Aurélia Thierrée Chaplin sous « les feux de la rampe »

by Alix de Boisset on juillet 16th, 2010 No Comments
Petite-fille de Charlie Chaplin, fille de Victoria Chaplin et de Jean-Baptiste Thierrée, soeur de James Thierrée, Aurélia Thierrée Chaplin est plongée dès le berceau dans l’univers du spectacle, jouant dès l’âge de 3 ans sur les planches avec ses parents. Après avoir cherché à s’éloigner du monde du spectacle quelques temps en enchaînant des petits boulots à New York, l’envie de remonter sur scène la rattrape. Elle collabore à des spectacles de Broadway avant de participer aux « Tiger Lillies Circus » dirigé par Martyn Jacques. Elle tourne aussi pour le cinéma  sous la direction de Milos Forman, Colinne Serreau, Jalil Lespert avant de voguer entre cirque et danse dans « L’Oratorio d’Aurélia » dirigé par sa mère Victoria Chaplin depuis maintenant 7 ans. Polyvalente, atypique et talentueuse, Aurélia Thierrée Chaplin tisse avec succès une carrière tout en finesse.

1. Vous considérez-vous comme une figure du spectacle ?

Aurélia Thierrée Chaplin : Je ne sais pas. Le spectacle est un mélange fragile. Chaque soir, je suis tout a fait consciente qu’il peut se briser. Il reste toujours un aspect indomptable, imprévisible. C’est ce que j aime : cette fragilité. On devient autre.

2. Comment définiriez-vous votre style ?

Aurélia Thierrée Chaplin : C’est un hybride, difficile à définir. Le langage théâtral de Victoria est un langage visuel, qui puise ses racines dans le music-hall, entre autres, mais qui s’inspire aussi de la danse, d’ images, etc. On pourrait le qualifier de « théâtre visuel » ?


3. Racontez-nous votre parcours…

Aurélia Thierrée Chaplin : J’ai fait mes premiers pas sur scène à l’âge de 3 ans puis j’ai voyagé en caravane les dix premières années de ma vie. Mes parents nous ont mis sur scène pour ne pas avoir à se séparer de nous, c’était une manière de rester ensemble. A 14 ans, j’ai voulu l’aventure, et l’ aventure pour moi, était d’aller a l’école, rester dans une maison. J’ai l’ impression d’avoir eu plusieurs vies, d’avoir souvent fait les choses à l’inverse, mais que tout m’a servi, et me sert. A un moment donné, le théâtre m’a manqué. Le spectacle s’est monté petit à petit. Je n’ai pas réfléchi : c’était une envie viscérale et ma famille me manquait. J’ai fait du cabaret a Berlin, tourné avec un groupe qui s’appelle « les Tiger Lillies », joué dans quelques films et pratiqué d’autres métiers. Je suis consciente d’avoir un parcours atypique, que j’espère aussi, imprévisible.

4. Le spectacle, on peut dire qu’il est inné dans vos veines… Vous a-t-il été difficile de vous démarquer du travail de vos prédécesseurs ?

Aurélia Thierrée Chaplin : Je ne sais pas si le spectacle peut être inné… ça serait bien ! Je crois qu’on se définit petit a petit : on recherche, on peaufine, à l’infini. Il y a un style propre à nos spectacles, un langage commun mais nous avons tous les quatre des personnalités différentes, si par prédécesseurs vous vouliez dire mon grand père, mes parents et mon frère. On se démarque de cette façon là, par nos styles différents dans des univers un peu similaires.
5. Quels sentiments ressentez-vous à l’égard de votre grand père, Charlie Chaplin ?
Aurélia Thierrée Chaplin : Je suis une fan, comme tant d’autres. Cela apporte un côté un peu surréaliste à mon existence, ce lien avec un personnage qui appartient à tout un chacun. Surréaliste donc, un peu abstrait et beau.

6. Quel regard portez-vous sur votre mère, Victoria Chaplin ?
Aurélia Thierrée Chaplin : Je lui fais une confiance aveugle. Elle a son univers, un imaginaire fort.  C’est une « inventrice ». Son talent est immense.
7. Quand et comment avez-vous ressenti le besoin de devenir comédienne ?
Aurélia Thierrée Chaplin : Le théâtre me manquait : son odeur, le bois qui craque, une salle dans l’obscurité. Il n’y a pas eu un moment précis, mais de nombreux moments qui se sont accumulés.
8. Parlez-nous de « l’Oratorio d’Aurélia »…
Aurélia Thierrée Chaplin : L’Oratorio est un spectacle visuel qui fonctionne avec l’imagination du public. Il est fait d’un travail artisanal, fait de fils et de cartons, de coordination entre nous, sur scène, et le public. Les effets visuels sont simples a deviner. Ce qui est intéressant et beau, c’est le moment où les gens décident de ne pas chercher à deviner et se laissent emporter par une histoire, ou par divertissement. A Londres, un critique avait intitulé son article sur l’Oratorio : « supension of disbelief. »

James Thierrée

9. Comment se passe votre collaboration avec votre famille dans tous ces projets qui vous unissent ?

Aurélia Thierrée Chaplin : On s’enthousiasme pour un projet, on en parle, on construit, on essaye, on imagine. Pour l’Oratorio, Victoria a créé presque tout. A une époque, j’aimais dire qu’elle avait tout fait, même moi. Concrètement, elle construisait les numéros, et ensuite, elle me jetait dedans, pour trouver leur logique, les rendre personnels, etc.

Victoria et Aurélia

10. Comment définiriez-vous l’univers « Chaplin – Thierrée » ?
Aurélia Thierrée Chaplin : Ils ont créé leur propre style, tout a fait original.
11. En quoi consiste votre travail quotidien ?
Aurélia Thierrée Chaplin : En tournée ou hors tournée ? Dans les deux cas, je dois garder un minimum de discipline. Cette année est chargée parce que nous tournons L’Oratorio et en parallèle, nous répétons un nouveau spectacle.
12. Quel est le meilleur compliment qu’on puisse vous faire ?
Aurélia Thierrée Chaplin : A Berkeley, en janvier dernier, un chien de service a assisté au spectacle ( la personne était handicapée) mais nous ne le savions pas. A un moment du spectacle, je me fais manger la jambe : il n’y a pas de musique à ce moment là. Dans la salle, j’ai entendu un gémissement de chien qui m’a surprise. Puis à un autre moment, Jaime Martinez (mon partenaire de scène) m’attaque et la, le chien a aboyé. Il parait qu’il se tenait assis, tout droit, sans bouger, à suivre le spectacle, et qu’il était d une concentration impressionnante.
13. Quel métier souhaitiez-vous faire enfant ?
Aurélia Thierrée Chaplin : Fermière-végétarienne.
14. Avez-vous le sentiment d’une évolution, une maturité dans votre style ?
Aurélia Thierrée Chaplin : C’est un des seuls bénéfices du temps, non? On apprend, on désapprend, on peaufine, on recommence : on en sait de moins en moins, mais en connaissance de cause, on continue d’apprendre. On s’inscrit dans la durée, peut être. Si un jour le spectacle s’arrêtait, alors ça serait autre chose, je m’adapterais. Je crois. Je n’en sais rien. Pour l’instant, c’est ma vie, et c’est un choix de vie.
15. Que faites-vous quand vous ne travaillez pas ?
Aurélia Thierrée Chaplin : Là, tout de suite ? Premier jour off. Il fait beau, je rentre a Paris dans quelques heures.  J’ai fait du café et je vais faire ma valise.
16. Quel est votre péché mignon ?
Aurélia Thierrée Chaplin : Les films en plein milieu de la nuit : me réveiller a trois heures du matin, et regarder un film. Mais j’aime aussi lire, écrire, garder des moments isolés, suspendus, voir le jour se lever, et me rendormir quelques heures, si possible.
17. Un rêve à réaliser ?
Aurélia Thierrée Chaplin : Oui.
18. Vos projets pour 2011 ?
Aurélia Thierrée Chaplin : Ce nouveau spectacle, au titre provisoire de « Murmures de murs » dont la première a lieu à la Rochelle début 2011, puis la tournée en France jusqu’à la fin mai.

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Chantal Thomass mise à nu

by Alix de Boisset on juin 14th, 2010 23 Comments

@ Fabien Lemaire

Reconnaissable par sa silhouette et son style, Chantal Thomass parvient à allier l’élégance, le charme et le désir au sein de ses créations. Féminine et impertinente, cette icône glamour de la mode est la première créatrice qui a réussi à faire prendre le dessus aux dessous. Entretien avec cette papesse de la lingerie qui entretient un ton, un nom et un style depuis ses débuts.

1. Vous considérez-vous comme une figure de la mode ?

Chantal Thomass : Je suis reconnaissable par la touche glamour de mes créations.

2. Comment définiriez-vous votre style ?

Chantal Thomass : Pour ce qui est de mon style personnel, j’empreinte beaucoup d’éléments à la garde robe masculine. Je mets rarement une robe de mousseline sauf quelquefois pour sortir le soir mais je suis plutôt en smoking ! J’aime aller de l’avant, avec toujours une envie d’entreprendre de nombreuses choses. Quant à mon style professionnel, je suis très curieuse et j’aime découvrir de nouveaux métiers. J’ai fait des meubles il y a deux ans et là je lance pour le Designer day une collection de lustres et de miroirs pour Véronèse qui sont fabriqués et soufflés à la main en Italie à Venise dans un style 18ème revisité.

@ Kai Jünemann

3. Racontez-nous votre parcours…

Chantal Thomass : J’ai commencé fin des années 60 en 1968-1969 à l’âge de 18 ans : mes parents m’ont émancipé car la majorité était à 21 ans. Au début j’ai fait quelques robes sous le nom de « Ter et Bantine » avec mon fiancé qui étudiait aux Beaux Arts. Mes premières robes étaient composées de tissus peints. Je sortais beaucoup à l’époque et je faisais faire ces robes par ma mère. Les gens trouvaient en général mes habits très beaux ! Au culot, j’ai envoyé trois robes à la boutique branchée de l’époque à Saint-Tropez, le Café des Arts, dans un petit paquet en disant : « voilà mon travail, est-ce que cela vous intéresse ? ».  Ils m’ont appelée huit jours après : j’avais vendu une robe à Brigitte Bardot, une autre à Michelle Mercier et une dernière à une autre star de l’époque. On m’a alors demandée d’en faire vingt de plus. On a donc passé l’été à Saint-Tropez allant chercher l’argent dès qu’une robe était vendue ! En septembre, j’ai décidé de faire ce métier. A l’époque, il y avait la mode et la Haute couture. Le prêt à porter était basique, et la Haute Couture était très loin de mon univers de mes 18 ans. Progressivement, j’ai appris le métier, j’ai eu un petit atelier et puis un grand. Sept ans plus tard, j’ai eu envie de changer de style, je me suis sophistiquée, j’ai appris les belles matières et la griffe est devenue « Chantal Thomass pour Ter et Bantine » et un peu plus tard « Chantal Thomass ».

4. A quoi ressemble la femme « Chantal Thomass » ?

Chantal Thomass : C’est une femme qui est féminine, qui essaie de trouver son style, qui ne cherche pas à imiter quoi que ce soit et qui choisit des choses qu’elle aime et qui les mélange. Cette femme n’est pas forcement dans la tendance. La lingerie n’a pas d’âge car c’est un raffinement que des femmes aiment toutes leurs vies de 16 ans à 80 ans. C’est un luxe qu’on ne montre pas à tout le monde. La clientèle, c’est une femme raffinée qui fait attention à son corps et a envie d’être jolie le matin.

5. Quelles sont les valeurs que vous souhaitez transmettre ?

Chantal Thomass : Je n’essaie pas vraiment de faire passer des messages. J’ai juste envie que les gens se sentent bien, que les femmes se sentent belles, qu’elles soient heureuses, aient confiance en elles et plaisent à leurs hommes. Je n’ai pas de message philosophique à transmettre !

6. Les critères de beauté ont changé depuis le début du siècle…

Chantal Thomass : Jusqu’en 1900, les femmes étaient en rondeur avec des formes. Dans les années 1920, c’est la garçonne  : les femmes deviennent plates, montrent leurs jambes et veulent bronzer. Il y a un vrai besoin de liberté. Les soutiens gorges de Chanel par Cadole étaient des aplatisseurs parce qu’il ne fallait pas de poitrine. Dans les années1940, les femmes se sont ré-arrondies et les soutiens-gorges sont devenus plus pointus. Et les années 1950, c’est le New Look de l’après guerre, la taille est très fine et serrée parce que les femmes ont maigri. Dans les années 1970, la silhouette est longiligne, plate, à la Jane Birkin, on ne portait pas de soutien-gorge. Dans les années 1980, je suis arrivée avec de la lingerie au milieu d ‘une génération sans soutien-gorge et porte jarretelle. J’ai donc eu envie de lingerie fine et sexy que j’ai présentée dans les défilés de prêt à porter comme accessoire et ça a été un choc. J’ai commencé la lingerie par hasard sans penser à en faire une carrière.

7. Comment sélectionnez vous les matières ?

Chantal Thomass : J’adore travailler les matières. Je vais beaucoup à Calais pour les dentelles, en Suisse pour les broderies et en Italie pour les imprimés. Je m’inspire beaucoup de leurs livres d’archives. J’arrive avec une idée et on la retravaille. Les corsets sont fabriqués par des artisans qui sont devenus rarissimes.

8. Quelles exigences la lingerie de luxe doit-elle respecter ?

Chantal Thomass : Les matières doivent être douces et agréables, et ne doivent pas irriter la peau. La lingerie doit être esthétique, bien coupée, fonctionnelle et originale.

9. Comment se passe votre processus d’inspiration ?

Chantal Thomass : Je recherche d’abord les matières. Je collectionne beaucoup les livres anciens, les magazines, des piles et des piles de Elle, Vogue, des pièces anciennes de lingerie, j’en ai des boîtes et des boîtes… Les idées viennent de tout : une expo, des livres anciens. J’ai souvent tendance à m’inspirer de choses anciennes : le 18ème siècle (un corset, un noeud, un froufrou d’une robe de Marie-Antoinette), un film, et un tissu d’homme. Par exemple j’ai crée un soutien-gorge avec une cravate minuscule : j’aime les choses décalées.

10. Quels sont les univers artistiques qui vous inspirent ?

Chantal Thomass : Ce peut être la peinture, une expo, le ciné, les concerts, une multitude de choses en réalité.

11. L’évolution de la mode se concentre-t-elle dans vos collections ?

Chantal Thomass : Oui, il y a toujours un petit côté pin up, il y a des saisons où c’est plus épuré, d’autres où c’est plus froufrou, ou d’autres dans un style années 20 ou Marie-Antoinette. Cela dépend de mon inspiration du moment.

12. Comment sélectionnez les composants de vos parfums ?

Chantal Thomass : Je ne les choisis pas directement, on me les propose. La personne qui compose le jus me pose plein de questions : quels sont mes souvenirs d’enfance, mes odeurs préférées. Elle nous fait sentir 6 ou 7 essais puis on les retravaille pour que ce soit plus piquant par exemple. J’ai fait deux parfums : le premier, « Ame coquine » qui est très sucré, gourmand, et le deuxième, « Osez-moi », qui est plus fleuri à base de roses principalement.


13. Parlez-nous de votre boutique rue Saint Honoré que vous avez réalisée avec le designer Christian Ghion

Chantal Thomass : J’avais envie d’un boudoir contemporain. J’ai travaillé avec Christian Ghion qui a apporté sa touche contemporaine et des matériaux que je ne connaissais pas. Les cabines sont roses et capitonnées, et l’éclairage est étudié pour se sentir belle.

14. Quelle pièce seriez vous si vous étiez une pièce de lingerie ?

Chantal Thomass : Un soutien-gorge car c’est ce qui met vraiment en valeur la femme et qui marque notre grande différence avec les hommes.

15. Qu’est ce qui selon vous crée une mode ?

Chantal Thomass : C’est un mélange, une idée partie d’un créateur adaptée par la rue qui la rend accessible à tout le monde. Mais maintenant c’est difficile car tout est sur internet : quand un couturier présente ses collections, le prêt à porter copie très vite.

16. La mode est-elle une industrie comme une autre ?

Chantal Thomass : La mode est d’abord une composante de l’industrie du luxe mais elle reste une industrie comme une autre.

17. Le luxe et la mode : quelles différences ?

Chantal Thomass : Le luxe c’est la rareté, l’exception, la qualité. Un sac Hermès, on le désire : il faut le commander, il est fait spécialement pour vous, il y a un savoir faire autour. Le vrai luxe c’est l’artisanat. Mais c’est vrai qu’actuellement le luxe s’est beaucoup démocratisé.

18. Quel est votre péché mignon ?

Chantal Thomass : La gourmandise ! Les pâtisseries, notamment les macarons de chez Ladurée.

19. Avez-vous un rêve à réaliser ?

Chantal Thomass : Oui encore pas mal de rêves ! J’aimerais bien faire plus de déco : décorer un hôtel ou un restaurant.

20. De quoi êtes-vous la plus fière ?

Chantal Thomass : Mes deux enfants. Mon fils qui travaille dans le cinéma et ma fille qui est artiste peintre.

21. Quelle femme représente pour vous le plus la féminité le plus aujourd’hui ?

Chantal Thomass : Dita von Teese, c’est la féminité poussée à  l’extrême, une icône du glamour. Rania de Jordanie est aussi très féminine, Scarlett Johansson ou Vanessa Paradis.


Pour en savoir plus sur Chantal Thomass :

www.chantalthomass.com

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Bernard Dufoux, l’art subtil du chocolat

by Alix de Boisset on mai 27th, 2010 4 Comments

Bijoutier du chocolat, Bernard Dufoux est un artisan dont les créations savoureuses et innovantes le placent comme l’un des dignes représentants de la tradition chocolatière. Après un passage en tant qu’apprenti chez Bernachon, c’est à La Clayette en Saône et Loire, au coeur du Charolais Brionnais, que Bernard Dufoux a installé sa chocolaterie pour créer, travailler, et inventer des chocolats puissants et audacieux.

Passionné par le chocolat, Bernard Dufoux est parvenu à allier magie et savoir faire, tradition artisanale et innovation. Soucieux de l’excellence des matières premières qu’il emploie, ce conquérant du goût exploite la noble fève de cacao dans tout son éventail de créations.

Entouré d’ouvriers qualifiés, cet artisan de renom privilégie les fèves de cacao de type Criollo, très aromatiques, venant d’Amérique Latine (Colombie, Venezuela, Equateur) et des Caraïbes, tout en conservant minutieusement le beurre de cacao que contiennent ces fèves.

