre maintenant volontiers à la sensation dans ma musique.
2. Pianiste, compositeur, improvisateur… Qu’est-ce qui vous a poussé vers la musique ?
Karol Beffa : Mes parents ont fait du piano, j’ai eu un grand-oncle « homme-orchestre » et deux autres musiciens professionnels (que je n’ai jamais connus), mais en fait rien ne me prédisposait vraiment à la musique. Mes parents ont surtout considéré que la formation normale de l’« honnête homme » devait inclure une culture musicale approfondie. Et que si l’Education nationale ne s’en chargeait pas, il fallait se tourner vers les Conservatoires. J’ai donc commencé par étudier au Conservatoire du 5e arrondissement de Paris, à l’âge de 5 ans. Mon professeur de piano s’appelait Marthe Nalet, une élève de Nadia Boulanger, qui m’a également initié à l’harmonie dès 7 ans. Au Conservatoire, j’ai pu pratiquer beaucoup de disciplines (piano, flûte à bec, puis saxophone ; musique de chambre, jazz, écriture — contrepoint, et harmonie dès 9 ans) jusqu’à mon entrée au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (CNSMDP), à 14 ans. A partir de 7 ans, j’ai composé de petites pièces dont une Danse des quartes, dans le goût de Bartók. Il s’agissait de morceaux plus ou moins aboutis, qu’il m’est arrivé de reprendre par la suite : une pièce pour violoncelle composée dans ma jeunesse est ainsi devenue Rhapsodie pour violoncelle, quinze ans plus tard.