Ses spécialités ? Les ganaches aux épices ou aux plantes préparées à partir d’une crème onctueuse, les pâtes d’amande enrobées de chocolat noir, les pralinés aux noisettes ou amandes. Certaines de ses créations sont baptisées Vadouvan, Secret Tibétain, Conquistador, Pavé Charolais ou Lamartine pour rendre autant hommage aux origines sud-américaines du chocolat qu’à la richesse du patrimoine gastronomique bourguignon. Caramel, nougatine, pralinés, chocolats aux épices, ganaches, pâtes d’amande… Autant d’invitations au voyage pour les palais en quête de goûts savants et audacieux.

Connu et plébiscité par tout un cercle très fermé de critiques gastronomiques et de personnalités dont Sonia Rykiel et Irène Frain, Bernard Dufoux figure dans le Guide des meilleurs chocolatiers de France. Attentif à sa clientèle, Bernard Dufoux a développé depuis de nombreuses années, des visites de sa chocolaterie ainsi que des cours de chocolat, et a ouvert une boutique à Lyon.

 

Pour en savoir plus sur Bernard Dufoux :

http://www.chocolatsdufoux.com/

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La maison Vouelle ou deux américaines à Paris

by Alix de Boisset on avril 30th, 2010 25 Comments

Fondée par Melissa Regan et son époux Julien de Vogèle, la Maison Vouelle est née de la volonté de répondre aux désirs des femmes d’aujourd’hui dans la pure tradition du Luxe à la Française. La Directrice Artistique de la maison, Michelle Boor crée des modèles de souliers sur mesure, entièrement façonnés en Italie et habillés de matières nobles et précieuses sélectionnées pour leur qualité et leur singularité : satins de soie, crêpes, organza, cuirs, peaux exotiques. « Une esthétique intemporelle et novatrice à la fois, une allure aérienne et sensuelle, le tout pour un raffinement visuel et une signature du travail d’artisans hautement expérimentés », tel est le mot d’ordre de Vouelle. Rencontre avec Melissa Regan et Michelle Boor dont le talent immense et la gentillesse m’ont autant enthousiasmé que leurs souliers d’exception.

1. Vous considérez-vous comme une figure de la mode féminine ?

Michelle Boor : Oui, d’une certaine façon.
Melissa Regan : Me sentir respectée par mes pairs, oui. Me considérer comme une figure de la mode Féminine pas tout à fait encore. La Mode est une manière de vivre, de penser, propre à une époque… J’espère y apporter un jour ma touche.

2. Comment définiriez-vous votre style ?

Michelle Boor : Un look naturel et épuré. J’adopte totalement le style d’une des Parisiennes les plus branchées : Jane Birkin. Ce mélange du bobo et du chic montre mon goût prononcé pour la mode. Ma devise : un jean moto avec l’un des plus grand classiques le « sac Birkin ».


Melissa Regan : Mon style est plutôt éclectique, je peux aussi bien porter une tenue de sport comme enfiler une robe très habillée et une paire de nos chaussures de 120 mm !

3. Racontez-nous votre parcours…

Michelle Boor : J’ai étudié à New York à la Fashion Institute of Technologie et à la Parsons School of Design avant de venir à Paris compléter ma formation chez Guy Laroche sous la direction d’Albert Elbaz. Puis, je suis retournée à New York pour assurer la direction du prêt-à-porter femme chez Theory avant de revenir dans la capitale française pour insuffler mon énergie créative à Apostrophe ou j’ai également travaillé comme consultante pour Georges Rech.
Melissa Regan : J’ai commencé par étudier l’économie et la finance à la Pacific Lutheran University puis j’ai obtenu mon MBA à l’université de Pepperdine. Mes études m’ont ensuite amenées en France en 2002 où j’ai décroché mon DESCM à l’École Supérieure de Commerce. J’ai donc tout naturellement commencé ma carrière dans la finance entre Londres et Paris. Et puis, à force de rencontres et d’envies, j’ai créé Vouelle avec mon mari Julien de Vogele. Je suis aujourd’hui en charge  de la gestion des opérations et du développement de Vouelle, dont le nom gagne rapidement en prestige sur les cinq continents.

4. Comment en êtes-vous arrivée au projet « Vouelle » ?

Michelle Boor : Je suis une amie de longue date, avec Melissa Regan de Vogele. Et un jour, Melissa est venue vers moi et m’a présenté son projet. Cela correspondait tout à fait à mes attentes, à mes envies de créativité et d’engagement et c’est parti comme cela.
Melissa Regan : C’est à la veille de mon mariage et de la difficulté de trouver le parfait soulier pour l’occasion que m’est venue cette idée. Je me suis rendue compte que je ne devais pas être la seule mariée à vivre ce casse-tête. Donc, à nous trois (Michelle, Julien et moi-même) nous avons décidé d’unir nos talents pour lancer Vouelle. Et puis l’évolution de Vouelle s’est faite naturellement.

5. Quels sont les univers artistiques ou artisanaux qui vous influencent dans votre travail ?
Michelle Boor : Dans mon univers de travail, l’art, la sculpture, la photographie, les différentes époques comme les années 20 par exemple, sont mes univers qui m’influencent.

6. Quel est votre processus d’inspiration ?

Michelle Boor : Tout dépend des moments, des humeurs, des idées qui me viennent… Je commence à dessiner des croquis sans forcément avoir d’idée préconçue à la base. Puis, à partir de là, je les étudie plus précisément jusqu’à ce que je sente que mon modèle peut devenir un modèle phare de la collection.
7. Quelles sont vos matières fétiches ? Sur quels critères les sélectionnez-vous ?

Michelle Boor : Je travaille différentes matières telles que : le cuir, la dentelle, les plumes…
Pour ma sélection, c’est très simple, je fonctionne au touché des matières. Cela me permet de choisir la qualité. Puis, à partir de ce moment-là, je laisse mon imagination faire son effet.
8. Quel est le profil de votre clientèle ?
Melissa Regan : Elles sont sensibles à la qualité et au travail minutieux de l’industrie de la chaussure. De plus, ce sont des femmes éduquées, expertes, passionnées par la découverte de nouveaux horizons, notamment à travers le voyage.
9. Que représente le mariage pour vous ?

Michelle Boor : Être une princesse pour un jour !
10. La chaussure prend une place sans cesse plus importante dans le prêt à porter, qu’en pensez-vous ?

Michelle Boor : En effet, les accessoires comme les chaussures ou bien encore les sacs prennent une place importante aujourd’hui. Les femmes adoptent de plus en plus le Jean/T-shirt. Ainsi, ces accessoires sont des petites touches qui accentuent et personnalisent le style de la femme.
Melissa Regan : Force est de constater qu’une belle paire de chaussures change l’allure d’une femme. Cela change notre cambrure, notre manière de marcher, même de parler, et que cela soit en paire de ballerines ou en escarpins.
11. Quelles exigences la chaussure de luxe doit-elle respecter ?
Michelle Boor : La qualité, le style et aussi le confort !
Melissa Regan : D’être originale et de donner l’envie de les garder pendant des années comme une véritable pièce de collection.

12. Quelles valeurs Vouelle souhaite transmettre aux femmes  d’aujourd’hui ?
Melissa Regan : Restez vous-même, profitez de la vie et surtout profitez des chaussures Vouelle : « sexy raffiné et edgy ».
13. Comment se passe votre collaboration en équipe (avec Melissa Regan et Julien de Vogele, les fondateurs) (Michelle Boor, directrice artistique) de Vouelle?

Michelle Boor : Nous sommes en très bonne collaboration. Ils comprennent mon style, mes envies et me soutiennent toujours dans mes nouvelles créations. Il y a un équilibre entre nous : ils gèrent le côté commercial, marketing, développement et production et j’apporte ma créativité à l’entreprise.
Melissa Regan : Il y a une certaine dynamique entre nous trois et sommes très complémentaires. Michelle nous apporte sa créativité et moi je m’occupe de la production, des ventes et de notre développement. Julien comprend la façon dont Michelle et moi travaillons et fonctionnons et je pense qu’il apporte une magnifique balance entre nous deux car il a une vision globale de la marque.

14. Quelles sont les actualités à suivre pour Vouelle…
Melissa Regan : Il y tellement de choses… !!!
- Promo du film le plus glamour de cet été : l’Arnacoeur.
- Lancement du site e-commerce où l’on propose la collection : mariage et prêt-à-porter.
- Lancement de nouveaux produits tels que des écharpes en soie avec un imprimé des croquis de la collection.
- Développement de notre marque dans d’autres pays
- Participation au Festival de Cannes
Ce sont justes quelques actualités du moment, les plus importantes restent à venir… comme l’ouverture de notre première boutique à Paris !

Pour en savoir plus sur Vouelle :

http://www.vouelle.com/

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Dans la peau de Jean-Claude Dreyfus

by Alix de Boisset on avril 22nd, 2010 7 Comments

@ Dominique Desrue

Jean-Claude Dreyfus ne cesse de nous étonner. Après une enfance bohême, il débute comme prestigitateur puis joue les travestis dans les cabarets parisiens. Au théâtre comme au cinéma, Jean-Claude Dreyfus possède à son actif une longue liste de rôles aussi différents que surprenants, allant de la comédie au drame. Il travaille sur les planches notamment avec des metteurs en scène comme Claude Régy, Jérome Savary, Jacques Lassalle, Anne Delbée, Benno Besson et Tania Balachova. Au cinéma, on le voit dans une multitude de rôles, notamment chez Michel Audiard, Yves Boisset, Werner Herzog, Patrice Leconte, Eric Rohmer, Jean-Jacques Annaud, Claude Pinoteau, Jean-Pierre Mocky, Bertrand Blier, Claude Lelouch, Bernard Rapp, Alain Corneau (…). Rendu populaire sur le petit écran avec la publicité « Monsieur Marie » pendant seize ans, c’est surtout son rôle de boucher dans « Delicatessen » réalisé par Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro, qui lui vaut l’engouement du public. Coïncidence amusante : passionné par tout ce qui a trait au cochon, Jean-Claude Dreyfus possède une collection de 5000 pièces ! Sa collaboration avec Jean-Pierre Jeunet lui vaudra des rôles sur mesure comme dans « La cité des enfants perdus » ou encore « Un long dimanche de fiançailles ». En 2009, Jean-Claude Dreyfus revient à ses premières amours en endossant le rôle d’un travesti dans la pièce d’Emmanuel Darley « Le Mardi à Monoprix » pour lequel il a été nominé aux Molières 2010. Rencontre avec un homme aux visages multiples, au regard gourmand et à l’humour aiguisé.

1. Vous considérez-vous comme une figure du spectacle ?

Jean-Claude Dreyfus : Je commence à faire figure dans le spectacle, au cinéma, au théâtre. Une figure que les gens connaissent et dont ils commencent même depuis quelques années à connaître le nom. Depuis que ma publicité est arrêtée, c’est à dire il y a 10 ans, j’ai de moins en moins de gens qui m’assimilent à « Monsieur Marie ». C’est plus agréable d’être appelé dans la rue par son nom que par celui de « Marie » ! Mais par rapport à une figure, je suis devenu extrêmement populaire avec « Delicatessen ». Je peux désormais entraîner les gens qui connaissaient la publicité et le cinéma au théâtre. Je suis incontournablement une figure existante de ce métier. C’est mieux comme ça d’ailleurs, je ne le serais pas ce serait très difficile à vivre : on est contents que les gens nous aiment, nous courent après. J’ai fait une lecture l’autre jour d’un texte de Zola sur les inondations, à la Mairie du 17ème en lien avec une exposition sur les inondations de 1910 à Paris. La lecture s’intitulait « Dreyfus défend Zola », une nouvelle sur les inondations, belle et émouvante. La salle était lors des trois représentations !


2. Comment définiriez-vous votre style ?

Jean-Claude Dreyfus : Le dilettantisme est mon truc. C’est ce que j’aime bien raconter, c’est pas tout à fait vrai mais en même temps j’aime bien la diversité et donner l’illusion que tout est facile et léger. J’aime donner l’impression que je ne travaille pas alors même que ça me demande beaucoup d’investissement. Concernant mon style physique, je suis entre le dandy clochard et le style extravagant extrême, ce qui était le cas dans ma jeunesse. J’en faisais des vertes et des pas mûres. Mes cheveux tombaient jusqu’aux fesses. Je les peignais à la gouache. Jeune, j’étais une espèce de sauterelle, charpenté, musclé mais élancé et mince. Aujourd’hui, je ne peux plus mettre des chaussures à talons de 12 centimètres, à cause de mon poids. Je suis souvent assez looké mais pas trop : l’ordinaire, le banal, sont à l’opposé de mon style. Cela dit, l’extravagance s’est un peu déplacée vers le confort avec le temps et l’âge ! (rires).


@ Stara

3. Racontez-nous votre parcours…

Jean-Claude Dreyfus : Quand j’étais enfant, j’étais malade entre 7 et 10 ans (début de tuberculose) donc j’étais dans un préventorium : c’est la première fois que j’ai fait du théâtre. On jouait des farces genre « La farce de Maître Pathelin ». Comme il n’y avait pas beaucoup de filles, je jouais le rôle d’une petite meunière, un voile aux poumons et un voile sur la tête. Puis, je suis parti de chez mes parents vers l’âge de 16 ans et j’ai commencé avec mon père qui avait une revue « Art et Sana », revue médicale qui organisait des spectacles et des expositions. Avec lui, j’ai commencé comme prestigitateur, illusionniste, j’ai fait des cabarets à Paris et des spectacles dans tous les sanas de France, j’ai tourné dans des maisons pour personnes âgées et des prisons. J’ai fait des numéros pendant une dizaine d’années, et je me suis aperçu que je n’étais pas très doué (rires).  Ce qui me passionnait en fait dans la prestigitation c’était de voir les autres. Je me suis lassé car je voulais surtout faire du théâtre et je ne savais pas trop comment m’y prendre. Alors, j’ai fait partie d’une petite compagnie qui s’appelait « Les classiques de france » qui allait jouer dans les villages du sud, on montait des pièces de Molière mais ça ne suffisait pas. Puis un jour, je suis allé voir « La Grande Eugène » à Paris, spectacle de travestis de haute qualité et ce fut la révélation, je voulais absolument travailler avec eux. La dame du vestiaire m’a dit « venez nous voir » : c’était la femme du producteur. Je « y suis allé et ils m’ont engagé avec Jérôme Nicolin lequel nous a quitté il y a an. On a partagé ensemble le spectacle pendant 8 ans. Tous les gens de « La Grande Eugène » ont tous malheureusement disparu aujourd’hui. Il n’y a que moi qui reste. Il y a eu un immense succès, on était très prétentieux limite odieux on ne parlait à personne ! « La grande Eugène » s’est terminé pendant un an et demi en Italie : Jérôme et moi, on a décidé d’arrêter, on voulait faire autre chose.

Avec Geneviève Page

Je suis rentré au Théâtre de la Ville invité par Geneviève Page dans « L’Echange » de Claudel pour jouer Thomas Pollock Nageoire. Quand ils sont venus me voir j’avais les cheveux longs dans le dos et étais bronzé : j’ai dû me couper les cheveux et comme je faisais encore trop jeune, je me suis carrément rasé la tête. C’était baroque mais bien, on a joué pendant 2 ans et les choses se sont enchainées. Le cinéma a commencé à venir un petit peu. J’ai beaucoup tourné de films, des longs, des courts … Puis la publicité est arrivée et m’a rendu vraiment populaire puis « Delicatessen » qui s’est greffé et puis encore des films dont le film d’Eric Rohmer « L’Anglaise et le Duc ». On a énormément parlé des peintures en incruste à l’extérieur mais tous les intérieurs étaient peints en trompe l’oeil. Toutes les particules m’ont couru après pour me remercier d’avoir sauvé leur duc car avant, le Duc d’Orléans souffrait d’une réputation sulfureuse !


4. Quel souvenir gardez-vous de votre collaboration avec Miche Audiard « Comment réussir quand on est con et pleurnichard » en 1973 ?

Jean-Claude Dreyfus : C’est un des premiers films où j’ai tourné : un super joli film avec une grande distribution. Je sortais de « La Grande Eugene » et j’y jouais le rôle d’un travesti qui lit Baudelaire et qui entretient une petite relation avec Jane Birkin. Jean-Pierre Marielle prend ensuite mes vêtements et m’imite. Ce fut quelques scenettes. Il y avait tout le monde de cette époque-là : Jean Carmet, Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Jane Birkin, Stéphane Audran… C’était bien j’arrivais dans un film où il y avait tout le monde ! Je n’existais pas même si ces gens me connaissaient car ils étaient venus me voir à « La grande Eugène ».

Delicatessen

5. Votre travail avec Jean-Pierre Jeunet a-t-il marqué un tournant dans votre carrière ?

Jean-Claude Dreyfus : Oui, d’abord c’était un magnifique film « Delicatessen », ça me paraissait évident qu’il y aurait du succès : il y avait une telle folie, une telle démesure au sein de ce tournage ! Ils n’ont pas privilégié les journalistes dans la présentation du film mais ils ont fait en sorte de mélanger public et médias. L’engouement du public a pris tout de suite : je représentais autre chose pour ceux qui n’allaient pas au théâtre, qu’un phénomène de publicité. Ensuite, il y a eu « La cité des enfants perdus » : un beau film très mal reçu à Cannes et qui n’a pas été apprécié par Jeanne Moreau qui disait qu’elle n’y comprennait rien. On ne peut pas tuer un film qui a coûté aussi cher en une soirée, il a été sorti de l’affiche d’office.

Un long dimanche de fiançailles

6. Les films « Delicatessen », « Un long dimanche de fiançailles », « La Cité des enfants perdus »… vous présentent toujours à travers des personnages étranges, étonnants, inquiétants… Vous aimez jouer sur cette ambiguïté ?

Jean-Claude Dreyfus : Pas toujours : regardez dans « L’anglaise et le duc », je ne joue pas le rôle d’un monstre ! Je ne me rends pas bien compte… Oui, dans « Delicatessen », même le personnage qui est un indécrottable imbécile, j’ai réussi à le rendre sympathique : c’est simplement que je crois profondément, que même chez un serial killer, voleur, gangster il peut y avoir un bon fond, c’est plus interessant de jouer ça que quelqu’un qui est dans le bonheur et la béatitude totale. Je joue le rôle d’un con mais il y a des moments où il est presque émouvant de bêtises. Des grosses bêtes un peu terribles, monstrueuses peuvent être des bébés, avec des bons fonds mais socialement foutus. Dans « Un long dimanche de fiançailles », je jouais le Capitaine qui a un rôle charnière et le con que je joue, laisse tomber le papier qui gracie ceux qui sont condamnés. Quand Jean-Pierre Jeunet m’a proposé de jouer dans ce film, je voulais interpréter un autre rôle, on n’était pas d’accord et finalement j’ai baissé les bras et je suis très heureux après coup d’avoir fait ce personnage : il avait raison, il n’y avait que moi qui pouvait jouer ce personnage en donnant du mystère et de l’ambiguïté. On ne sait pas si c’est un vrai lâche qui sciemment ruine ces personnes ou si c’est un je-m’en-foutiste qui se vautre dans la jouissance. J’en ai tiré un maximum avec autre chose.