3. Racontez-nous votre parcours…
Karol Beffa : Mon parcours m’a aussi conduit vers des horizons autres que musicaux : j’ai fait une khâgne et ai intégré Normale Sup, avec l’idée de faire de la recherche en économie (je suis diplômé de l’ENSAE). A Ulm, on m’a suggéré de présenter l’agrégation de musique, même si je n’avais jamais fait de musicologie jusqu’alors. J’ai alors repassé le concours d’entrée au CNSMDP en écriture, puis j’ai suivi différentes classes, jusqu’en 2002. Mes études techniques ont donc été longues. Pourtant, je ressens tous les jours l’utilité de ce passage obligé. Certes, je n’ai pas fait, au conservatoire, d’études de musicologie à proprement parler (histoire de la musique, culture musicale, esthétique…), mais je ne crois pas qu’il soit mal d’avoir été autodidacte en ce domaine. Quant à l’Université, après avoir suivi une formation assez générale (licences d’histoire et de philosophie, maîtrise d’anglais, MPhil de l’Université de Cambridge), je me suis spécialisé en musicologie : j’ai consacré mon DEA et ma thèse aux Etudes pour piano de Ligeti, le compositeur contemporain qui m’a sans doute le plus influencé avec Dutilleux.
4. 8 fois lauréat au CNSMDP… Plutôt exceptionnel, non ?
Karol Beffa : Au CNSMDP, j’ai suivi les classes d’harmonie, contrepoint, fugue et formes, écriture du XXe siècle, orchestration, accompagnement vocal, improvisation au piano, composition… Plus encore que ces huit Prix, ce qui est assez exceptionnel, c’est d’avoir passé mon prix d’analyse en candidat libre, et surtout, de n’avoir obtenu aucune récompense en composition… Avec le recul et au vu du jury, je m’en amuse assez.
5. Une journée type, pour vous ?
Karol Beffa : J’ai plutôt du mal à me lever tôt. C’est dommage, car je dois me ménager d’assez longues plages pour pouvoir écrire. De ce point de vue, la composition représente un vrai luxe : pouvoir prendre son temps n’est pas donné à tout le monde. L’inspiration peut venir n’importe quand (parfois la nuit…), n’importe où, quelquefois dans les lieux les plus inattendus : au cours d’une promenade, dans un bain paradoxal de solitude pris au milieu de la foule, dans le métro, au concert, dans un moment d’inattention (ça arrive…). Mais le travail d’élaboration a presque toujours lieu au piano, souvent après de longs moments d’hésitations, de tâtonnements. Comme composer est une activité solitaire, douloureuse, voire franchement déprimante, je suis content de pouvoir aussi enseigner et me produire comme pianiste en public.
6. Qu’avez-vous tiré de votre expérience d’enfant acteur aux côtés de Lino Ventura, Michel Bouquet, Claude Rich, Pierre Arditi, Jean-Louis Trintignant… ?
Karol Beffa : De merveilleux souvenirs. Sans doute les plus beaux qu’un enfant puisse jamais avoir. J’ai fait deux grandes tournées de théâtre, la première pour Liberté à Brême, de Fassbinder, mis en scène par Jean-Louis Hourdin, où j’incarnais le fils d’Hélène Vincent, la seconde pour Grand-Père, de Remo Forlani, mis en scène par Michel Fagadeau, où je jouais le petit-fils de Jean-Pierre Darras. J’ai aussi joué pour le Festival d’automne dans La Bonne Âme du Setchouan de Bertolt Brecht, sous la direction de Giorgio Strehler. A la Comédie française, dirigé par Jean-Pierre Vincent, j’ai interprété plus de cinquante fois le jeune Macduff dans Macbeth de Shakespeare. J’ai également joué dans deux opéras : Le Garçon qui a grandi trop vite de Giancarlo Menotti, et Le Petit Ramoneur de Benjamin Britten (Nathalie Stutzmann tenait le rôle de la gouvernante). A 7 ans, dans la série télévisée Mozart de Marcel Bluwal, j’incarnais le jeune Wolfgang ; Michel Bouquet était Léopold. Les épisodes passaient sur TF1 à 20h30 ; aujourd’hui, cela laisse songeur… Il y avait un épisode où Wolfgang était censé composer sa première sonate pour clavecin. J’avais pris l’habitude de noircir des partitions devant la caméra. Je suppose que je me suis pris au jeu car j’ai continué à le faire entre les prises, puis en dehors du tournage. Je serais curieux de pouvoir remettre aujourd’hui la main sur ces partitions, je me demande bien à quoi cela pouvait ressembler… Au cinéma, dans Femmes de personne de Christopher Franck, j’ai joué le fils de Pierre Arditi et de Marthe Keller. Marthe Keller a une liaison avec Jean-Louis Trintignant et le film raconte comment elle renonce à son amant pour regagner l’amour de son fils : d’où de très belles scènes de complicité entre la mère et son enfant, dont je garde des souvenirs émus. Parmi les acteurs, il y avait Philippe Léotard, Fanny Cottençon, Patrick Chesnais et Caroline Cellier. Puis dans La Septième Cible de Claude Pinoteau, j’ai été le fils de Lino Ventura — son dernier rôle. Je me souviens que, même miné par la maladie, Lino Ventura tenait à faire lui-même toutes ses scènes de cascades. C’était par ailleurs quelqu’un d’une extrême gentillesse. Un peu plus tard, Louis Malle m’a pressenti pour Au revoir les enfants. Cela aurait représenté six semaines de tournage. Je venais de quitter l’Ecole des enfants du spectacle pour entrer en seconde au Lycée Henri IV et j’ai eu peur de ne pas pouvoir tenir la route scolairement. Avec le recul, cette appréhension me paraît stupide. N’avoir pas continué le théâtre et le cinéma est l’un de mes grands regrets.

6. Quel est votre répertoire en tant que pianiste ?
Karol Beffa : Je donne peu de concerts comme interprète. Je joue Bach, Mozart, Ravel, telle sonate de Schubert, quelques pièces rares de Koechlin, peu de musique contemporaine. Je joue aussi ma musique, même si d’autres l’interprètent mieux que moi : Lorène de Ratuld, par exemple, qui a enregistré beaucoup de mes pièces pour piano seul (Six Études, Sillages, Voyelles) dans le cadre d’un disque qui comprend aussi la sonate de Dutilleux (CD AmeSon). Ou encore Dana Ciocarlie, dédicataire de deux de mes Etudes pour piano, et qui les joue dans le monde entier (CD Triton). Comme pianiste, je pratique plus volontiers l’improvisation, à l’occasion de projection de films muets, de lectures de textes (Toni Morrison, Saint-François de Sales, Proust…), ou à partir de thèmes donnés par le public, d’ailleurs très divers : on me demande aussi bien de jouer un tango à la manière de Debussy, un choral dans le style de Bach sur un thème des Maîtres-Chanteurs, de m’inspirer d’un tableau comme Guernica, de La Marseillaise, du tour de France, d’imaginer « quelque chose de triste à la main gauche et de joyeux à la main droite », d’illustrer « 30% de touches noires »…