Dreyfus en Duc d'Orléans

7. Qu’avez-vous retenu de votre interprétation du Duc d’Orléans dans « L’Anglaise et le Duc » de Rohmer ?
Jean-Claude Dreyfus : Le but de Rohmer était de raconter la Révolution sous un autre angle, dans les yeux d’une aristocrate britannique qui avait raconté tout ça dans son journal. J’étais toujours touché des rôles qui sont pas spécialement pour moi. C’est d’abord pour des raisons physiques qu’Eric Rohmer est venu me chercher.  Oui, j’ai le nez bourbon parce qu’on veut bien me le donner bourbon : j’ai un gros nez quoi ! Rohmer était exceptionnel je l’avais rencontré auparavant à une soirée chez son chef opérateur, et il avait bcp de mémoire et s’est souvenu de cette rencontre éphémère. La jeune femme qui joue l’anglaise, il l’a bien choisi . Quant à Nanon, la suivante de Grace Elliott, c’est une comédienne qui était initialement maquilleuse au cinéma. Elle a écrit à plusieurs réalisateurs dont Rohmer et c’est sur cette lettre qu’il l’a sélectionnée sans la connaitre ! Rohmer s’est fait un peu tapé sur les doigts car il ne met pas en valeur les grands révolutionnaires, on l’a traité de royaliste, d’extrémiste. Ce film a eu beaucoup de succès : 900 000 entrées. Gaumont a arrêté le film alors même qu’il y avait la queue devant les cinémas. On ne pensait pas que ce film pourrait être aussi commercial. Mais on l’a enlevé de l’affiche en plein succès.

@ Yann Arthus Bertrand

8. On vous dit passionné par les cochons, pourquoi ?

Jean-Claude Dreyfus : Au démarrage, cette réputation est due à mon caractère de cochon. Je me suis policé avec le temps (rires), j’étais pas toujours aimable. Les gens ont su après « Delicatessen » que je collectionnais les cochons alors que ça faisait déjà 15 ans. Quand Jean-Pierre Jeunet et Eric Caro sont arrivés chez moi avec un petit cochon en guise de cadeau, ils se sont retournés et en ont découvert 300 derrière ! En fait, j’ai une énorme collection de plus de 5000 pièces exposés de part et d’autre notamment dernièrement à Arzac au musée du jambon de Bayonne. J’ai de tout, j’ai même la peinture du « Père Noël est une ordure », une horreur mais c’est moi qui en ai hérité à une vente aux enchères au profit du sida. Je l’ai eu pour cher : une grosse merde mais culte ! Cet animal est lucide, drôle, sensuel, amitieux, convivial. J’en ai pas chez moi, je n’ai pas le temps, c’est comme un chien dont il faut s’en occuper ! Pierre Desproges, Gabrielle Lazure, Pierre Doris collectionnaient aussi les cochons.

Deux frères

9. Vous arrive-t-il de regarder vos films ?

Jean-Claude Dreyfus : Oui, j’ai regardé l’autre jour « L’anglaise et le duc » car il y avait un hommage à Rohmer. Je vois ça comme si c’était quelqu’un d’autre, même si je me trouve moche je me dis « il est moche l’acteur ». J’aime bien regarder une fois que le film est fait car ce n’est plus moi. En revanche, je n’aime pas voir les rushs, je fais confiance au réalisateur.

10. Quels sont les univers littéraires, artistiques, les courants, les comédiens qui vous influencent dans votre travail ?

Jean-Claude Dreyfus : Oui on est toujours influencé par pas plein de choses ! Je ne suis pas très courant, j’aime pas suivre un mouvement. Mais j’aime beaucoup des gens comme Jean Carmet ou Michel Serrault mais ce ne sont pas des modèles pour autant. Serrault a commencé par le cabaret, le théâtre puis le cinéma, c’est un parcours qui est le mien aussi. J’ai tourné deux films de Jean-Pierre Mocky avec lui « Bonsoir » et  » le bénévole », un des derniers films qu’il a fait. Je ne suis pas très courant, tendance, mais plutôt contre-courant ! Ce n’est pas à nous de suivre les courants. J’aime beaucoup la mode mais je ne suis pas victime de ça. J’ai souvent eu des couturiers qui m’ont fait des vêtements. C’est par exemple le cas pour la cérémonie des Molières 2010 où je suis nominé pour « Mardi à Monoprix » ainsi que l’auteur Emmanuel Darley. On reprend d’ailleurs la pièce à partir de mi-septembre à théâtre ouvert.

11. Vous avez mis en scène des spectacles de Poésie au Théâtre Molière, vous y êtes sensible ?

Jean-Claude Dreyfus : J’ai fait un spectacle de Cocteau et un autre aussi autour de Jehan-Rictus. J’aime bien la poésie à ma façon, j’aime pas écouter de la poésie avec des gens qui la lisent avec la tête sur le coté. J’aime la poésie vivante. La poésie ne se joue pas mais n’endort pas non plus : la poésie est faite pour être vécue.


12. Etes-vous un grand voyageur ?

Jean-Claude Dreyfus : Je ne voyage que pour le travail. Souvent quand il y a des courts métrages, en échange, je veux bien un cadeau  (par exemple, pour le court métrage de Roman Polanski pour les 60 ans du Festival de Cannes, on nous a offert à chacun une bonne caisse de vin). Une productrice m’avait offert un coffret quelques jours dans un Relais Château en Normandie, ça m’embêtait : si je veux y aller, j’y vais. Je lui ai donc proposé de m’offrir autre chose, une loge transportable. Car souvent les loges sont mal éclairées et je suis obligé de demander aux techniciens de mettre des projecteurs.

13. Que pensez-vous du trac ?

Jean-Claude Dreyfus : Le trac c’est un mystère, ça ne se guérit pas. Le trac vient de  la peur d’aller sur scène et de la crainte des trous de mémoire. Quand je dois reprendre une pièce, j’ai une oreillette en guise de souffleur au cas où. Moins je pense, mieux je me porte. J’ai plein d’histoires rigolotes avec ça ! Par exemple dans « le malade imaginaire »,  je n’avais pas joué depuis 6-7 mois, j’ai donc porté une oreillette : le premier jour tout va bien, le deuxième jour l’assistante me raconte des trucs trashs à l’oreille, les gens croyaient que j’avais du talent car je n’arrêtais pas de rire ! Une autre fois, au spectacle autour de Cocteau à la maison de la poésie, il y avait beaucoup de texte, j’avais besoin de m’y remettre car il y avait eu une coupure à cause du film  de Rohmer. Une assistante devait s’occuper de l’oreillette : le premier soir elle avait tellement le trac qu’elle n’avait rien compris, elle m’a dit tout le texte, c’était une horreur, le spectacle qui devait durer une heure dix, n’a duré que trois quarts d’heure. L’oreillette ça sert dans les cas extrêmes.

14. Si c’était à refaire…

Jean-Claude Dreyfus : En tant que comédien, je peux faire tous les métiers : banquier, boucher, agriculteur… je peux tout faire ! Il y aucun des métiers de tout ça que je voudrais faire vraiment de toute ma vie.

Le Mardi a Monoprix

15. Théâtre ou cinéma ?

Jean-Claude Dreyfus : C’est comme demander si je préfère mon père ou ma mère ! Quand je suis au théâtre, je veux faire du cinéma et quand je suis au cinéma je veux faire du théâtre. Mais au cinéma, c’est important d’avoir de beaux rôles.

16. Avez-vous des conseils à donner à de futurs comédiens ?

Jean-Claude Dreyfus : Bougez-vous, faites vos spectacles, montrez-vous, il y a pas de conseil si ce n’est : allez-y ! On est tous élus à quelque chose de différent, après il faut faire son métier. Il y a des tas de comédiens qu’on ne connait pas et qui font bien leur métier. On ne fait pas ça pour être connu mais pour être reconnu.

17. Le mot « solitude » est  fréquent chez les artistes…

Jean-Claude Dreyfus : Oui, la solitude est essentielle ! C’est pour ça que les aventures amoureuses sont parfois douloureuses car pour un rôle on un vrai besoin de solitude. Avant d’apprendre avec un répétiteur, j’ai besoin d’être seul, de rêver dessus, de travailler dessus. Et même quand on fait une pièce avec du monde, on répète avec eux mais on travaille tout seul d’abord. J’aime être seul de temps en temps car je ne suis pas assez seul.


18. Votre péché mignon…

Jean-Claude Dreyfus : Moi même je suis un péché mignon ! Mis à part les cochons, j’en ai plein. Ce sont des péchés avec un « s », mignon avec « s », c’est tout. Je craque toujours quand je peux pour les chaises, les lampes, les miroirs : il ne faut pas m’emmener aux puces  ! J’aime les choses baroques, je suis plutôt entre les années 30 et 80. J’apprécie aussi les meubles du 18ème mais je suis plus moderne, industriel même. J’adore les terrasses, regarder passer les gens devant, en haut, derrière, les mains, les yeux, les pieds, tout ! Je préfère regarder les gens plutôt que d’avoir un coach qui va me gâcher la vie, me dire ce qu’il faut faire.

Pour en savoir plus sur Jean-Claude Dreyfus :

http://www.jeanclaudedreyfus.net/

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Le phénomène Marc Levy

by Alix de Boisset on avril 12th, 2010 6 Comments

Marc Levy est actuellement l’auteur français le plus plébiscité dans le monde : ses romans populaires ne quittent pas le classement des meilleures ventes depuis le début des années 2000. Né dans les Hauts de Seine, Marc Levy quitte la France pour les Etats Unis à 23 ans et fonde une société spécialisée dans l’image de synthèse. Il reste aux Etats Unis pendant sept ans et revient à Paris pour créer un cabinet d’architecture. Aimant raconter des histoires et doué d’une grande imagination, c’est en tant qu’amateur qu’il se met à l’écriture. Sa sœur le persuade d’envoyer son manuscrit à plusieurs éditeurs et ce sont les éditions Robert Laffont qui le contacteront. Son premier roman « Et si c’était vrai… » est alors adapté au cinéma par Steven Spielberg (Dreamworks 2005). Il se consacre depuis à l’écriture et emmène le lecteur dans un univers personnel où tout est possible : aujourd’hui, les ventes de ses dix livres, toutes éditions et langues confondues, ont dépassé les 20 millions d’exemplaires.

1. Vous considérez-vous comme une figure Littéraire ?

Marc Levy : Je ne sais pas ce que vous entendez par « figure littéraire », ce que je peux vous dire c’est que je m’interdirai toujours de me regarder écrire, je préfère regarder ce que j’écris.

2. Comment définiriez-vous votre style ?

Marc Levy : Libre !  Pour les deux… En tant qu’écrivain, ce qui compte pour moi est d’inventer, de me renouveler chaque fois, de m’amuser, de prendre un risque, tout comme un artisan qui travaille avec une matière vivante.

3. Racontez-nous votre parcours…

Marc Levy : Je vais vous épargner ça ! Je n’aime pas beaucoup parler de moi, bon, si vous y tenez vraiment… Après m’être engagé pendant six ans à la Croix Rouge Française et étudié la gestion et l’informatique à l’Université Paris Dauphine, j’ai crée en 1983 une société spécialisée dans les images de synthèses en France et aux États-Unis. Mais j’ai tout quitté en 1989 pour repartir à zéro en fondant à Paris avec deux amis une société de travaux de finitions. Un jour, j’ai voulu écrire une histoire à l’homme que deviendra mon fils. Encouragé par ma soeur scénariste, j’envoie ce manuscrit aux Editions Robert Laffont qui acceptent aussitôt de publier « Et si c’était vrai ». Peu avant la sortie du roman, Steven Spielberg en acquiert les droits d’adaptation cinématographique. C’est après la publication de « Et si c’était vrai ? » que j’ai décidé de me consacrer exclusivement à l’écriture. S’ensuivent « Où es-tu ? », « Sept jours pour une éternité », « La prochaine fois », « Vous revoir », la suite de « Et si c’était vrai », « Mes amis, mes amours »(adapté au cinéma), « Les Enfants de la liberté » et « Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites », « le premier jour » et « La première nuit » la suite du précédent. En plus de ces romans, j’ai écrit quelques nouvelles et réalisé un court métrage pour Amnesty International ainsi que quelques chansons pour différents artistes dont Johnny Hallyday.

4. Vous avez travaillé longtemps pour la Croix Rouge et vous participez à des opérations humanitaires…

Marc Levy : J’ai passé six années à la Croix Rouge et je ne pourrai jamais rendre à la Croix Rouge tout ce qu’elle m’a donné. J’entends ceux qui disent que le monde d’aujourd’hui est individualiste, certes, ce n’est pas la société qui fait un pas vers vous, mais cela n’interdit en rien de faire soi-même un pas vers les autres. En entrant à la Croix Rouge Française à dix-huit ans, je me suis aussitôt vu offert une place dans la société. Alors, aujourd’hui, soutenir certaines associations, c’est aussi ma façon de participer un peu à la société dans laquelle je vis. Cela dit, je rêve aussi de retourner vraiment sur le terrain. Je soutiens Action contre la faim, parce que des millions d’enfants meurent chaque année par manque d’eau potable et d’alimentation suffisante et que nous pouvons faire quelque chose. ACF a sauvé deux millions d’enfants l’an dernier, vous vous rendez compte ! J’apporte aussi mon soutien à Action Innocence, une association qui œuvre à la protection des enfants sur Internet. Egalement à l’association IDEE, qui s’occupe des enfants atteint d’Epilepsie. Je soutiens chaque fois que je le peux les actions d’Amnesty, de l’institut Pasteur, et depuis peu SOS Villages d’enfants, une association formidable qui permet aux frères et sœurs sans parent de ne pas être séparés. SOS villages d’enfants, crée des villages d’accueils en France et dans le monde pour donner une vie normale à des orphelins ou enfants séparés de leurs parents.

5. Comment en êtes-vous venu à écrire votre premier roman : « Et si c’était vrai ? »

Marc Levy : Mon passage à l’écriture est un peu particulier et la chance y est pour beaucoup. Quand j’ai commencé à écrire ce qui deviendrait « Et si c’était vrai », je n’avais pas l’intention d’en faire un roman, et je pensais encore moins qu’il serait publié. J’avais écrit cette histoire pour mon fils, ou plutôt pour l’homme qu’il deviendrait un jour. Mon idée était de lui remettre le manuscrit quand il aurait l’âge que j’avais en l’écrivant. A travers ce roman, je voulais lui dire d’aller au bout de ses rêves de ne laisser personne l’en déposséder. Poussé par ma soeur scénariste, j’ai envoyé le manuscrit aux Editions Robert Laffont, qui m’ont répondu, huit jours après, vouloir publier le livre. Quelques semaines plus tard, Steven Spielberg me téléphonait pour m’annoncer qu’il voulait adapter mon histoire au cinéma. J’ai alors démissionné du cabinet d’architecture que je dirigeais pour écrire un second roman et me consacrer à l’écriture. Il fallait que je sois cohérent avec moi-même. Arrivait dans ma vie un rêve que je n’aurais jamais osé réaliser, mais, si je n’avais pas été au bout de ce rêve, tout ce que je voulais dire à mon fils dans mon premier roman n’aurait alors été qu’un mensonge.

6. L’adaptation à l’écran par Steven Spielberg vous a -t-elle satisfaite ?

Marc Levy : Le livre est trop long pour être adapté dans sa totalité. Il fallait choisir entre la ligne « comédie » ou la ligne « dramatique » puisque le roman contient presque deux histoires en une. Les producteurs américains ont choisi le côté comédie du roman, c’est un choix respectable. Personnellement, j’ai passé un agréable moment en le voyant, sauf la fin que je trouve trop. happy end. Même si les personnalités d’Arthur et Lauren diffèrent dans le film de ce qu’elles sont dans le roman, même si les prénoms des personnages ont été changés, Mark Ruffalo et Reese Whitherspoon, ont recréé la complicité entre Arthur et Lauren. Bien sur, on ne retrouve pas les chapitres du livre, mais l’idée et le sentiment du roman sont présents. J’ai eu l’occasion de voir plusieurs fois le film et à chaque projection je découvre des liens entre les deux, comment le roman a pu inspirer tel ou tel passage du film. Très sincèrement, on ressort de la salle heureux et je ne crois pas que le film efface la mémoire du livre. Je sais que certains lecteurs n’ont pas du tout aimé le film, trouvant que le roman avait été trahi, je voudrais leur dire ceci : le jour où les éditions Laffont m’ont appelé pour me dire qu’ils voulaient publier mon roman, je me suis pincé ; le jour où Spielberg m’a contacté pour me dire qu’il voulait en faire un film, je me suis pincé encore plus fort, alors si l’on m’avait dit un jour que des lecteurs préféreraient mon roman à un film de la Dreamworks… Je n’y aurais jamais cru, alors merci infiniment.

7. Décrivez-nous une journée type pour vous…

Marc Levy : Rien de bien particulier qui mérite d’être raconté. Je travaille beaucoup, j’écris la nuit, parfois toute la nuit. Je dors peu, mais je dors vite… Les journées les plus trépidantes se déroulent lors de mes séjours à l’étranger, rencontrer les lecteurs en France, au Vietnam, en Corée, en Russie, en Allemagne, en Italie, en Espagne etc… Autant d’expériences à chaque  fois fabuleuses pour moi.

9. Que ressentez-vous avant la parution d’un roman ?

Marc Levy : Un trac fou, Une boule au ventre…

10. En quelques mots, de quoi parle « Les enfants de la Liberté » ainsi que le roman en deux tomes « Le premier jour » et « La première nuit » ?

Marc Levy : « Les enfants de la liberté » raconte l’histoire vraie d’une vingtaine d’adolescents en France pendant la seconde guerre mondiale. Tous étaient dans la résistance, dans la 35ème brigade Marcel Langer. Ce adolescents venaient de tous les coins de l’Europe, ils étaient Roumains, espagnols, Italiens, et beaucoup sont morts en criant vive la France avec un accent étranger. Quant à mes deux derniers romans, lesquels sont une histoire en deux tomes, il s’agit d’un roman d’aventure,  la rencontre d’une archéologue et d’un astrophysicien. C’est un thriller, et une histoire d’amour sur fond d’étoiles…

11. Vous en êtes à votre 10ème roman : sentez-vous une évolution voire une maturité dans votre écriture, votre style ?

Marc Levy : Disons que je l’espère, c’est le moteur du travail artisanal, l’envie de progresser, de prendre conscience des imperfections passées, de travailler à ne pas les reproduire tout en ayant conscience que d’autre seront commises. J’aime travailler, me remettre sans cesse en cause.

12. Quel effet cela fait d’être l’auteur français le plus lu dans le monde ?

Marc Levy : Plaisir, très plaisir.

13. Comment expliquez-vous votre succès ?

Marc Levy : Je ne l’explique surtout pas. Je sais que la chance y est pour beaucoup et je travaille beaucoup pour la mériter.

14. Quels sont les univers littéraire ou artistiques qui influencent votre travail ?

Marc Levy : La littérature anglo-saxonne.

15. Hormis l’écriture, à quelles passions vous adonnez-vous ?

Marc Levy : La musique, la cuisine  et l’aviation et je n’ai jamais trouvé le rapport entre ces trois passions !

16. Quels livres lisez-vous en ce moment ?

Marc Levy : En ce moment j’écris alors hélas, je ne lis pas.

17. Quelles missions donnez-vous à l’écriture ?

Marc levy : Créer une émotion, entrainer le lecteur dans une histoire, partager un sentiment.

18. Quels sont vos projets pour 2010 ?

Marc Levy : Un prochain roman avant l’été, beaucoup de voyages à l’étranger,  et quelques jours de vacances, je n’en ai pas pris depuis si longtemps….

Pour en savoir plus sur Marc Levy :

http://www.marclevy.info/

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Si Till Fechner m’était conté…

by Alix de Boisset on avril 6th, 2010 3 Comments

Baryton-basse au croisement des cultures française et germanique, et de la culture italienne que sa voix lui a permis de servir, Till Fechner se produit sur les plus grandes scènes lyriques françaises et européennes, avec un goût évident pour le travail scénique. Il est ainsi le Masetto (Don Giovanni) de la production de Peter Brook et Claudio Abbado qui a fêté le 50ème anniversaire du Festival d’Aix-En-Provence, et qui a été reprise en tournée à Stockholm, à l’Opéra National de Lyon, à Bruxelles, au Piccolo Teatro de Milan et à Tokio en 1998. Il a également tissé des liens étroits avec d’autres metteurs en scène tels que André Engel, Giorgio Barbiero-Corsetti, Jean-Claude Berutti, Andrei Serban, Jean-François Sivadier, Omar Porras (pour L’Elisir d’Amore), Charles Tordjman dans Der Kaiser Von Atlantis donné à l’Opéra National de Lorraine et à la Cité de la Musique de Paris en 2004. Mais c’est au bel canto, plus exactement à Rossini, que Till Fechner a consacré l’essentiel de son travail. En 1992 déjà, il était invité par Alberto Zedda à étudier au Rossini Opera Festival de Pesaro dans le cadre de l’Accadémie Rossini, laboratoire très pointu du chant rossinien. Sous la direction du même Alberto Zedda, éminent spécialiste de Rossini, il participe en 1997 à la re-création en France du Viaggio a Reims. Il aura par la suite l’occasion de retrouver cet ouvrage, pourtant si rare sur les scènes lyriques, au Musiktheater im Revier de Gelsenkirchen (Allemagne) où il en chantera 28 représentations dans le rôle de Lord Sydney. Ses autres rôles rossiniens sont dans La Cenerentola, La Sacala di Seta, Il Turco in Italia, La Cambiale di Matrimonio,  l’Italiana in Algeri, Ciro in Babilonia, La Pietra del Paragone(…)Influencé directement par le courant musicologique qu’on a appelé dans les années 1980 la « Rossini renaissance », Till Fechner a développé toutes les caractéristiques de virtuosité et de tessiture de ce qu’on appelle la basse colorature. Il reste l’un des rares chanteurs masculins français à s’être imposé dans ce type de répertoire.

1. Vous considérez-vous comme une figure de l’Opéra ?

Till Fechner : C’est une question que je ne me suis évidemment jamais posée car il ne m’appartient pas d’en juger. Le fait qu’un certain consensus puisse se faire autour d’un artiste est une réalité bien mystérieuse et tout à la fois bien souvent explicable. Les métiers que nous exerçons sont soumis aux mêmes règles qui régissent notre société en général. La notoriété repose donc sur une volonté déterminée et soigneusement orchestrée de créer un produit. La question est toute contenue dans la légitimité de cette notoriété, c’est-à-dire la qualité du produit. Disons, d’une façon tout à fait triviale, qu’il est évident que tout chanteur d’opéra est une « machine à chanter » dont la « location » coûte un prix équivalent à la qualité de son bon fonctionnement. S’il est évidemment peu poétique d’avoir ce regard sur une profession par ailleurs tout à fait fascinante, c’est pourtant un aspect bien réel et parfois bien cruel du monde lyrique. Notre métier est d’être un « produit performant », c’est du moins notre principal souci car c’est de cette capacité à la performance que dépend notre liberté d’interprète, notre disponibilité face à nos interlocuteurs majeurs que sont les chefs d’orchestres et les metteurs en scène. La difficulté de ce qui est mis en jeu pour un chanteur d’opéra est multiple : nous commençons tous par être les luthiers de notre propre instrument que nous devons construire. Nous devons ensuite en acquérir la maîtrise au même titre, avec la même rigueur et la même discipline que n’importe quel musicien. Nous devons pour finir, et c’est là que notre travail diffère radicalement de celui de l’instrumentiste, gérer ce paramètre fondamental de l’opéra : le mot, la parole. Ces éléments, qui sont autant de contraintes, font la beauté et la spécificité du genre si « étroit » qu’est l’opéra. Très sincèrement, et pour revenir à votre question, la gestion de ces contraintes, et parfois (le plus souvent possible) la victoire sur ces contraintes, sont en elles mêmes des luttes et des joies suffisamment excitantes pour faire oublier les plaisirs de la notoriété, même si celle-ci peut évidemment apporter momentanément un plaisir tout personnel ! Je crois qu’un chanteur d’opéra, quel qu’il soit, est fondamentalement une personne de grand courage. Une représentation d’opéra est toujours un énorme risque, parfois le produit d’un miracle. C’est peut être la capacité à sembler pouvoir transformer sans cesse le défi en miracle qui fait que certains chanteurs sont des « figures » de l’opéra. Pour ma part, j’ai vécu des moments de joie intense, des moments de miracle, des moments de grand désarroi, des moments d’ennui aussi… Je dirai donc volontiers que je suis à ma place, celle que l’on m’accorde, que vous m’accordez en me posant ces questions, et que je tiens cette place avec gratitude.

L’elixir d’amour

2. Comment définiriez-vous votre style ?

Till Fechner : Je pense être instinctivement attiré par l’univers classique, dans tous les domaines artistiques mais aussi par, bien des aspects, dans ma personnalité. C’est sans doute ma façon d’être « rebelle » dans une société qui développe des valeurs qui ne m’intéressent pas ou peu. Si l’on estime qu’être réactionnaire c’est de désirer faire revivre le passé, alors je ne me reconnais pas dans ce qualificatif. Je ne cherche en effet nullement à me soustraire à la société dans laquelle je vis. En revanche, si l’on entend le mot réactionnaire dans le sens plus proche du mot « réaction » dont il est issu, alors j’assume le fait de réagir, d’agir en réaction à ce que notre société me propose. J’essaye en tout cas, comme le font beaucoup d’artistes, de résister au populisme ambiant qui nous fait croire que tout est culture, dans une espèce de nivellement systématique qui me choque. On est obsédé aujourd’hui par l’accès à la culture pour tous. On couvre donc, par un habile mensonge, du beau nom de culture toute forme de divertissement. Un amalgame très douteux car parmi les multiples moyens d’expression que notre société a développés, beaucoup sont prétexte à figer les différences, les particularismes sociaux, régionaux, nationaux, tout ce qui est vecteur de revendications, de division. Qu’on m’entende bien, je ne remets absolument pas en cause le droit à l’expression pour tous, bien au contraire, et c’est justement là un des plus beaux acquis de notre société. Il me semble simplement que la culture devrait précisément être ce qui unit, ce qui dépasse toutes les différences, ce qui transcende, ce qui s’adresse à la part de « toute éternité » que chacun porte en lui. La culture fait donc évidemment référence au passé, à l’accumulation des témoignages de l’humanité, mais elle est vivante en ce que nous continuons de transmettre ce qu’on nous a donné. La culture ne se nourrit donc pas de « société » mais d’ « humanité ». C’est cette conviction que je défends avec le plus de rigueur possible. D’un point de vue purement musical, et à fortiori vocal, je me considère comme un interprète classique, c’est-à-dire que les caractéristiques de ma voix sont adaptées au répertoire classique de l’opéra, celui qui fait appel à un instrument vocal éduqué dans la tradition classique dont la base est le « bel canto ». Il m’arrive évidemment d’être amené à chanter des styles de musique très différents, comme l’opérette par exemple, qui est un art beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît. Mais revenir à la pureté technique du chant classique, du chant pour la beauté du chant, est pour moi une nécessité.

L’enlèvement au Sérail

3. Le chant… une vocation et une mission ?

Till Fechner : Ni l’un ni l’autre. Je ne me destinais pas du tout à devenir chanteur. Petit, je voulais être danseur, mes parents m’ont fait étudier le piano. Je les en remercie ! En fait ma seule véritable envie était d’être sur scène. J’ai donc plus tard (et plus ou moins en secret) étudié la danse classique et le théâtre, deux disciplines que j’ai par la suite exercées professionnellement. Le chant me plaisait beaucoup évidemment mais me semblait trop difficile ou trop inaccessible, trop « bizarre » peut être. En tout cas je ne l’envisageais pas du tout comme une possibilité de métier. Pourtant je m’étais dès l’âge de seize ou dix-sept ans acheté quelques partitions de Schubert, l’air du « Catalogue » du « Don Giovanni » de Mozart, qui font étonnamment encore partie de mon répertoire aujourd’hui. Nous habitions alors à la campagne et je me déplaçais en scooter. C’est donc à scooter que j’ai appris à chanter ! J’aimais particulièrement l’air de Bach « Grosser Herr und starker König » dont les vocalises étaient pour moi un plaisir jubilatoire. Après avoir passé mon bac et m’être inscrit à l’université (sans jamais y aller) en Etudes Théâtrales, je me suis présenté à L’Opéra de Paris à une audition où l’on recherchait des danseurs pour la valse dans « Eugène Onéguine » de Tchaïkovsky. C’était pour moi le début d’une belle histoire. J’ai continué à travailler à l’Opéra de Paris en tant que figurant ou en tant que danseur dans beaucoup de productions. Parallèlement, je continuais à penser au théâtre. J’avais fondé une compagnie, j’avais été engagé par Jean Le Poulain pour le rôle de Fenton dans « Les Joyeuses Commères de Windsor » puis dans un spectacle que j’ai joué durant quatre mois au Théâtre des Bouffes Parisiennes. C’est à l’occasion de ce spectacle, où l’on me demandait aussi de chanter, que je me suis inscrit dans la classe de chant de Janine Devost dans un conservatoire municipal de Paris. Mes cours de chant sur le scooter avaient sans doute porté leurs fruits : quatre mois plus tard je donnais mon premier récital à Paris. Janine Devost, malheureusement disparue trop tôt, a été pour moi un professeur extraordinaire : elle a su en quelques mois me guider vers ce qui allait devenir finalement mon métier. L’année suivante j’ai été admis au Conservatoire National Supérieur de Paris où j’ai étudié pendant sept ans. Puis l’Ecole de Chant de l’Opéra de Paris. Au bout du compte et malgré la difficulté de ces études (je n’avais aucune idée de la compétition permanente dans laquelle je m’étais engagé), l’opéra s’est donc imposé à moi comme une évidence. Je n’en ai pas fait le choix. Mais j’ai appris à en aimer la nécessaire rigueur (celle qu’exige aussi la danse classique) ainsi que la dimension théâtrale. L’opéra est donc pour moi une synthèse inespérée de mes rêves d’enfance.

La Cenerentola

4. Racontez-nous votre parcours nourri de l’héritage français et allemand…

Till Fechner : Je n’ai en réalité pris conscience de cet héritage que bien tard. Pour moi l’héritage allemand était une « parcelle d’Allemagne » reconstituée et entretenue par mon entourage familial, une part précieuse de moi qui ne s’exprimait qu’avec mes proches. Pour le reste, étant né en France, la question identitaire ne se posait pas. Elle ne se pose d’ailleurs toujours pas et je ne saurai vous dire si je me sens allemand ou français. C’est lorsque j’ai commencé à chanter que j’ai eu les premières intuitions sur la chance de cet héritage qui, du simple fait de ma maîtrise de la langue allemande, me donnait accès à une adéquation naturelle avec un répertoire énorme. Il faut savoir que dans le domaine du lied, beaucoup d’œuvres sont en Allemagne des chansons populaires que j’avais toujours entendues. Le terme de « lied » signifie d’ailleurs chanson. De même, dans la religion protestante, dont je suis issu, beaucoup de cantiques et de « chorals » chantés durant les offices ont été composés par Luther et surtout par Bach. J’ai donc chanté du Bach dès tout petit tous les ans au pied de l’arbre de Noël ! Pour ce qui est de la musique française, je l’ai principalement découverte par le piano. La France, ayant peut être moins de tradition vocale, a produit en effet tant de compositeurs sublimes qui ont écrit pour le piano, de Couperin à Ravel… Paradoxalement, c’est sans doute le croisement confus de ces deux cultures musicales qui m’a fait me tourner vers l’Italie dont je me suis approprié voracement le répertoire, la langue, et où j’ai longtemps séjourné, comme pour m’inventer une troisième identité et échapper ainsi au dilemme inconscient de mon double héritage. C’est pourtant ma « germanitude » qui m’a permis de faire mes débuts dans bon nombre de théâtres, et cela d’une façon tout à fait inattendue. Suite à un concours organisé par le Conservatoire National de Paris, j’ai été mis en contact avec l’Opéra de Rennes que dirigeait alors Daniel Bizeray. J’ai fait une très longue audition pour lui et il m’a proposé…le rôle du Pacha Selim dans « l’Enlèvement au Sérail » de Mozart. Si cet opéra est bien écrit en allemand, le rôle de Selim est un rôle de comédien. Il ne chante pas une seule note ! C’était évidemment un peu vexant pour le jeune chanteur que j’étais, mais ma formation de comédien et mon goût du théâtre sous toutes ses formes ont fait de cette expérience un moment de bonheur où je n’avais plus à me soucier des contraintes du chant. D’autre part j’avais un rapport tout particulier à cet ouvrage ; « l’Enlèvement au Sérail » est en effet le premier opéra que j’ai vu, enfant, à l’Opéra de Paris. Sur le plateau figurait l’extraordinaire Christiane Eda-Pierre, que je retrouvais plus tard au Conservatoire, et dans la fosse l’immense Karl Böhm… Ce rôle si attachant de Selim a donc été pour moi un « sésame ouvre toi » dans bien des théâtres où j’ai par la suite beaucoup chanté. Nous aurons sans dans doute l’occasion de reparler de mon attachement au répertoire italien, et à Rossini en particulier, je finirai donc simplement par évoquer un spectacle plus récent où j’ai pu prendre toute la mesure de mon héritage franco-allemand. Il s’agit d’un spectacle que j’ai créé avec la metteur en scène Elsa Rooke, le pianiste David Berdery et le jeune comédien Olivier Berhault, autour de la figure de Gérard de Nerval qui a jeté, par les traductions qu’il a faites des grands poètes allemands, un pont magnifique entre les deux cultures.

La grande duchesse de Gerolstein

4. Une journée type d’un artiste lyrique ?

Till Fechner : Je ne pense pas qu’il existe une journée type d’un artiste lyrique. Le seul dénominateur commun à tous les chanteurs d’opéra en activité, c’est-à-dire en période de répétitions et de représentations, est la vigilance face au sommeil. Dormir est la nécessité absolue. Pour le reste, je ne peux parler que de mon expérience personnelle. Les journées de répétition sont en général celles que je préfère. C’est là que le travail se fait, que tout est ouvert et possible, essentiellement du point de vue théâtral. Dans la grande majorité des théâtres, les répétitions se font par « services » de trois heures, en début de période de répétition le matin et l’après-midi, puis quand viennent les grandes répétitions avec orchestre précédent la première, l’après midi et le soir. Une journée de répétition ordinaire commence donc par une bonne nuit ! Il est toujours préférable de se réveiller au moins deux heures avant de travailler afin que le corps soit disponible, tonique. Petit déjeuner, vitamines. Un rapide coup d’œil sur la partition ou sur ce qui sera travaillé dans la journée. J’arrive au théâtre ou au studio, quelques vocalises dans ma loge, mais pas trop : si la journée est longue, j’aurai bien le temps de me chauffer. Même si en répétition nous pouvons « marquer », c’est à dire ne pas chanter à pleine voix, je préfère toujours le plus rapidement possible chanter réellement pour comprendre tout de suite ce que j’aurai à gérer au moment d’être en scène. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, la fatigue du travail n’est pas proportionnelle à l’importance du rôle, je dirai même que lorsque j’ai de grosses responsabilités vocales sur un spectacle je me sens plus en forme et la voix plus disponible. Je n’aime ni les poses durant les répétitions, ni les moments d’attente. C’est là où l’énergie et l’investissement physique se diluent. Je n’aime pas non plus vraiment les journées de repos qui, même si elles sont indispensables, me ramènent à la solitude que connaissent tous les chanteurs d’opéra. Lorsqu’arrive la première et les représentations, mes journées sont beaucoup plus calmes. Je me réveille le plus tard possible, c’est-à-dire vers 13h, Petit déjeuner, je fais quelques sons pour voir si tout va bien. Je ne sors pas. J’ai besoin de cette sorte de léthargie pour laisser la peur faire son travail nécessaire et ne me réveiller réellement que le soir en arrivant au théâtre. Vers 17h, quelques vocalises, je regarde ma partition, je chante certains passages difficiles. Là je sais plus ou moins comment se passera la représentation… A 18h je mange un plat de pâtes et je me prépare pour la soirée.  Je n’aime pas arriver au théâtre trop tôt, j’y suis donc en général une heure avant le début du spectacle. Premières paroles de la journée, petit tour sur le plateau, bonjour dans les loges, puis ma loge. Maquillage et costumes.Trente minutes avant le lever du rideau le compte à rebours commence dans les retours du plateau. Reste à faire le travail, qui sera rythmé par les appels individuels en loge pour chaque entrée en scène. Après le spectacle, quelques paroles échangées avec des spectateurs à la sortie des artistes, parfois un petit verre ou un repas rapide avec les amis de la production, mais bien vite, retour à l’hôtel. La vraie fête était sur la scène. J’appelle un ou deux amis pour dire que tout s’est bien (ou mal !) passé. Je me couche tard pour profiter du silence. Une représentation d’opéra est une telle saturation de son… Je sais que demain j’ai un jour de repos. Nous n’avons que très rarement deux spectacles d’affilée. Chanter est un effort qui coûte cher. Les jours de repos peuvent aussi se passer chez un ostéopathe par exemple, ou chez le médecin…

La Pietra del Paragone


5. Baryton-basse… Pouvez-vous nous expliquer ?

Till Fechner : La dénomination baryton-basse est aujourd’hui celle qui est la plus utilisée pour définir ce qu’on appelle aussi basse chantante, basso cantabile en Italie ou hoher bass en Allemagne. Il s’agit donc d’une voix globalement grave mais possédant une facilité d’extension vers l’aigü, sans pour autant avoir dans ce registre aigü la souplesse d’un baryton. On peut considérer que la basse dite « profonde » peut monter au mi ou au fa, que le baryton basse monte au sol et que le baryton monte au la ou si bémol. Le timbre du baryton basse est généralement aussi un peu plus clair que celui de la basse, quoique dans ce domaine les choses soient beaucoup plus complexes…  Le timbre est le résultat aléatoire de la constitution morphologique de tous les organes qui participent à la phonation. On peut ainsi entendre un soprano avec un timbre plus sombre qu’un mezzo soprano. De même un baryton peut avoir un timbre clair qui pourrait ressembler à celui d’un ténor mais ne pas avoir l’extension suffisante. Il est donc baryton. C’est en fait ce rapport entre extension et timbre qui définit le type de rôle qu’un chanteur peut aborder. Parallèlement à l’extension totale de la voix, qu’on appelle ambitus, la tessiture est aussi un élément déterminant. On entend par tessiture la zone de la voix qui peut être la plus sollicitée sans effort. En réalité il me semble plus juste de définir une voix d’après les rôles qu’elle peut assumer plutôt que de donner un nom à une voix et d’en conclure qu’elle doit chanter tel ou tel rôle. Si un chanteur peut par exemple chanter Philippe II du « Don Carlo de Verdi », peu importe qu’il soit basse ou baryton-basse. De même pour des rôles « intermédiaires » comme le Figaro des « Noces » de Mozart, qui peut être considéré comme un des rôles les plus adaptés à un baryton-basse. Qui se souciera si une basse plus profonde ou un baryton peuvent le chanter ? Il faut aussi savoir que jusqu’au XIXe siècle l’appellation baryton n’existait pas. Le terme générique était basse pour toute voix écrite en clé de fa. Parmi tous ces rôles de la période pré romantique il y a donc une multitude de choix possibles, une multitude de différences infimes de tessitures. Le baryton-basse a une large place dans cet univers classique italien. C’est en définitive le romantisme qui a établi les conventions vocales que nous admettons aujourd’hui en attribuant à chaque type de voix un « emploi » théâtral figé. La période pré romantique était à cet égard beaucoup plus libre.