7. Quelles sont vos sources d’inspiration en tant que compositeur ?
Karol Beffa : La problématique des liens qu’entretiennent la musique d’une part, le geste et le mouvement d’autre part m’intéresse beaucoup. Aussi suis-je attiré par le spectacle vivant, sous toutes ses formes. Ainsi, cela a été pour moi une expérience très riche d’écrire une partition pour voix, violon et percussions ethniques qui accompagnait des numéros de trapèze, dans le cadre des « Friches musicales » d’Evry de 2003 et une autre, Horizontal, que Le Printemps de Pérouge m’avait commandée en 2002 à l’intention de la soprano Marie Devellereau et de l’Orchestre National de l’Opéra de Lyon pour accompagner un spectacle de « danse verticale » acrobatique. Dans le même ordre d’idées, l’oratorio-ballet Marie-Madeleine, la robe de pourpre (2004-2005), mis en scène pas Yves Coudray, avec Françoise Massé dans le rôle-titre, m’a permis d’approfondir la relation entre la voix et la danse. En fait, le problème plus général du rôle de la musique dans sa relation avec les autres arts est au centre de mes préoccupations. Dans ces arts, j’englobe évidemment arts plastiques et arts de la parole. J’ai ainsi improvisé une atmosphère sonore pour le vernissage d’une exposition de photos d’Alix Laveau au festival de Bel-Air (2005). L’improvisation lors de lectures de grands textes est aussi quelque chose que j’aime. Enfin, au théâtre, j’ai composé en 2004 une musique pour l’adaptation par Jean-Pierre Nortel du roman de Beatrix Beck, Léon Morin prêtre.
8. Avez-vous déjà songé à composer pour un film ?
Karol Beffa : Oui, j’ai déjà écrit une douzaine de musiques de films. Malheureusement, à de rares exceptions près, musique pour le concert et musique de film relèvent de milieux professionnels assez étanches. J’ai néanmoins eu l’occasion de collaborer à la composition de la musique d’un film pour Arte, Rokoko (1997), d’après Goldoni, et entièrement écrit la musique d’un film muet, un moyen métrage, Roméo et Juliette, toujours pour Arte (2002). J’ai écrit la musique du documentaire de Benoît Rossel intitulé Le Théâtre des opérations (qui a reçu le Prix du cinéma suisse TSR au festival Visions du réel à Nyon en 2007). Par l’intermédiaire de Benoît Rossel, j’ai été en contact avec deux réalisateurs : d’abord Stéphane Breton, avec qui j’ai travaillé pour la musique de deux de ses films : Le Monde extérieur et Nuages apportant la pluie ; ensuite Jean-Xavier de Lestrade (auteur, notamment d’Un Coupable idéal, Oscar 2002 du meilleur documentaire) dont j’ai écrit la musique du premier film de fiction : Sur ta joue ennemie. (la partition a été sélectionnée pour le Prix France Musique de la meilleure musique de film 2008). Depuis, j’ai également écrit la musique du Fil, premier long-métrage de Mehdi Ben Attia, qui sortira en salle en avril 2010, et du Voyage américain de Philippe Séclier, parti sur les traces du photographe Robert Franck, auteur du livre aujourd’hui cinquantenaire Les Américains. J’ai aussi écrit la musique du documentaire Voyage dans la symbolique romane, de Jean-Michel Lesaux. Et j’ai d’autres projets avec Mehdi Ben Attia (notamment pour son deuxième film de fiction, Alter ego) et avec le romancier et philosophe Olivier Pourriol. Ce devrait être l’occasion de jouer pour l’un le rôle d’un prof de sciences po, pour l’autre le rôle d’un pianiste : dans les deux cas, la fiction n’est pas très éloignée de la réalité…