Don Giovanni

6. Qu’avez-vous tiré de votre rencontre avec les plus grands comme Regina Resnik, Claudio Abbado, Peter Brook… ?

Till Fechner : Ce qui m’a toujours frappé lorsque j’ai eu l’occasion de travailler avec les très grands, c’est la simplicité avec laquelle le travail se fait. On plonge dans un univers d’excellence. Dans cet univers là, tout est étonnamment facile. J’avais vu diriger Claudio Abbado au Festival de Pesaro, je le considérais avec un immense respect. Lorsqu’en 1998 j’ai fait ma première répétition avec lui pour le « Don Giovanni » du Festival d’Aix-en-Provence, nous nous sommes serrés la main et avons commencé à travailler. Peu de paroles. Une immersion immédiate dans la musique. Je chantais, Abbado écoutait, annotait mes respirations sur sa partition, faisait une remarque ça et là sur le sens d’un phrasé, d’une nuance. Nous avons parcouru les deux rôles de Masetto et de Leporello pendant deux heures. J’étais sidéré… j’attendais un verdict, un jugement sur mon travail. Rien, un grand sourire, une poignée de main chaleureuse et « à demain ». J’avais appris en une répétition plus que je n’avais fait en dix ans de travail, tout simplement par imprégnation réciproque, du fait de sa géniale intuition musicale et humaine. Une représentation d’opéra sous la direction de Claudio Abbado est un miracle et j’ai rarement chanté avec autant de facilité et de liberté que sous sa direction. Ma première rencontre avec Regina Resnik a été en revanche un peu plus conflictuelle. J’avais été engagé par le Festival Spontini de Jesi en Italie pour chanter deux opéras de ce compositeur. Il était convenu avec la direction du festival que les répétitions se feraient sous la direction de Regina Resnik. Ces deux opéras de facture très classique étaient typiquement des opéras destinés à être ornés, c’est-à-dire que, fidèle aux usages italiens de l’opéra baroque, le compositeur avait laissé une grande part d’improvisation et d’ornementation libre au chanteur. En tout cas les partitions telles que je les avais reçues ne me paraissaient pas passionnantes et me semblaient nécessiter un travail d’ornementation pour en restituer tout l’intérêt et la vérité historique. J’étais habitué à ce genre de travail puisque le répertoire Rossinien que j’avais déjà beaucoup chanté présente en partie les mêmes caractéristiques. J’avais donc écrit mes variations et ornementations pour ces deux rôles et les avais envoyées à la direction du festival pour que le chef d’orchestre en prenne connaissance. A la première répétition et dès mon premier air, Regina Resnik m’interrompt en me demandant sur quelle partition j’avais étudié pour chanter des choses si différentes de ce qui figurait sur la sienne. Je lui ai donc expliqué le travail d’ornementation que j’avais fait et qui me semblait nécessaire sur ce type de répertoire. Or il se trouve que Regina Resnik, qui a chanté dans le monde entier les plus grands rôles du répertoire romantique à une époque où l’on n’avait pas encore revisité le répertoire baroque, avait un tout autre rapport à la partition et ne concevait pas que l’on puisse ajouter des notes à ce qui est imprimé. Malgré l’immense respect que j’avais pour elle, je ne voulais absolument pas renoncer à l’ornementation pour la simple raison que j’estimais que ce n’était pas rendre justice à cette musique si on la privait de ses caractéristiques stylistiques. La discussion a été très houleuse et j’ai bien cru retourner en France le soir même. Or dès le lendemain, Madame Resnik m’a pris à part, m’a avoué qu’elle-même n’était pas très enthousiasmée par ces ouvrages et qu’il y avait en effet sans doute moyen de rendre tout cela plus intéressant. Elle m’a donc demandé d’écrire toutes les variations pour tous les rôles de ces deux opéras. De là est née entre nous une formidable complicité dans le travail et j’ai eu un immense plaisir à la retrouver à deux reprises, notamment pour préparer avec elle un récital de lieder que je devais faire au Festival d’Asolo près de Venise. Sa longue fréquentation de ce répertoire, sa parfaite connaissance de la culture allemande, son extraordinaire sens dramatique ont été pour moi une source de découvertes sur mes propres origines allemandes. Cette femme russe née à New York et vivant en Italie m’a véritablement révélé toute la beauté de la musique allemande. Je la remercie de tout mon cœur.Vous me parlez aussi d’une autre personnalité hors du commun avec qui j’ai eu la chance de travailler. Peter Brook est fondamentalement un homme de théâtre, et d’un théâtre débarrassé de toute mission décorative. Un théâtre où l’acteur fait entendre un texte. Le monde un peu surdimensionné de l’opéra n’est donc pas à priori son univers de prédilection. Lorsqu’il avait monté « Carmen » dans les années 80 aux Bouffes du Nord, il en avait fait une adaptation qui réduisait au strict minimum l’emphase du langage opératique, mettant en exergue l’enjeu dramatique de la pièce. Une Carmen tout à fait marquante. Cela dit, « Don Giovanni » est incontestablement une pièce à la mesure du génie de Brook, et l’expérience que nous en avons faite est sans doute, pour tous les chanteurs qui y ont participé, un moment exceptionnel de théâtre. Je pense que l’immense talent de Peter Brook est de percevoir en chacun l’exacte mesure de ce qu’il est et de ne jamais pousser ses acteurs dans le sens d’une incarnation. Il ne demande pas de « devenir » quelqu’un, il ne cherche pas de rationalisation psychologique. Avec lui j’ai découvert ce que signifie « jouer » un personnage : jouer comme un enfant, c’est-à-dire ne pas se soucier de qui on est mais s’amuser à s’attribuer un rôle, comme des enfants diraient « je suis le loup et toi le chasseur ». Les enfants y croient et improvisent des scénarios très élaborés. Au cours du travail j’ai été tour à tour Don Giovanni, Zerlina, Leporello, Masetto, Elvira… J’ai donc passé quatre mois de répétitions (un luxe inouï à l’opéra) enfermé dans le théâtre des Bouffes du Nord à jouer véritablement. Et, par le fait des doubles distributions, nous avons passé un an et demi à continuer à jouer en scène tous les soirs, ne donnant jamais réellement le même spectacle, la règle du jeu étant précisément de jouer, c’est-à-dire d’improviser, de s’amuser à être des personnages. Tout devient alors très aléatoire et mouvant. Comme me le disait mon ami Vincent Le Texier, qui avait aussi travaillé avec Peter Brook, « il y a un avant et un après-Brook ». C’est absolument vrai.

La Cenerentola

7. Parlez-nous de votre répertoire…

Till Fechner : Je n’ai jamais eu de véritable idée de la façon dont je dois considérer mon répertoire, c’est-à-dire la totalité des rôles que j’incarne, car on demande aujourd’hui beaucoup à un chanteur mais il est impossible de tout faire bien. Il y a pourtant évidemment des œuvres ou des compositeurs qui ont régulièrement jalonné ma carrière, principalement Mozart et Rossini. Sans doute parce que ma voix et ma personnalité musicale y sont adaptées. Parmi tous les rôles que j’ai chantés, je vous citerai ceux auxquels je suis le plus attaché. De la quinzaine de rôles rossiniens que je chante je retiendrai le redoutable Lord Sydney du « Voyage à Reims », le Comte Asdrubale de « La Pietra del Paragone », Mustafà de « l’Italienne à Alger », et le somptueux rôle d’Alidoro dans « La Cenerentola » tel que Rossini l’a remanié en lui ajoutant un des plus beaux airs pour basse jamais composés. De Mozart j’aime chanter Leporello, mais c’est surtout le Masetto du « Don Giovanni » qui a été pour moi l’occasion de bien des débuts, notamment à l’Opéra National de Bordeaux en 1997 et au Festival d’Aix-en-Provence en 1998. J’ai promené ce rôle à travers le monde, de Milan à Tokyo, en passant par Bruxelles et Stockholm. Le Figaro des « Noces » était évidemment inévitable ! Bien que je ne sois pas très attaché à ce personnage dans sa version Mozart-Da Ponte. Au contraire le Don Alfonso de « Cosi fan tutte » vaut par sa richesse théâtrale. Dernier rôle mozartien qui me tient à cœur, le Pacha Selim de l’ « Enlèvement au Sérail » dont nous avons déjà parlé. D’autres beaux souvenirs en Italie où j’ai chanté ces fameuses œuvres de Spontini au Festival de Jesi : Mondor dans « Julie ou le pot de fleurs » et Godwinn dans « Milton », deux opéras totalement inconnus mais pour lesquels j’ai une tendresse toute particulière puisqu’ils ont été l’occasion de ma première rencontre avec Regina Resnik. Dulcamara de « l’Elixir d’amour » de Donizetti a été pour moi un merveilleux moment de travail avec le metteur en scène Omar Porras. Puis quelques incursions dans des répertoires moins classiques : l’extraordinaire « Kaiser von Atlantis » de Viktor Ullmann où je chantais le rôle de la mort dans la sublime mise en scène de Charles Tordjman ; Alaska Wolf Joe dans « Mahagonny », expérience théâtrale assez particulière où le metteur en scène me faisait chanter nu et pour laquelle j’ai dû suivre un training de boxe puisque le personnage meurt sur le ring au cours d’un combat ! Plus récemment ma découverte de la magnifique partition du « Balcon » de Peter Eötvös à l’Opéra National de Bordeaux. Et je garde évidemment un grand souvenir de l’ « Alceste » de Glück qui a marqué mes débuts en 1994 à l’Opéra de Paris où j’ai depuis lors chanté dans de nombreuses productions : « La Tosca », « Faust », « La Cenerentola », « Manon Lescaut », « Simon Boccanegra », « Don Carlo », « La Dame de pique ».

La vida breve

8. On vous dit influencé par le mouvement « Rossini Renaissance »…

Till Fechner : Oui, il est vrai que j’ai eu la chance d’arriver dans l’univers lyrique à un moment où de grands chanteurs avaient fait un travail remarquable sur le répertoire Rossinien. Le point de départ de cette renaissance sont les interprétations rossiniennes de Maria Callas, je pense bien entendu au « Barbier de Séville » et au « Turc en Italie », mais plus encore à « Semiramide » et à « Armida » qui ont rappelé au monde musical que Rossini a aussi, et majoritairement d’ailleurs, été un auteur tragique. C’est une chose qu’on avait tout à fait oubliée tant l’arbre du « Barbier de Séville » cachait le reste de la forêt. Le véritable miracle est l’enseignement que Maria Callas a reçu de la grande Elvira De Hidalgo, elle-même formée par Melchiorre Vidal qui a connu l’apogée de la tradition du tout début du XIXe siècle. La transmission de cette technique a donc pu se faire et s’imposer par la puissance des incarnations de Maria Callas. Se sont engagés dans cette voie les grands protagonistes de cette redécouverte : Marylin Horne, Joan Sutherland, Shirley Verrett, Rockwell Blake, Samuel Ramey, Chris Merritt… Le travail effectué par la Fondation Rossini de Pesaro ainsi que le regain d’intérêt pour des répertoires oubliés, essentiellement le répertoire baroque, ont permis de fonder, sur la base des recherches musicologiques effectuées, de nouveaux canons en terme d’interprétation et de style. Les chanteurs de ma génération ont donc bénéficié de tous ces nouveaux acquis. Pour ma part je me suis très tôt intéressé à ce répertoire et je dois dire que j’ai rencontré bien des obstacles en France dans ce cheminement, principalement au Conservatoire National. Rossini ne faisait pas partie des compositeurs « dignes ». Mais étant quelqu’un d’assez opiniâtre, j’ai tout de même réussi à trouver en la personne d’Anna Maria Bondi un professeur à qui ce répertoire n’était pas étranger. Je lui dois énormément. J’ai eu aussi la chance de me faire entendre par le grand chef rossinien Alberto Zedda qui m’a invité à étudier à la Fondation Rossini de Pesaro. Je l’ai retrouvé quelques années plus tard pour la recréation en France du « Voyage à Reims » à l’Abbaye de Royaumont puis à l’Opéra Royal de Versailles. Rossini a donc toujours tenu dans ma carrière une place privilégiée : c’est dans « La Cambiale di matrimonio » que j’ai fait mes débuts, en 1991 au Festival de Saint-Denis, et je suis actuellement directeur artistique de la Société Rossini de Paris, c’est dire s’il est un compagnon fidèle et précieux. Je suis réellement fier d’avoir pu chanter ce répertoire, tant en France qu’à l’étranger, dans les meilleures conditions que l’on puisse imaginer, et auprès de grands spécialistes tels que Jennifer Larmore, Rockwell Blake, Simone Alaimo, Karine Deshayes, Alberto Zedda , Maurizio Benini ou Richard Barker. Au-delà de tous les rôles que j’ai eu la joie de chanter, la plus belle marque de reconnaissance que j’aie reçue dans ce répertoire est mon engagement, tout jeune chanteur, par l’Opéra de Paris en tant que doublure de Samuel Ramey dans « l’Italienne à Alger » : Samuel Ramey ! Un des dieux de la « Rossini renaissance ».

Polyeucte

9. Qu’entend-on par « basse colorature » ?

Till Fechner : La basse colorature présente toutes les caractéristiques d’une basse chantante (ou baryton-basse) alliées à une disposition à la virtuosité. C’est précisément Samuel Ramey qui en a rétabli, durant toute sa carrière rossinienne, les canons techniques et stylistiques. Elle est tout à fait spécifique au répertoire italien, où elle porte le nom de « basso coloratura » ou de « basso d’agilità ». Il faut savoir que l’opéra est né en Italie, à Florence au XVIIe siècle, d’un rêve fou de reconstituer la tragédie grecque antique. C’était un art destiné à l’aristocratie qui s’est immédiatement développé dans toute l’Italie et qui s’est rapidement transformé, et petit à petit éloigné de son objectif premier qui était celui de la grande déclamation mesurée. A la même époque, les musiciens, profitant des remarquables progrès de la facture instrumentale, ont commencé à explorer toutes les possibilités techniques de ces instruments de plus en plus performants, ce qui a provoqué une extraordinaire émulation dans le sens de la virtuosité. L’art du chant a donc suivi cette même évolution, devenant de moins en moins déclamatoire et de plus en plus virtuose et ornementé. L’art Baroque est par essence un art non naturaliste, un art où les passions sont stylisées, comme dans une forme d’abstraction poétique. La virtuosité et l’improvisation de l’ornementation étaient donc un vecteur important d’émotion et de magie dans ces spectacles. Si on ne conçoit pas tout cela, on ne peut comprendre le terme colorature que dans son acception moderne. De nos jours, on n’associe généralement le terme « colorature » qu’aux seuls sopranos légers chez qui en effet l’usage de la virtuosité à perduré. Le terme de « basse colorature » peut donc sembler étrange mais il est approprié à l’usage que l’on faisait de la voix dans l’esthétique baroque. Concrètement, la basse colorature trouve donc ses plus grands rôles dans tout le XVIIIe siècle italien jusqu’au début du XIXe, particulièrement chez Haendel qui, tout anglo-allemand qu’il fut, composa de la musique purement italienne, et bien entendu chez Rossini, ultime compositeur issu de la tradition baroque. C’est d’ailleurs lui qui a sans doute offert à la voix de basse les rôles les plus virtuoses, même si on trouve encore chez Donizetti, Bellini et chez le jeune Verdi des traces de ce que l’on a appelé le « bel canto ».  J’aimerais à ce propos préciser le sens exact de ce terme qui est souvent utilisé de façon erronée : pour beaucoup de personnes le bel canto est devenu un terme générique vaguement synonyme d’opéra, ou du moins d’opéra italien. En réalité il faut entendre par bel canto la période qui commence avec les premières évolutions de la déclamation chantée vers un art plus ornementé et virtuose (c’est-à-dire dès la fin du XVIIe siècle) jusqu’aux bouleversements esthétiques du romantisme. On peut donc encore parler de bel canto « romantique » jusqu’aux premiers Verdi mais pas au-delà. Une dernière petite précision sur l’origine même du mot colorature. Ce mot provient du mode de notation musical en usage au Moyen-âge et à la Renaissance où l’on indiquait les notes par des cercles sur une portée. Un simple cercle représentait une valeur longue, un cercle « coloré » (généralement à l’encre noire ou rouge) représentait des valeurs plus courtes donc plus rapides. « Colorare » était donc la manière archaïque de signifier visuellement la valeur des notes, un premier pas vers la notation des rythmes.

Thaïs

10. Quels sont les univers artistiques qui vous inspirent ?

Till Fechner : Je vais vous avouer très franchement que je ne vais que rarement à l’opéra, je n’en écoute que très peu. La musique étant mon domaine professionnel, j’ai tendance à m’en échapper lorsque je n’ai pas de raisons de m’y plonger. Je me ressource volontiers dans la lecture, essentiellement des livres d’histoire où j’apprends beaucoup de choses en matière d’art, mais où je peux le faire en silence ! Cela dit, il y a évidemment des personnes, des lieux ou des évènements qui ont étés constitutifs de ce que je suis. Dans l’univers musical, l’art de Maria Callas représente pour moi un absolu. Je suis également fasciné par la force théâtrale du chant de Leyla Gencer, de même que Bach est, malgré mon attachement à Rossini, le compositeur qui m’est le plus indispensable. Revenir à Bach est toujours pour moi un retour vers le mystère profond de la musique, son essence pure. Durant mes années d’études, ma fréquentation assidue des coulisses de l’Opéra de Paris a été riche en rencontres qui ont eu une influence sur mes choix esthétiques futurs : les danseurs Rudolf Nureyev, Ghislaine Thesmar, Manuel Legris, de grands chanteurs comme Shirley Verrett, Samuel Ramey, Nicolai Ghiaurov, Luciano Pavarotti, et quelques metteurs en scènes comme Liliana Cavani, Antoine Vitez, Daniel Mesguish, Georges Lavaudant, Franco Zeffirelli. Parmi les nombreux spectacles qui m’ont marqué en tant que spectateur, je garde un souvenir très intense du « Martyre de Saint-Sébastien » de Bob Willson et de la production aixoise du « Barbe Bleue » de Bartok dirigé par Pierre Boulez et mis en scène par Pina Bausch. Souvenir magnifique aussi, l’extraordinaire « Lorenzaccio » de Redjep Mitrovitsa à la Comédie Française, ainsi que les nombreuses incarnations de Martine Chevalier qui est à mon sens une des grandes tragédiennes de notre temps. Ces deux acteurs ont pour moi une stature quasi « opératique » par le « legato », la démesure du phrasé et l’amplitude du souffle dont ils nourrissent les textes, car comme l’opéra, le théâtre est verbe et donc souffle. J’ai eu aussi beaucoup d’admiration pour Roland Bertin, acteur modeste, scrupuleux et infiniment poétique. Pour le reste, je pense être assez monomaniaque, les choses m’intéressent ou ne m’intéressent pas du tout ! Je citerai donc en vrac tout ce qui me vient à l’esprit qui a nourri mon imaginaire : l’œuvre complète de Molière qui a accompagné toute mon adolescence, certains films de Fellini (dont « Huit et demi ») et de Pasolini, les « Lettres » de la Princesse Palatine, l’orgue et la musique mécanique, Jacqueline Maillan, Jean-Pierre Mocky, Michel Serrault, la musique de ballet tant décriée dans le monde musical, Barbara, la Bible, Les films « Mort à Venise » et « Le Guépard » de Visconti, l’acteur Italien Toto, les jardins du château de Versailles en hiver… Et puis toujours l’univers de la danse, mes amis danseurs pour qui j’ai une profonde admiration.

11. Un chanteur lyrique est souvent considéré comme un demi-dieu qui ne vit pas comme le commun des mortels… Qu’en dites-vous ?

Till Fechner : Le soliste d’opéra est, comme le danseur ou le sportif de haut niveau, une espèce de cheval de course : il a une « cote », il est jugé, jaugé, surveillé, commenté. La performance physique est le travail qu’on attend de lui, et c’est de la qualité de cette performance que dépend sa survie. Cela implique évidemment une vie assez particulière dont la première caractéristique est la solitude que j’évoquais tout à l’heure.Je passe huit à neuf mois par an, loin de chez moi, loin de mes amis et de ma famille. Je prépare mes rôles seul, avec l’aide bien entendu d’un pianiste ou d’un professeur, les voyages continuels ont un charme très relatif. Mes compagnons de route sont ma valise et mes partitions. Il est très donc très important pour moi de pouvoir avoir une vie privée solide et sereine car c’est mon seul point fixe. Lorsque des problèmes se présentent dans ma vie privée les choses deviennent beaucoup plus difficiles, ma « base » chancelle. D’où l’importance pour beaucoup de chanteurs de veiller à se protéger, même si cette protection peut parfois être perçue comme une espèce d’arrogance. Nous faisons un métier difficile dans lequel nous subissons beaucoup de pressions, car nous sommes tout simplement l’enjeu de beaucoup d’argent et que le public est très exigeant. Nous devons donc veiller à rester le plus disponible possible à ce qui nous est demandé. Il m’arrive bien souvent par exemple de ne pas répondre au téléphone ou du moins de filtrer les appels un jour de représentation. Dans la mesure où toute la technique du chant repose sur le souffle, des émotions négatives peuvent avoir une incidence sur la qualité du travail. L’idéal pour bien chanter serait d’être toujours serein et en paix, de n’avoir comme seul souci à gérer que la technique de notre instrument et le trac. C’est évidemment impossible puisque nous ne sommes justement pas des demi-dieux ! La deuxième caractéristique de notre métier est la gestion du temps qui induit des comportements très spécifiques. Nous n’avons malheureusement pas à l’opéra, contrairement au théâtre, le temps nécessaire pour « perdre du temps ». Cinq semaines de répétitions sont souvent bien courtes pour monter un ouvrage. Il faut donc que les choses soient rapides, que les contacts avec la cinquantaine de personnes avec lesquelles je vais travailler se fassent vite. Je me dis souvent que le travail de soliste est un travail de diplomate ! Je rencontre environ 200 à 300 personnes nouvelles chaque année, les échanges se font généralement en italien, en anglais ou en allemand. Il est donc indispensable pour moi de créer le plus rapidement possible des rapports cordiaux avec mes interlocuteurs, qu’ils soient collègues solistes, choristes, metteurs en scène, chefs d’orchestre danseurs, figurants, régisseurs… J’ai besoin de la bonne énergie de toutes ces personnes pour affronter la scène. Je suis toujours émerveillé de voir à quel point, très souvent, l’expérience du travail sur un spectacle crée des liens inexprimables de proximité entre les personnes, de partage réel, une espèce d’impudeur nécessaire, de réelle affection. Le temps étant compté, les relations ont à l’opéra un sens et une densité qu’elles n’auraient sans doute pas dans la « vraie vie ». Vivre une carrière de soliste, c’est aussi vivre l’expérience de la peur. Cela a du moins été pour moi un long cheminement que d’arriver à apprivoiser cette peur. Je ne parle pas nécessairement du trac que beaucoup d’artistes de scène connaissent. Je parle de la difficulté à endosser toutes les responsabilités qui incombent au soliste dont on attend qu’il soit toujours au sommet de sa forme et qui n’a en réalité pas de grand droit à l’erreur. Pour se protéger de l’ « erreur » on acquiert donc une multitude de réflexes qui sembleront sans doute amusants au « commun des mortels » : ne pas prendre froid, donc se méfier de tous les lieux climatisés et ils sont nombreux : restaurants, magasins, cinémas, chambres d’hôtels, voitures, avions, trains, et… théâtres. Faire attention à ce que l’on mange pour éviter tout risque d’intoxication alimentaire (certains théâtres interdisent par contrat la consommation de fruits de mer), ne pas s’exposer trop longuement au soleil en été pour éviter toute déshydratation des muqueuses des cordes vocales. Et évidemment rester très vigilant face au besoin de récupération : le sommeil est le secret de la bonne forme vocale.

La Pietra del Paragone

12. Quelles sensations ressentez-vous sur scène ?

Till Fechner : C’est bien difficile à exprimer. Tout dépend de ma forme physique et mentale. Entrer en scène est toujours un défi et un acte de courage. Lorsque commence une représentation, je sais ce que j’ai à faire, je connais tous les rendez-vous que j’ai avec ma voix, avec mes partenaires, avec le chef d’orchestre, avec mon personnage aussi. C’est donc un peu comme un slalom dont il faut négocier au mieux chaque virage. Il faut pour cela développer une réelle capacité de concentration instantanée, puis de détente. C’est un mélange de lourdes contraintes et de grand plaisir. Les deux sont liés. Lorsque la contrainte est dépassée, le plaisir est d’autant plus grand. Paradoxalement, le risque me semble moins grand lorsque le rôle est long, j’ai alors plus d’espace pour m’exprimer et si je manque un rendez-vous de mon parcours je sais que je peux me rattraper plus loin. Mais ce qui reste pour moi le plus mystérieux et le plus beau est cette énergie fraternelle qui unit en scène tous les protagonistes du spectacle, y compris ceux qui interviennent dans l’ombre des coulisses, techniciens, habilleuses, accessoiristes… Je crois qu’au moment du spectacle chacun aime réellement son métier et a le sentiment de partager ce défi collectif. C’est une chose qui me nourrit énormément car il y a là une vraie générosité.

L’elixir d’amour

13. Pensez-vous que la volonté de démocratiser l’Opéra peut tuer l’âme de l’Opéra ?

Till Fechner : Non, je ne pense pas que la volonté de démocratiser l’opéra puisse tuer l’âme de l’opéra, bien au contraire. Ce que je constate c’est que je ne vois nulle part une réelle volonté de démocratisation, ou du moins faudrait-il savoir de quoi on parle quand on parle de démocratiser l’opéra… Si l’on estime que monter « Aïda » ou « Nabucco » au Stade de France est une façon de populariser l’opéra alors on est dans l’erreur la plus totale, dans un leurre qui relève du pur mensonge, pour la simple raison que ces spectacles ne sont pas des spectacles d’opéra. Que ces spectacles existent est une chose, et je ne vois aucun mal à offrir à quatre vingt ou cent mille personnes le plaisir d’assister à un spectacle musical, mais il est malhonnête de faire croire au public qu’il assiste là à un spectacle d’opéra. On ne peut pas faire de l’opéra n’importe comment. L’opéra est par essence un art de conventions et c’est dans ces conventions que réside une grande partie de sa beauté. Il y a beaucoup de formes de spectacles qui sont réellement adaptées aux espaces en plein-air, aux espaces de dimensions titanesques. L’opéra ne l’est pas. L’opéra est un objet de théâtre, un peu démesuré soit, mais il ne peut pas sortir du cadre « intime » d’un théâtre. Le rapport direct à la voix est un élément fondamental de l’expérience de l’opéra. Les concerts de variété ou de rock ont développé un autre type de rapport à la voix. Sans parler du fait qu’ils sont très souvent exécutés en « play-back », ils font appel à des techniques de sonorisation très élaborées, à tel point que certains groupes s’enorgueillissent aujourd’hui du label « concert acoustique », comme d’un gage de spécificité et de nouveauté face l’hyper sonorisation des « grandes machines » du rock. La spécificité de l’opéra est peut-être de faire de la musique « bio » ! La question de ces grands spectacles musicaux qui utilisent comme base une partition d’opéra n’a donc pas, à mon sens, sa place dans un débat sur la démocratisation de l’opéra. Il y aurait sans doute bien d’autres façons de démocratiser l’opéra, d’autant plus que c’est un type de spectacle qui peut s’appréhender à des niveaux très différents. Je veux dire par là que l’opéra n’est pas une affaire de culture ou de connaissances musicales. C’est un genre suffisamment puissant et « spectaculaire » pour toucher d’une façon viscérale le spectateur aussi néophyte soit-il. Le débat sur la démocratisation de l’opéra me semble en fait un débat bien démagogique et hypocrite. On dit que l’opéra serait un genre élitiste ? Eh bien soit, offrons donc l’élitisme à tous, l’accès à la beauté à tous. Mais pour que cela puisse se faire encore faudrait-il que le « grand public » soit informé. On m’a bien souvent posé la question, quand je parle de mon métier « Mais il y a encore des gens qui vont à l’opéra ? Vous avez du monde dans la salle ? ». C’est dire à quel point l’opéra est inconnu de la majorité.  Les services publics de télévision, qui sont le bras de la volonté politique, sont en grande partie responsables de cet état de fait. Ils ont démissionné du formidable rôle pédagogique qu’ils ont pourtant longtemps joué en faveur des arts en général. Il n’y a donc que très peu de chances qu’un citoyen lambda puisse un jour accéder à l’opéra, tout simplement parce qu’il ne sait plus que l’opéra existe. Dans le meilleur des cas, il s’en fait vaguement l’idée d’un spectacle réservé aux amateurs de « grande musique », un produit de luxe, ce en quoi il n’a pas tout à fait tort. Mais pourquoi n’offrirait-on pas un produit de luxe au plus grand nombre ? La question du prix des places, je dirais plutôt le « mythe » du prix des places, est aussi un argument souvent invoqué en défaveur de l’opéra. Oui, une place à l’opéra peut coûter cher, tout comme une place pour un match de football ou un concert rock peuvent coûter cher. C’est donc là encore un débat qui n’a pas de sens. Le vrai débat est politique. A quel type de société voulons-nous participer ? Que voulons-nous faire de notre culture ? Quel regard portons-nous sur ce que le passé nous a légué ? Autant de questions qui semblent de toute évidence bien loin des préoccupations des politiques. Beaucoup de maisons d’opéra déploient pourtant de gros efforts pour amener au spectacle un public nouveau, essentiellement des jeunes, mais tant que tout cela ne sera pas sous-tendu par une réelle volonté politique d’information sur les formes classiques de spectacle (théâtre, opéra, ballet) l’opéra restera malheureusement inaccessible au plus grand nombre. Pour moi, en l’état actuel des choses, l’opéra, le ballet et le théâtre classique sont devenus des objets de musée, enfermés, et malheureusement élitistes dans le mauvais sens du terme. Un scandale en vérité. Tout le monde devrait avoir l’opportunité de connaître les textes de Molière, Racine ou Claudel, de voir « La Traviata » ou « La Flûte enchantée », « Giselle » ou « Le lac des cygnes ».

L’enlèvement au Sérail

14. Le public n’est-il pas souvent trop exigeant ?

Till Fechner : Le fait de ce regrettable élitisme dont nous venons de parler a indéniablement des répercussions sur la façon dont une partie du public aborde une représentation d’opéra, et sur la façon dont il se l’approprie, car il faut bien savoir que nous sommes les interprètes d’œuvres qu’une grande partie du public considère comme « sa » propriété. Il faut avouer que le genre opéra s’est considérablement transformé ces dernières décennies, essentiellement sous l’impulsion des metteurs en scène. L’émergence du rôle du metteur en scène a réactivé le combat qui s’est trouvé de tous temps au centre de l’objet lyrique, combat entre musique et théâtre. Il est en fait très difficile pour nous, interprètes, de savoir ce que le public attend de nous réellement, en dehors de la pure performance vocale, qui est l’attente à priori la plus légitime. Notre première source de travail est bien entendu la partition et notre premier souci est d’assumer au mieux cette partition. Mais la dimension théâtrale est absolument incontournable. Il nous appartient de l’assumer de la même façon. L’opéra est un genre paradoxal dont les deux composantes s’affrontent : la composante musicale est une forte contrainte face à la théorique liberté théâtrale exprimée par le texte. Réciproquement le travail théâtral peut entraver considérablement le geste vocal, et par voie de conséquence le contenu musical. En tant qu’interprètes, nous sommes au centre-même de ce paradoxe, et c’est sur notre habileté à « concilier l’inconciliable » que nous sommes jugés. Le public n’a pas idée, et ne doit d’ailleurs pas l’avoir, de la difficulté de ce défi. Concrètement  pour le public, l’opéra peut aujourd’hui être appréhendé sous ces deux aspects distincts : théâtre et musique. Le disque lui en livre la dimension musicale et une forme de perfection, en réalité peu honnête. Le spectacle, la représentation sur scène, lui en fait vivre l’expérience théâtrale (qui est sa vraie dimension à mon sens). De cette dualité fondamentale entre théâtre et musique peuvent naître des mal entendus, des porte-à-faux, des tensions, des mouvements d’humeur qui trouvent leur origine dans le mystère de ce qu’attend le spectateur d’une représentation d’opéra. Même si nous subissons parfois les effets de ces tensions, nous ne pouvons malheureusement en endosser l’entière responsabilité. Les réactions négatives du public peuvent donc parfois nous sembler injustes. Notre devoir est de faire le plus honnêtement possible notre travail de « performer », et je crois sincèrement que tout chanteur d’opéra a le réel désir de donner le meilleur de lui-même. Il en est parfois récompensé, parfois boudé… Pour terminer ma réponse à cette question, je dirai que la représentation d’opéra est un moment unique qui rassemble, en un lieu et en un moment limités, chanteurs, musiciens et spectateurs, c’est-à-dire plusieurs centaines ou milliers de personnes. C’est donc du talent de toutes ces personnes réunies que va dépendre la réussite d’une représentation. Il en va du public comme des artistes, certains publics sont plus talentueux que d’autres.

La Cenerentola

15. Quelles missions donnez-vous à l’Opéra ?

Till Fechner : Très sincèrement je ne sais pas si l’opéra a une mission, si ce n’est d’incarner un moment de beauté et d’humanité, mais je suis trop mauvais spectateur pour en juger. J’imagine que si c’est un genre qui a perduré au fil des siècles c’est qu’il est une forme particulière de spectacle, issue du théâtre dont il exacerbe les codes et la force d’expressivité. Un théâtre absolu, fantasmatique. J’évoquais tout à l’heure les origines de l’opéra comme rêve du théâtre antique. L’opéra a donc une espèce de force archaïque qui fait appel à une écoute viscérale, brute. L’opéra n’est pas un art qui sollicite l’intellect. Chacun a sa façon de recevoir l’opéra, encore une fois il n’est pas une affaire de « spécialistes », c’est en cela qu’il est tellement accessible et universel.