@ Patrice Nin : Karol Beffa entouré de Tugan Sokhiev et de Renaud Capuçon lors de la création de son concerto pour violon et orchestre
9. Comment choisissez-vous vos interprètes ?
Karol Beffa : Parfois, les interprètes vous sont imposés par le commanditaire ; le plus souvent, le choix se fait d’un commun accord avec le compositeur. La chance que j’ai d’écrire pour des instrumentistes de très haut niveau me permet bien sûr de repousser à l’extrême les limites instrumentales. Cela a été le cas pour mon Concerto pour piano (2009), condensé des difficultés techniques que peut avoir à affronter un soliste : mobilité, écarts, endurance, déplacements, vitesse, sens du rythme et des déhanchements… J’ai recherché quelque chose d’assez spectaculaire et je voulais que Boris Berezovsky prenne du plaisir à le jouer. Pour le Concerto pour violon (2007) que j’ai écrit pour Renaud Capuçon, j’avais à l’esprit la sonorité très particulière de Renaud dans le grave et sa très large palette expressive. Le concerto est à son image. Souvent, un va-et-vient entre compositeur et interprètes est possible. Ainsi, pour le duo Masques (2004) écrit à l’intention de Renaud et Gautier Capuçon. J’ai pu expérimenter certaines choses en répétition, et prendre en compte leurs suggestions pour apporter quelques modifications à la partition. Ce travail avec les interprètes est particulièrement poussé avec Arnaud Thorette — à l’alto —, Geneviève Laurenceau — au violon — et Johan Farjot — au piano ou à la direction (de chœur ou d’orchestre) —, qui défendent depuis longtemps ma musique. J’ai confiance en leur jugement, je suis à l’écoute de leurs suggestions et de leurs conseils. C’est pourquoi il m’a paru naturel qu’ils soient les interprètes de mon premier disque monographique de musique de chambre Masques (2009).

@ Patrice Nin : Karol Beffa lors d'une répétition
10. Comment parvenez-vous à transmettre l’essence même de vos compositions à vos interprètes ?
Karol Beffa : Si l’on s’en tient au piano, l’instrument que je pratique, je dois dire que je préfère confier à d’autres la création de mes pièces. Pour être à peu près certain que la forme d’une nouvelle pièce me convient, il faudrait que je m’enregistre pour percevoir l’œuvre dans sa totalité. Je préfère garder une certaine distance, pour pouvoir éventuellement apporter quelques corrections. La transmission d’une œuvre d’un pianiste à d’autres interprètes est essentielle : si j’étais le seul à vouloir jouer ma musique, ce ne serait pas très bon signe. Que d’autres la jouent pour moi m’ouvre parfois des perspectives insoupçonnées.
11. Votre meilleur souvenir sur scène en tant que : pianiste, compositeur, improvisateur ?
Karol Beffa : Comme pianiste, ce sont sans doute les concertos de Mozart et Beethoven que j’ai joués très jeune avec orchestre. En tant que compositeur, les « créations mondiales » (comme on désigne, dans le jargon de la musique contemporaine, la toute première fois où une œuvre est jouée) de Masques (2004), par Renaud et Gautier Capuçon, et de mes deux concertos les plus récents, pour violon et pour piano (par Renaud Capuçon et Boris Berezovsky) ont représenté des moments très forts, car ce sont des œuvres qui m’ont coûté du temps, de l’énergie, et dans lesquelles j’ai mis beaucoup de moi-même. Je garde aussi un souvenir très ému des séances de répétition, salle Pleyel, de ma pièce Oblivion, écrite pour une vingtaine de musiciens du London Symphony Orchestra et pour une centaine d’apprentis violonistes des conservatoires d’Ile-de-France. La plupart de ces enfants se produisaient pour la première fois en public… Autre souvenir marquant : avoir entendu en 2009 un chœur bulgare chanter à Plovdiv des extraits de ma Messe, la fatigue du voyage décuplant l’émotion. Enfin, je me souviens des lectures par Toni Morrison, Prix Nobel de littérature, d’extraits de son roman Love, lors de sa réception à la Sorbonne en 2004 : j’ai eu la chance d’en faire un commentaire musical improvisé dans un amphi bondé. Autre moment mémorable d’improvisations : celles que les organisateurs du festival du Périgord noir m’ont permis de faire en août dernier sur Les Deux Orphelines de Griffith, un film que je rêvais d’accompagner depuis plus de dix ans… Et, parce que les séances d’improvisations collectives réussies sont rares, je garde un excellent souvenir du concert « Une Prière » où, en compagnie, de Raphaël Imbert au saxophone, d’Arnaud Thorette à l’alto, et de Johan Farjot à l’orgue Fender, nous avons proposé un voyage musical de Bach à Coltrane, que nous allons reprogrammer désormais.
12. Que vous apporte le fait d’enseigner ?
Karol Beffa : J’enseigne depuis longtemps l’orchestration, d’abord au Conservatoire du 18e arrondissement (de 2000 à 2004), puis à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm (où je suis Maître de conférences depuis 2004). Enseigner une matière technique comme l’orchestration suppose que l’on soit un très bon pianiste lecteur. C’est aussi, pour moi, l’occasion d’approfondir ma connaissance à la fois du répertoire orchestral et des possibilités de chaque instrument : c’est presque infini. Quant à l’enseignement de la musicologie (analyse et histoire de la musique), cela m’incite à découvrir un répertoire rare, à renouveler mon questionnement sur la musique, à mettre en doute certaines certitudes esthétiques.

@ Christophe Beaux
13. Quelles missions donnez-vous à la musique ?
Karol Beffa : Elles sont évidemment nombreuses et incluent la consolation, le réconfort. Si l’on considère que la musique peut apporter un peu de joie ou contribuer à soulager le mal-être, on peut légitimement lui assigner une certaine fonction sociale. Or je pense qu’il y a une forte désaffection du public pour la musique savante, probablement aggravée par le fait que les gouvernements (de gauche comme de droite), depuis trente ans, se sont concentrés sur l’offre plutôt que sur la demande de musique : de l’argent existe pour subventionner la création, peu pour former le public. Or, les publics vieillissent, toutes les enquêtes le prouvent. En tant que compositeur en résidence, auprès d’orchestres, de conservatoires, de festivals, et dans le cadre de Master classes à l’auditorium du musée d’Orsay, l’un de mes rôles a donc été de travailler à la formation de nouveaux publics, en particulier auprès des jeunes. Le désintérêt des auditeurs pour la musique savante en général est une chose, le divorce entre les mélomanes et une bonne partie de la musique contemporaine en est une autre : si cette musique ne passe pas auprès de ce public, il faut se demander si c’est sa faute ou celle de la musique qu’on lui propose… Certains compositeurs, suivant en cela le précepte beethovénien — « ils comprendront bien un jour » —, s’imaginent que leur heure finira par venir. On peut s’en désoler ou s’en réjouir, mais force est de constater que, près de cent ans après avoir été écrite, à peu près toute la production atonale de Schonberg reste incomprise et n’est toujours pas entrée au répertoire. Comme compositeur, je me trouve dans une position délicate : je me considère comme un compositeur de musique savante, mais accessible. Je ne crois pas faire le même métier qu’un artiste de « musiques actuelles », mais pas vraiment non plus celui d’un compositeur expérimental et délibérément hermétique. La musique que j’écris n’a évidemment pas pour but premier de plaire au public ; c’est simplement celle que, comme auditeur, j’aimerais entendre au concert.
14. Quels sont vos projets pour 2010 ?
Karol Beffa : J’ai terminé un opéra, K ou la piste du château, d’après Kafka (livret de Laurent Festas), qui sera donné avec l’ensemble Contraste une douzaine de fois en Auvergne et en Ardèche avant de partir pour la Roumanie, la Hongrie et la Bulgarie — pas encore Prague, malheureusement ! C’est mon premier essai de cette importance dans ce domaine et j’espère bien avoir l’occasion d’écrire d’autres opéras. Dans l’immédiat, après avoir apporté les dernières corrections à mon quatuor de clarinettes (qui sera créé par le quatuor Vendôme le 20 avril prochain au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris), je termine plusieurs pièces pour piano : une que Claire-Marie Le Guay doit créer le 17 mai au théâtre de l’Athénée, une autre pour le festival Auvers-sur-Oise, une dernière pour le festival d’Annecy, qui sera créée par Denis Matsuev le 28 août. Je dois aussi écrire un concerto pour guitare et orchestre à cordes, avec comme soliste Emmanuel Rossfelder. Puis une pièce pour voix et quatuor à cordes, probablement sur des textes de Saint-Jean de la Croix, une commande de l’Opéra National du Capitole de Toulouse qui sera créée en novembre prochain. A plus long terme, j’ai reçu commande d’une musique de ballet pour 2011. Elle est destinée à la compagnie Julien Lestel, et devrait être créée en juin ou septembre 2011, pour faire partie de la programmation de Marseille, comme Capitale européenne de la culture (2013).
Pour en savoir plus sur Karol Beffa :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Karol_Beffa
http://www.youtube.com/watch?v=hUK5gyXQ5MI
http://www.youtube.com/watch?v=2dzMLRchKbc
http://www.youtube.com/watch?v=WF23uOdbfgk
http://sites.radiofrance.fr/francemusique/bio/fiche.php?numero=5160541
http://recherche.fnac.com/ia594415/Karol-Beffa
Read More →La fable d’Aurèle et du yellow LostDog