Pour en savoir plus sur Till Fechner :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Till_Fechner

http://www.myspace.com/tillfechner

http://www.youtube.com/watch?v=To2kE5Hh9z0

http://www.youtube.com/watch?v=WPDY6uy_LT4

http://www.youtube.com/watch?v=RW85Q-6oeCg

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Eric Génovèse, le Magnifique

by Alix de Boisset on mars 28th, 2010 3 Comments

Eric salle Richelieu

Sociétaire de la Comédie Française depuis 1998, Eric Génovèse est diplômé du Conservatoire National Supérieur D’Art dramatique et se voit proposer des rôles marquants. Il joue Karel dans « Bête de style » de Pier Paolo Pasolini mis en scène par Stanislas Nordey, il aborde Corneille en interprétant Cléandre dans « La place royale » et Ptolémée dans « La mort de Pompée », deux mises en scène de Brigitte Jaques. Il est Louis Laine dans « L’échange » de Paul Claudel dans un spectacle de Darius Peyamiras. Il incarne Fortinbras et la reine de comédie dans « Hamlet » mis en scène par Georges Lavaudant, participe à un diptyque Molière réalisé par Jean Luc Boutté et joue Scipion dans le « Caligula » d’Albert Camus monté par le cinéaste Youssef Chahine. Il est Boas dans « Occupe toi d’Amélie de Georges Feydeau », une production de Roger Planchon et Hippolyte dans la mise en scène de « Phèdre » par Anne Delbée. Il joue dans deux pièces de Pierre Corneille : « Clitandre ou l’innocence délivrée » et « Tite et Bérénice » de Racine.  Il aborde Bertold Brecht et Marguerite Duras. Il compose une figure étonnante de Caliban dans « La tempête » de Shakespeare mise en scène par Daniel Mesguich, qu’il avait déjà rencontré pour « Mithridate » et qu’il retrouve  pour « Andromaque » de Racine. Il est Cléante dans « L’avare » mise en scène par Andreï Serban et incarne Cyrille dans la pièce testamentaire de Copi « Une visite inopportune » mise en scène par Lukas Hemleb. Il participe à « Amphitryon » de Molière mis en scène par Anatoli Vassiliev. Il poursuit son exploration du répertoire contemporain en jouant des textes de Tony Kushner et de Lars Noren dans des productions de Jorge Lavelli et de Joël Jouanneau. Il est dans la vision des « Fables » de La Fontaine proposée par Robert Wilson avant d’incarner Tartuffe dans le spectacle de Marcel Bozonnet. On l’a vu entre autres au cinéma dans « Jefferson in Paris » de James Ivory et pour la télévision dans « La place royale » réalisée par Benoît Jacquot. Il enseigne l’art dramatique au cours Florent. Sa carrière de metteur en scène débute en 2001, par un travail sur « Les juives » de Robert Garnier. Passionné d’Opéra, Eric Génovèse a participé en tant que narrateur à des spectacles musicaux dont « Lélio » de Berlioz à l’opéra de Rome sous la direction de John Nelson, « L’histoire du soldat » de Igor Stravinsky à la salle Gaveau avec l’orchestre national d’île de France dirigé par Gordan Nikolitch et « le martyre de saint Sébastien » avec l’orchestre philharmonique de Luxembourg sous la direction de Emmanuel Krivine. Il a monté avec L’IRCAM « Le privilège des chemins » de Fernando Pessoa et mis en scène plusieurs opéras dont « Rigoletto » de Verdi et « Cosi Fan Tutte » de Mozart. Entretien avec ce comédien du Français dont le talent immense me transporte depuis l’enfance.

1. Vous considérez-vous comme une figure du Théâtre ?

Eric Génovèse : Une figure, incontestablement puisque j’ai la chance d’y jouer sans discontinuer depuis bientot 20 ans. Mais de quelle importance, je l’ignore… ça n’est pas à moi d’en juger ! (rires). Disons que j’y ai une activité trés intense, que je suis dans un théâtre approximativement 300 jours par an, que je croise mon nom sur pas mal d’affiches dans les rues….

tartuffe

2. Comment définiriez-vous votre style ?

Eric Génovèse : Il est assez difficile pour un comédien de définir ce qui fait son originalité, ce qui fait qu’on le demande, qu’on l’imagine ici ou là… Sa faculté à faire naître le désir. A vrai dire, j’attaque toujours les répétitions en essayant d’oublier tout, en étant le plus disponible, le plus vierge possible. Comme c’est de toute façon impossible car la technique et l’expérience que l’on a sont gravées et difficilement effaçables, je tends au style « page blanche ». C’est assez inconfortable mais j’aime assez vagabonder d’un style à l’autre : épouser celui qui convient à ce que je suis censé défendre. Il faut pour cela se permettre la perméabilité, donc, éprouver ses propres limites. Chaque metteur en scène avec qui j’ai travaillé m’a raconté de moi des caractéristiques différentes… Je ne pense pas être un intellectuel. Un homme qui pense, oui mais avec tous ses sens.Peut-être, sans doute même, je suis un acteur de texte. Mon rapport à la matière textuelle m’a souvent été cité comme un point fort. On m’a même parlé de » Touche de texte », comme on parlerait d’un toucher pour un pianiste ou d’un trait pour un peintre. C’est le plus beau compliment que l’on m’ait fait… Je pense ne pouvoir parvenir à rien sans un bon texte. Le silence qui précède et suit une phrase est pour moi le gage de la qualité, de la portée de cette phrase et c’est lui que je vise en réalité lorsque je travaille. J’aime Dire, par dessus tout pour faire vivre l’intensité de ce silence, le trouble qu’il convoque. Cela peut sembler paradoxal mais c’est ainsi que je vis les choses. J’entends souvent qu’il y aurait un style Comédie Française, ce qui ne veut à peu près rien dire, en tous cas aujourd’hui. En étant tout à fait sincère, je ne vois chez tous mes camarades que deux points communs: la rapidité et la souplesse. Certaines approches sont diamétralement opposées au sein même de cette troupe. Et je ne considère pas qu’un style soit façonné par un lieu dans lequel on travaillerait. Il est le fruit d’une réflexion, d’une expérience, de ce que l’on vit et de comment on le vit, donc, propre à chacun. Si je devais me choisir un Style, il faudrait qu’il soit suffisamment identifiable mais qu’il ne ressemble en rien à une étiquette. Un style complexe à déchiffrer mais évident à recevoir.

Hippolyte dans Phédre Comédie française 1995

3. Le Théâtre… Une vocation ?

Eric Génovèse : A priori, je n’y étais pas pré-disposé : Je suis issu d’une famille plutôt modeste et peu encline à l’art théâtral.Quelques indices cependant : Ma grand mère paternelle ne savait ni lire, ni écrire, mais regardait « des chiffres et des lettres » tous les soirs avec gourmandise. Ma grand mère maternelle chante Werther ou Rigoletto sans avoir jamais mis les pieds dans un Opéra…. Ma mère était couturière. Elle avait des doigts d’or. Mon pére lui, né italien et naturalisé français à l’âge de 11 ans était parti pour faire des études. Il était à peine devenu ingénieur en électronique lorsque je l’ai perdu, j’étais encore un petit enfant. J’ai retrouvé cependant deux livres qui lui appartenaient, très tard, des pièces de Hugo et de Marivaux, cela m’a beaucoup ému et intrigué. Ma tante m’emmenait très jeune voir des expos de Giacometti, Miro, Picasso, Ernst… Et des concerts de Lou Reed, Patty Smith, Jaco Pastorius, Keith Jarrett….. A l’âge de 9 ans un panneau affichant « cours de théatre » m’a frappé et j’ai demandé à ma mère de m’y inscrire ainsi qu’à des cours de piano… Elle a accepté sans me poser de questions. Pourquoi cet appel ? Je l’ignore. Je n’avais jamais vu une piéce de théâtre ! Une nécessité secrète donc : nécessité, je préfère d’ailleurs ce terme à celui de vocation.

Eric Genovese Pietro Spagnoli

@ Pietro Spagnoli

4. Racontez nous votre parcours…

Eric Génovèse : A l’age de 17 ans j’ai décidé d’arrêter mes études; j’avais beaucoup de problèmes de communication avec les gens de mon âge et pour me faire accepter je faisais le pitre et ruinais mes possibilités que l’on disait grandes. J’étais inadapté, malheureux et très seul, avec un grand manque de confiance en moi. J’ai demandé à ma mère de monter à Paris (nous vivions à Nice) pour y prendre des cours de Théâtre. Elle l’a accepté avec confiance et s’est dévouée pour financer mes études. Deux ans de Cours Simon, une première tentative au concours du Conservatoire National : un échec ! Je suis ensuite admis par François Florent en deuxième année dans la classe de Denise Bonal puis après quelques mois, je rencontre par le biais d’un ami Isabelle Janier et Tania Torrens, toutes deux à la Comédie Française. Elles me font travailler dans leur loge mon deuxième concours du Conservatoire National et je suis admis, à ma grande surprise. Là, je rencontre Viviane Théophilidés, Pierre Vial, Jean-Pierre Vincent, Bernard Dort et Madeleine Marion qui me forment et je travaille comme un dingue pendant trois ans ! En troisième année ma chère Madeleine Marion, qui est devenue ma maman de Théâtre et mon amie proche – elle vient de nous quitter il y a quelque temps – me choisit pour être « Oreste » dans l’Oreste de Vittorio Alfieri dans les ateliers de sortie duConservatoire. C’est là que tout commence sérieusement à changer. Stanislas Nordey qui est mon Pylade me propose de jouer « Bête de Style » de Pasolini au TGP de Saint-Denis, Redjep Mitrovitsa me voit jouer et parle de moi à Brigitte Jaques qui m’auditionne et m’engage pour jouer Cléandre dans « La place royale« et Ptolomée dans « La mort de Pompée » de Corneille la saison qui suit ma sortie du Conservatoire. Suivent tout naturellement, Louis-Laine dans « L’échange » de Claudel à la comédie de Genève et plusieurs reprises et un film avec Benoit Jacquot de « La Place Royale » qui est un grand succès. Trois années d’intermittence, mais cinq mois seulement d’Assedic (histoire de ne pas perdre de vue la précarité qui menace, j’ai gravé ces mois très fort dans mon esprit) !

En 1993, Georges Lavaudant monte « Hamlet » à la Comédie-Française et cherche un acteur pour jouer Fortinbras et La Reine de Comédie (deux rôles aux antipodes l’un de l’autre). C’est à nouveau Redjep Mitrovitsa qui lui conseille de venir me voir dans « La Place Royale » et quelques jours plus tard, je reçois un télégramme de Jean-Pierre Miquel qui était Directeur du Conservatoire lorsque j’y étais élève et qui vient d’être nommé Administrateur de la Comédie Française qui me propose d’y entrer comme Pensionnaire pour jouer ces deux rôles, ainsi que celui de Scipion dans le « Caligula » de Camus que met en scène Youssef Chahine. En quatre ans à peine dans les lieux, je suis nommé 499éme Sociétaire, élu par mes pairs. J’y joue de nombreux rôles et y rencontre des metteurs en scène et des camarades formidables. Cela fait seize ans que ça dure…..et je souhaite y demeurer tant que je progresse et que l’équilibre entre les raisons de partir et les raisons de rester penchent du côté de la seconde option !

Hydro

J’ai eu aussi besoin d’aller voir du côté de l’enseignement et de la mise en scène. A vrai dire c’est l’enseignement, le goût de diriger les acteurs qui m’a fait sauter le pas ! François Florent m’a demandé d’animer un Stage sur la Tragédie en 1999 et j’y ai rencontré une équipe avec qui j’ai monté « Les Juives » de Robert Garnier au Théatre du Marais.Cinq heures de spectacle dans une langue sublime mais horriblement difficile, une entreprise folle et d’une difficulté sans nom, un pari impossible, un suicide pour un début ! Mais monter quelquechose de plus habituel ne m’excitait pas. J’avais choisi ce répértoire précisément pour la raison qu’il est si difficile et iconoclaste que personne ne le monte ! C’est un répértoire que j’aime et je pouvais me permettre d’y aller en laborantin. Marcel Bozonnet m’a ensuite proposé de travailler avec L’Ircam et d’imaginer un spectacle issu de cette collaboration. J’ai donc à nouveau choisi un objet étrange : « Le privilège des chemins » de Fernando Pessoa et nous l’avons joué au Studio Theatre de la Comédie-Française. Entre temps, Michel Glotz – grand impressario de musique qui nous a quitté lui aussi ces jours derniers – m’avait admis dans son agence en tant que Récitant. J’avais besoin de retrouver la musique ! Le Théâtre et le Piano, avais-je dit à 9 ans ! Il semblerait que je sois déterminé ! J’ai collaboré et collabore encore avec des musiciens et des orchestres extraordinaire pour des oeuvres mélant musique et textes parlés (« Le Martyre de Saint Sebastien » de Debussy, « Lélio » de Berlioz, « Peer Gynt » de Grieg, « L’histoire de Babar » de Poulenc, « l’Enlevement au sérail » de Mozart et autres, jusqu’a « Hydrogen Jukebox » de Philipp Glass que j’ai crée en France dans une mise en scène de Joel Jouanneau…..) avec des grands chefs comme Kurt Masur,Emmanuel Krivine, John Nelson, Alain Altinoglu, Jean-Christophe Spinosi… ou en récitals aux cotés de chanteurs fantastiques comme Matthias Goerne, Camilla Tilling entre autres, sans oublier des concerts que je donne régulièrement avec le Trio Wanderer, Philippe Berrod ou Muza RubackytéToutes ces activités m’ont mis au contact de Directeurs de Théâtres et j’ai manifesté mon envie de mettre en scène de l’Opéra, qui est pour moi la forme la plus aboutie de l’expression scénique, le vecteur d’émotion le plus puissant. « Rigoletto » de Verdi a été mon premier essai grâce à Thierry Fouquet à L’Opéra National de Bordeaux.

Cosi Fan Tutte

Cosi Fan Tutte

Quelques mois plus tard, Dominique Meyer me proposait mes débuts au Théâtre des Champs Elysées à Paris avec « Cosi fan tutte » de Mozart ! Encore une fois, je n’ai pas commencé par le plus simple. Des oeuvres sur lesquelles les références pleuvent ! Mais finalement quitte à prendre des risques, je suis heureux d’avoir commencé en devant plonger sans bouée et en étant au contact des plus grands (compositeurs,musiciens,chanteurs) car c’est ainsi que l’on apprend le mieux ! Et j’adore apprendre. On me propose de continuer, je continuerai. Les choses faciles, si tant est qu’elles existent, ne m’intéressent pas, ne m’intéressent plus ! J’aime les enjeux de taille, même si j’ai conscience de mes limites. Il m’est cependant arrivé de refuser des propositions. Je ne peux pas, personne ne peut TOUT faire, TOUT incarner, être l’homme de tous les auteurs ou compositeurs. Mais tendre à repousser ses limites intelligement ou apprendre à faire avec, à en faire des atouts, cela me semble nécessaire. De trés grandes carrières se sont faites sur des limites ! En somme, apprendre à se connaître et à se surprendre est un équilibre vital mais assez difficile car il demande un instinct sûr et une conscience aigue des obstacles à franchir. J’ai un contact avec les chanteurs si facile, si galvanisant, si extraordinaire que je vais continuer à avancer, à apprendre et à avoir du plaisir ! Donc nous nous apprenons mutuellement, j’admire ce qu’ils sont capables de faire : C’est un partage sensationnel, une véritable histoire d’amour. J’ai l’immense chance d’avoir rencontré dans mon parcours des êtres fidèles qui m’ont invité et réinvité à partager des aventures artistiques. Tout est là, dans cette fidélité, dans ce regard et cette confiance que certains vous donnent. Car sans celui ou celle qui sait vous regarder, vous n’êtes qu’un être amputé lorsque vous êtes un comédien ou un metteur en scène. Lorsque je lis mon CV, je réalise que j’ai eu un parcours trés privilégié. Et pourtant que de doutes et de tentations de tout abandonner ! J’oublie les embuches… Elles m’ont apparemment toujours fait rebondir. Mais j’ai toujours dans un coin de ma tête la conscience que tout peut s’arrêter demain.

5. La journée type d’un comédien du Français ?

Eric Génovèse : Cela dépend des périodes. Et cela dépend des comédiens. Il serait illusoire de penser que tous les comédiens du Français ont le même rythme. Certains jouent plus, d’autres moins. Les Statuts attribuent à l’Administrateur Général de décider des distributions. Très souvent, – et plus lorsque l’on est jeune ou nouveau – on joue le soir et répète en meme temps une autre piéce l’après-midi. On peut jouer aussi plusieurs pièces en alternance dans la même semaine et en répéter encore une autre l’après midi ! Parfois même, en jouer six dans un week end : une à 14h à la salle Richelieu, une à 18h30 au Studio théâtre et une à 20h30 à nouveau à Richelieu. Et Pareil le lendemain ! Les pensionnaires ont pour seul devoir d’activité de jouer. Les Sociétaires, eux, peuvent être appelés à d’autres devoirs. De coutume, il n’y a pas de répétitions le matin mais parfois des enregistrements à la radio, ou des comités d’administration qui régissent le fonctionnement de la Maison. Ce sont des sociétaires élus à moitié par leurs camarades, à moitié par l’Administrateur Général ainsi que le Doyen des Sociétaires qui y siègent, des comités de Lecture pour accepter ou non les piéces que l’Administrateur général propose pour l’entrée au répertoire, des assemblées générales… Etre un comédien Sociétaire au Français demande beaucoup d’aptitudes à autre chose que le seul métier de comédien. C’est une troupe qui a un fonctionnement unique et particulier. On y est juge et partie. On peut aussi devoir assister à toutes les représentations pendant une semaine, plusieurs fois dans l’année, pour veiller au bon déroulement des spectacles, de leur évolution, de leur suivi technique. Personnellement, je n’ai jamais joué plus de trois pièces en même temps, et je ne le souhaiterais pas ! Je me contrains beaucoup car je suis plutôt un couche-tard et un lève-tard ! Il arrive aussi que certains tournent le matin ou ne jouent pas pendant des mois (ce qui est toujours très mal vécu, il n’est paradoxalement pas aisé d’être payé pour ne rien faire ! C’est même très humiliant pour un artiste ! ). La chose la plus fatigante est l’irrégularité des activités car il est difficile de régler son horloge interne ! En résumé, il faut une bonne santé, une bonne disponibilité aux autres, des nerfs solides, une bonne dose d’enthousiasme et une souplesse certaine.

Répétition Les Naufragés par G Zilberstein

Répétition des Naufragés

6. Quels sont les univers littéraires ou artistiques qui vous influencent dans votre travail de comédien et de metteur en scène ?