Artiste plasticien post industriel né en 1963 à Paris, Aurèle découvre au début des années 80 au hasard d’une rue de New York, l’affichette d’un chien perdu « Bob, the lost dog ». Il rencontre Andy Warhol, Arman, Villeglé et Raymond Hains, qui marquent son parcours. En 1990, il expose ses œuvres chez Leo Castelli, à New-York, et débute une collaboration avec Agnès B. qui présentera régulièrement son travail. En 1999, il emménage chez Nan Goldin avec sa compagne Joana Preiss. Dans les années 2000, il expose à la Fondation Coprim, à la plage avec Enrico Navarra. Vient ensuite la première commande publique : 6 chiens en bronze pour la façade du Musée de Rodez. En Mai 2005, Aurèle participe à la foire de Shanghai. Depuis l’artiste vit et travaille entre la France et la Chine. Il crée des projets monumentaux dont le fameux LostDog museum. En 2009, lui est remis le prix de sculpteur de l’année à Shanghai. Aurèle sera présent au Pavillon Français de l’Exposition Universelle de Shanghaï à travers LostDogCo2 : un chien géant de 4,5 mètres de haut utilisant la technique des infrastructures vertes. Immersion dans le « yellow world » d’Aurèle…
1. Vous considérez-vous comme une figure artistique, une « force contemporaine » ?
Aurèle : J’espère. Mais une anecdote amusante me ferait dire que oui, peut-être : Il y a 10 ans, 20 ans même, on me targuait d’être un artiste bien pessimiste quand j’essayais à travers le chien, le jaune, et tous les moyens mis à ma disposition d’attirer l’attention du public sur des problèmes liés à l’écologie, aux épidémies… Aujourd’hui, alors que mon message est resté le même, certains me voient comme un opportuniste. L’époque m’a rattrapé, c’est triste mais cela me renforce dans mes convictions et dans mon envie d’essayer de faire quelque chose.
2. Comment définiriez-vous votre style ?
Aurèle : Post-industriel comme disait Pierre Restany.

The lostworld
3. Vous sentez-vous investi d’une mission ?
Aurèle : Oui, c’est mon moteur. Ma seule raison de vivre. J’ai toujours eu un côté Rimbaud et je veux pour toujours être Zorro (rires…). Ne jamais perdre espoir à 5 minutes du miracle.
4. Racontez-nous votre parcours…
Aurèle : Ce serait long. Mais ce sont les rencontres qui m’ont toujours porté. Et les hasards objectifs qui en découlent.

Aurèle et Andy Warhol en 1986
5. Votre rencontre avec Andy Warhol a-t-elle marqué un tournant dans votre carrière ?
Aurèle : Oui. Mais rencontrer l’homme, c’est prendre le risque de démystifier son travail.

Bob, the LostDog
6. Quelles sont les origines de « Bob, the LostDog » ?
Aurèle : En 1986, c’était mon premier voyage à New-York. Avec les Portnawak, dont Fred LaTrace devenu Fred Kleinberg et Boredom devenu Mano Solo, on arrachait des affiches la nuit dans la rue. Au sommet d’un réverbère, j’ai vu ce Reward. Je l’ai conservé longtemps avant que j’en comprenne le sens et qu’il devienne mon travail.

Art Paris
7. Quelles valeurs souhaitez-vous transmettre à travers the LostDog ?
Aurèle : Si je voulais transmettre des valeurs, ce seraient celles qui m’ont interpellées dans cette affiche qui contient je pense tous les mots et les maux de nos vies. 100$ : l’argent omniprésent. Bob the LostDog : c’est toi, c’est moi. Reward : récompense d’une quête qu’elle soit spirituelle ou matérielle. Fiendly : L’amour, l’amitié un besoin universel. LostLostLost : perdus, face aux guerres, aux pollutions, aux épidémies. Wanted : la volonté, la recherche, un premier pas pour changer le monde : ACTION = SATISFACTION / SILENCE = MORT

Lostdog in Shanghaï
8. Parlez-nous du musée éphèmère qui sera abrité dans Bob le chien jaune, pour l’exposition universelle 2010 à Shangaï…
Aurèle : Il y a confusion…ou amalgame. Le projet du LostDogMuseum est un projet différent. Il a certes été en compétition pour le Pavillon français de l’exposition universelle de Shanghai en 2010 mais c’est le projet de Jacques Ferrier qui a été choisi. Finalement, je proposerai dans l’atrium du pavillon une œuvre monumentale, le LostDogCo2, un chien géant de 4,5 mètres de haut reprenant la technique des infrastructures vertes. Composé de plantes dépolluantes, il a la capacité, grâce au processus de transpiration, de transformer les polluants contenus dans l’air en eau et en oxygène. Un œuvre d’art actrice de son propre message.

9. Quels sont les univers culturels ou artistiques qui vous inspirent ?
Aurèle : Le dadaïsme pour son anti-conformisme et ses prises de position. Le pop art et le nouveau réalisme pour avoir mélangé la haute culture et la basse culture et pour leur nouvelle approche du réel. Et plus proche de nous Thomas Hirschhorn et Olivier Blanckart pour leur humanité et leur travail. J’aime les ingérables.

Aurèle en action
10. Quels sont les matériaux que vous préférez travailler ?
Aurèle : Tous et aucun en particulier : la pierre, le bronze, la vidéo, le néon, le polaroïd… Peu importe le medium, seul le concept m’intéresse. Je suis plus proche de l’idée que du résultat.
11. Qu’avez-vous tiré de votre période indienne ?
Aurèle : L’âme, la joie de vivre, l’espoir d’une renaissance même si je n’y crois pas trop. J’ai renoué avec mes croyances chez Mother India.

12. Avez-vous le sentiment de prendre continuellement des risques dans votre travail d’artiste ?
Aurèle : Oui. C’est ce qui fait de moi un artiste. Bien qu’aujourd’hui, il y ait beaucoup d’artistes commerçants.
13. Quel regard portez-vous sur le monde ?
Aurèle : Je suis d’un optimisme tragique. Je vois ça comme si nous étions dans une voiture de sport à plus de 250km/h sur la file de gauche de l’autoroute. Nous voyons un mur, le mur approche, nous accélérons…Je tire sur le frein à main.
14. Que pensez-vous de l’Art actuel ?
Aurèle : À boire et à manger.

15. Quels sont vos projets pour 2010 ?
Aurèle : En mars : LostDogConnection, une oeuvre d’art virtuelle ouverte à tous, inspirée de mon travail sur la perte et l’errance. Cette oeuvre est d’abord une collection : la collection de toutes les réponses à une question simple mais profonde : « Et vous, qu’avez-vous perdu ? ». Chacun peut consulter, partager et enrichir cette collection de témoignages sur les sites communautaires les plus visités : Facebook (page LostDog Community), YouTube (chaîne LostDog Channel) et Twitter (fil LostDog Post). La collecte des réponses a démarré le 1er mars ; aucune date de fin n’est prévue. LostDogConnection se donne d’abord à voir sur Internet. Du 17 mars 2010 au 22 mars 2010, LostDogConnection sera à la Foire d’Art Contemporain ART PARIS + GUEST, au Grand Palais, sur le stand de la Galerie Nathalie Gaillard qui me représente. Du 1er mai au 31 octobre, LostDogConnection ira jusqu’à Shanghaï, à l’Exposition Universelle où je présente le LostDogCo2 dans l’atrium du pavillon français.
Pour en savoir plus sur Aurèle :






















































