Eric Génovèse : Tout ce qui fait partie de la vie me sert en règle générale. M’informer de ce qui se passe dans le monde, de ce qui se fait artistiquement est essentiel. Je suis très curieux et une vie ne me suffira pas à étancher ma soif de connaissance et d’émotions. Je lis beaucoup, j’écoute énormément de musique et je voyage beaucoup, sillonnant les architectures, les modes de vie et les musées. Mes goûts sont très éclectiques. Voyager est vital pour moi ! Il est inenvisageable de ne pas aller découvrir un pays nouveau chaque année et de ne pas retourner dans d’autres le plus souvent possible ! Ma vie entière se nourrit de l’Art.Au quotidien, j’alterne entre mes artistes favoris et ceux que j’ai envie de découvrir. Je relis  » Les affinités électives » de Goethe et « La légende des siècles » de Hugo, vais voir « Le jardin des délices » de Bosch, les statues du Bernin, la « sagrada familia » à chaque passage à Madrid, Rome ou Barcelone… Je revois tous les films de Dreyer, de Fellini ou Bergman, écoute Nina Simone, Billie Holiday, Monteverdi, Haendel, Bartok ou Mozart régulièrement…  Je lis des polars scandinaves, ne manque pas un Echenoz, feuillette toutes les rentrées littéraires, ne manque pas un Tarentino, un Almodovar, un Haneke, un Gondry, un Gus Van Sant, un film Scandinave… !  J’adore la peinture contemporaine, la Photo, la musique répétitive, les films d’animation. Je vais au concert ou à l’opéra plusieurs fois par mois. J’ai raté Piaf et la Callas, ça me rend dingue ! Je ne peux pas voir toutes les expos, entendre toutes les voix, voir jouer tous les acteurs, ça me désole. Ce qui est terrible c’est qu’il me faut du temps pour faire le vide, regarder l’horizon et ses imperceptibles nuances pendant des heures et laisser le soleil et la mer me réchauffer le coeur ! Je suis totalement schizophrène : un contemplatif, affublé d’une curiosité et d’une soif de communication humaine inextinguibles… Lorsque je travaille sur une oeuvre, je me focalise sur l’univers sonore, pictural et littéraire qui couvre l’époque de l’écriture de celle -ci mais des références tout à fait hors époque peuvent m ‘inspirer. Par exemple lorsque j’ai joué « Tartuffe », ce sont les écrits deLouis Jouvet et » Théorème » de P.P Pasolini qui m’ont donnés les clefs du personnage. Il serait injuste de ne pas mentionner le regard de mon metteur en scéne et de mes partenaires car rien n’advient de par soi seul. En ce moment, je joue une piéce de Guy Zylberstein sur le monde de l’art, mis en scène par Anne Kessler et nous échangeons ou regardons ensemble des films. Ca va de « L’année dernière à Marienbad » de Resnais, à Kate Winslett dans » The Reader ». Nous regardons des tableaux, des documentaires sur Rembrandt, Pollock, allons regarder les gens dans le hall de l’hotel Lutétia, c’est trés passionnant ! J’ai eu un choc esthétique en découvrant le film de Peter Watkins, « Munch ». En fait tout converge. Une création est faite d’une somme incommensurable de références, de moments de vie et de relents inconscients.

Hydro jukebox

Hydrogen Jukebox

7. Que ressentez-vous lors de cette osmose éphémère que vous vivez avec le public le temps d’un soir ?

Eric Génovèse : Il se passe énormément de choses au cours d’une représentation. Certains soirs, on peut avoir le sentiment d’une porte définitivement close : le public est agité, bruyant, indisponible. Il est très compliqué dans notre monde d’aujourd’hui de trouver des espaces de silence, des endroits ou l’on se pose pour s’ écouter, s’évader du bruit, se retrouver. Je déteste le bruit. Celui qui brouille tout, qui meuble, qui dissipe. Tout est construit pour que l’homme se dérobe à lui même. Tout se vaut. La vérité comme le mensonge, la musique comme le bruit, le plus précieux comme le plus abject. C’est pourquoi je deteste la télévision. C’est un faux ami, quelque chose qui vous abrutit, vous aide à passer a coté de vous, vous sature d’informations jusqu’à vous rendre incapable de réfléchir, de déméler le faux du vrai. Ce qui me bouleverse au théâtre, c’est la disponibilité au silence. La qualité de l’écoute. Le fait que l’on soit venu, que l’on se soit déplacé, que l’on ait choisi d’être là pour vous écouter. Une représentation, c’est l’heure de vérité. La qualité du silence est mon seul baromètre. C’est ce sentiment qui est jouissif, cette communion dans l’importance de ce qui se dit. Car entre deux silence, un mensonge proféré est une fausse note qui tinte à l’oreille de chacun. Lorsque l’espace de quelques secondes tout se tait et que toute une salle reste suspendue à la résonnance de la parole ou du geste que vous avez donné , alors vous vous sentez plus léger. Il y a eu un moment de grâce et cela valait la peine d’etre là tous ensemble. C’est pour ces moments là que j’aime jouer.

Genovese Eric Spagnoli

@ Pietro Spagnoli

8. A quoi pense un comédien sur scène, une fois que la concentration a pris le pas sur le trac ?

Eric Génovèse : A ce qu’il dit de préférence !! Comment penser à autre chose ? Idéalement, il parle, il écoute son partenaire et il répond. Lorsque le travail de répétition à été bien mené, il ne reste plus que cela à faire : se rendre disponible, tout oublier et retrouver la spontanéité. Bien entendu, il y a une veille permanente, un état de conscience aigu qui permet au comédien d’accueillir un accident, de le rétablir ou de l’utiliser. On appelle ça « le troisième oeil » : une sorte d’élasticité temporelle, de distance entre le conscient et l’inconscient. On doit être totalement maître de soi mais se laisser surprendre. Cela fait partie de l’état de jeu. Mais il n’y a pas à s’en soucier,c’est un état naturel lorsqu’on a bien travaillé et que l’on est au bon endroit. C’est une gymnastique et c’est à cela que servent les répétitions : à établir les règles du jeu.

9. Comment séparez-vous vos rôles de votre vie privée ?

Eric Génovèse : Celui qui est sur scène c’est moi et pourtant pas exactement le même que celui qui est devant son café le matin ! Il m’arrive de jouer trois rôles en même temps, il faut donc faire appel à des aspects de moi différents, à des énérgies différentes. Il y a un grand fantasme autour du rôle qui façonnerait votre vie… Si je devais être déprimé chaque fois que mon personnage meurt ou est malheureux, je pense que je serais deja interné (rires). Personnellement, il m’arrive de ne pas réaliser que j’ai joué la veille au soir devant des gens. Lorsque quelqu’un me fait comprendre qu’il me reconnait, j’ai toujours un temps de latence, je me demande pourquoi. Un jour, quelqu’un m’a abordé dans un magasin en faisant référence au personnage que je jouais la veille, et je n’ai absolument pas compris de quoi et pourquoi il me parlait ainsi… Il a dû me prendre pour un fou ! Mais c’est un métier relativement proche de beaucoup d’autres, on convoque certaines choses de soi à un moment donné, programmé, avec tout un contexte autour puis on est différent lorsqu’on fait la cuisine ou prend sa douche. Ce qui se passe au moment du jeu est une alchimie assez complexe mais canalisée. C’est peut être en période de répétitions que les choses sont plus compliquées, car la recherche vous obsède et ne vous quitte pas à la porte du théâtre… En terme d’humeur, il y a des spectacles qui vous donnent de l’énergie, d’autres qui vous la pompent ! Mais c’est d’avantage une ambiance de spectacle ou de répétition qui interagissent avec votre vie privée, qu’un personnage en particulier.

10. Votre meilleur souvenir sur scène ?

Eric Génovèse : J’aime à penser qu’il est pour demain…

11. Quelles missions donnez-vous au Théâtre ?

Eric Génovèse : Celle d’un révélateur face au mystère de l’humanité, je crois. Pour moi le Théâtre est un barrage contre l’ignorance, la bêtise et l’instrumentalisation des êtres .S’il peut aider à complexifier un peu le débat ambiant, s’il pose des questions, lutte contre les raccourcis démagogiques en interrogeant les énigmes, s’il porte le trouble, émeut, réjouit ou indigne, s’il n’est pas simplement rassurant mais perturbant, vivant, alors il est utile voire indispensable. Malheureusement, on le pousse régulièrement à devenir un « produit », un outil de consommation comme un autre et cela est insupportable ! Il doit garder, revendiquer sa spécificité, son espace propre qui est celui du partage et de la réfléxion collective. C’est une place fragile et c’est pour cela qu’elle est belle. Parce qu’elle n’est pas quantifiable ou rentable de manière certaine et rapide ! Parce qu’elle demande une ouverture des consciences et que c’est un travail de longue haleine, un acte de résistance. On n’interroge pas le monde avec des formules magiques, avec des slogans miracles.. On participe en cherchant, parfois laborieusement, à rendre une parole audible, à accueillir des petits instants de grâce qui, avec le concours de chacun, donneront peut-être naissance à d’autres pousses d’espoir, qui feront leur chemin vers de nouveaux commencements.

Cosi Fan Tutte 4

Cosi Fan Tutte

Cosi Fan Tutte 3

Cosi Fan Tutte

12. Pourriez-vous expliquer votre mise en scène pour le Théâtre et l’Opéra ?

Eric Génovèse : Je n’ai pas de recettes particulières. J’arrive en répétitions très préparé. Il me faut une longueur d’avance sur tout le monde et je travaille avec mon équipe très en amont. Je me considère avant tout comme le réceptacle d’une parole ou d’une musique que j’interprète avec mon entendement, ma sensibilité, et que je tâche de transmettre à ceux qui vont l’interpréter. J’essaie d’être le premier spectateur, de leur dire ce que j’entends mal ou n’entends pas, ce que je crois qu’il faudrait faire entendre ou mieux entendre. Je cherche le moyen de leur en donner la possibilité. Il faut pour cela repérer assez vite comment s’adresser à chacun, comment l’aiguiller ou le laisser avancer. Je crée un cadre, un angle de vue. Le Théâtre et L’Opéra sont très différents. Au Théâtre,  on écrit ses silences et l’on impose son rythme, on le choisit, de même que l’on choisit ses interprètes, le metteur en scène est aussi le chef d’Orchestre. L’Opéra demande une grande humilité, le temps est écrit et les contraintes sont plus nombreuses, plus éprouvantes pour les interprètes qui ont des degrés divers de connaissance de l’oeuvre selon qu’ils l’ont déja chantée ou non. ll faut pour le metteur en scène, mettre en jeu, trouver son espace et prendre en compte les difficultés liées à l’exercice du chant et le temps de répétition est court. Le danger c’est que cela réduit parfois le rôle du metteur en scène à une idée de surface. Souvent une transposition d’époque n’est-elle que le critère d’appréciation d’une mise en scène. Un emballage, vide d’intentions profondes est parfois plus séduisant qu’une direction rigoureuse… Toutes les oeuvres n’y résistent pourtant pas, comme elles ne résistent pas au même traitement. Parfois c’est très extraordinaire, si la réflexion sur l’oeuvre est intelligente et que la direction d’acteur suit. Je ne suis pas un adepte de la reconstitution historique parfaite, une idée poétique d’une époque me séduit davantage que son copier-coller. Mais je ne cherche pas à étonner pour étonner, à faire « des coups » comme on dit ! Je cherche ailleurs, là ou cela me semble juste et opportun sur le moment quitte à me casser la figure et à me compliquer la vie. Je veux pouvoir assumer mes choix parce qu’ils correspondent à une sincérité, même si rétrospectivement je peux me dire que je me suis trompé. Se tromper avec sincérité est toujours moins dangereux pour soi. Il faut du temps, je crois, pour imposer un style lorsque l’on n’est pas un génie. Et cela, je ne le suis pas, je suis un travailleur acharné et enthousiaste. J’ai des obsessions,oui, j’aime la précision et la vérité. J’ai aussi un certain rapport à l’espace, il y a des distances qui à mes yeux tuent les rapports. J’aime que les interprètes soient heureux. Tout cela est assez difficile à conjuguer mais je ne m’en sors pas si mal pour l’instant et chaque expérience me fait abandonner certaines choses et me conforte dans d’autres.

Les Naufragés

13. Quels sont vos projets pour 2010 ?

Eric Génovèse : Actuellement, je joue une très belle pièce de Guy Zylberstein, « Les Naufragés » que met en scène ma camarade et amie Anne Kessler, qui se joue du 24 Mars au 30 avril au Théâtre du Vieux-Colombier. J’enchainerai avec « La folie d’Héraclès » d’Euripide que mettra en scène Christophe Perton fin Mai dans cette même salle après l’avoir créé à la Comédie de Valence peu avant. Cet été, je donnerai quelques concerts avec mes amis du Trio Wanderer autour de Liszt, Schumann et Strauss (principalement des mélodrames romantiques pour piano et récitant, ainsi que le Carnaval des animaux de Saint-Saëns). Puis je mettrai en scène un Opéra de Rolf Liebermann « L’école des femmes » (Die Schule der Frauen) d’après la pièce de Molière à l’Opéra National de Bordeaux en Novembre. Avant de faire mes débuts au Staatsoper de Vienne en 2011 où je mettrai en scène « Anna Bolena » de Donizetti. Un programme assez éclectique ……et enthousiasmant !


Pour en savoir plus sur Eric Génovèse :

http://www.fragil.org/focus/986

http://www.ina.fr/art-et-culture/arts-du-spectacle/video/CAB99021880/andromaque-et-mithridate-a-la-comedie-francaise.fr.html

http://209.85.229.132/search?q=cache:-IlXOPYD-YAJ:www.forumopera.com/v1/5questions/genovese.html+eric+genovese&cd=11&hl=fr&ct=clnk&gl=fr

http://www.comedie-francaise.fr/images/telechargements/presse_naufrages0910.pdf

http://www.francebillet.com/place-spectacle/manifestation/Theatre-contemporain-LES-NAUFRAGES-VCNAU.htm

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Karol Beffa, « Janus » de la musique

by Alix de Boisset on mars 20th, 2010 16 Comments

@ Alix Laveau@ Alix Laveau

Tel « Janus », le dieu des dieux de la mythologie romaine, Karol Beffa a plusieurs visages : pianiste, compositeur et improvisateur. Reçu Premier à l’Ecole Normale Supérieure (Ulm), il étudie l’Histoire, l’anglais, la philosophie à l’université de Cambridge, et les mathématiques : il est diplômé de l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique (ENSAE). Entré au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris à 14 ans, il y obtient huit Premiers Prix. Reçu Premier à l’Agrégation de musique, il enseigne à la Sorbonne puis à l’Ecole Polytechnique. Il a obtenu en 2003 le titre de Docteur en musicologie et a été élu Maître de conférence à l’Ecole Normale Supérieure (Ulm). Pianiste, Karol Beffa s’est produit en soliste avec orchestre à sept reprises. Il accompagne régulièrement des films muets et a composé 12 musiques de films. Compositeur, ses œuvres ont été jouées en France, en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne, en Russie, aux Etats-Unis et au Japon. Karol Beffa est boursier de l’Institut de France en composition (2001), lauréat de la Fondation Lili et Nadia Boulanger (2001), boursier de l’Académie musicale de Villecroze et lauréat de la Fondation Natexis (2002) et de la Fondation Charles Oulmont (2005), finaliste du concours international de composition de Prades (2005). En 2009 et 2010, Karol Beffa a été nominé pour les Victoires de la Musique.

1. Comment définiriez-vous votre style ?

Karol Beffa : Même si j’ai toujours aimé improviser (depuis que j’ai su jouer quelques notes de piano, vers cinq ans), c’est après un séjour à Berlin, en 1996, que je me suis vraiment consacré à la composition : je n’avais peut-être pas encore trouvé mon style, mais je me reconnais tout à fait dans les pièces écrites alors, malgré leurs maladresses. Elles allaient déjà dans deux directions clairement définies : un pôle contemplatif, extatique, au rythme harmonique souvent très lent (musique de couleurs et de textures), et un pôle dynamique, d’une extrême nervosité, où la musique prend souvent la forme d’un mouvement perpétuel (musique du rythme et de l’énergie). En travaillant par la suite sur Ligeti, j’ai trouvé ces mêmes tendances de clouds et de clocks Clocks and Clouds, c’est le titre d’une des pièces de Ligeti. Disons qu’au début j’étais plus volontiers « Clouds » et qu’avec le temps je suis devenu plus franchement « Clocks ». J’essaye maintenant de combiner les deux pôles selon les instruments et la formation pour laquelle j’écris, et éventuellement de passer de l’un à l’autre par condensation ou vaporisation progressive… Par ailleurs, longtemps réfractaire au sentiment, je l’intègre maintenant volontiers à la sensation dans ma musique.

2. Pianiste, compositeur, improvisateur… Qu’est-ce qui vous a poussé vers la musique ?

Karol Beffa : Mes parents ont fait du piano, j’ai eu un grand-oncle « homme-orchestre » et deux autres musiciens professionnels (que je n’ai jamais connus), mais en fait rien ne me prédisposait vraiment à la musique. Mes parents ont surtout considéré que la formation normale de l’« honnête homme » devait inclure une culture musicale approfondie. Et que si l’Education nationale ne s’en chargeait pas, il fallait se tourner vers les Conservatoires. J’ai donc commencé par étudier au Conservatoire du 5e arrondissement de Paris, à l’âge de 5 ans. Mon professeur de piano s’appelait Marthe Nalet, une élève de Nadia Boulanger, qui m’a également initié à l’harmonie dès 7 ans. Au Conservatoire, j’ai pu pratiquer beaucoup de disciplines (piano, flûte à bec, puis saxophone ; musique de chambre, jazz, écriture — contrepoint, et harmonie dès 9 ans) jusqu’à mon entrée au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (CNSMDP), à 14 ans. A partir de 7 ans, j’ai composé de petites pièces dont une Danse des quartes, dans le goût de Bartók. Il s’agissait de morceaux plus ou moins aboutis, qu’il m’est arrivé de reprendre par la suite : une pièce pour violoncelle composée dans ma jeunesse est ainsi devenue Rhapsodie pour violoncelle, quinze ans plus tard.

Karol Beffa présentant le programme

3. Racontez-nous votre parcours…

Karol Beffa : Mon parcours m’a aussi conduit vers des horizons autres que musicaux : j’ai fait une khâgne et ai intégré Normale Sup, avec l’idée de faire de la recherche en économie (je suis diplômé de l’ENSAE). A Ulm, on m’a suggéré de présenter l’agrégation de musique, même si je n’avais jamais fait de musicologie jusqu’alors. J’ai alors repassé le concours d’entrée au CNSMDP en écriture, puis j’ai suivi différentes classes, jusqu’en 2002. Mes études techniques ont donc été longues. Pourtant, je ressens tous les jours l’utilité de ce passage obligé. Certes, je n’ai pas fait, au conservatoire, d’études de musicologie à proprement parler (histoire de la musique, culture musicale, esthétique…), mais je ne crois pas qu’il soit mal d’avoir été autodidacte en ce domaine. Quant à l’Université, après avoir suivi une formation assez générale (licences d’histoire et de philosophie, maîtrise d’anglais, MPhil de l’Université de Cambridge), je me suis spécialisé en musicologie : j’ai consacré mon DEA et ma thèse aux Etudes pour piano de Ligeti, le compositeur contemporain qui m’a sans doute le plus influencé avec Dutilleux.

4. 8 fois lauréat au CNSMDP… Plutôt exceptionnel, non ?

Karol Beffa : Au CNSMDP, j’ai suivi les classes d’harmonie, contrepoint, fugue et formes, écriture du XXe siècle, orchestration, accompagnement vocal, improvisation au piano, composition… Plus encore que ces huit Prix, ce qui est assez exceptionnel, c’est d’avoir passé mon prix d’analyse en candidat libre, et surtout, de n’avoir obtenu aucune récompense en composition… Avec le recul et au vu du jury, je m’en amuse assez.

5. Une journée type, pour vous ?

Karol Beffa : J’ai plutôt du mal à me lever tôt. C’est dommage, car je dois me ménager d’assez longues plages pour pouvoir écrire. De ce point de vue, la composition représente un vrai luxe : pouvoir prendre son temps n’est pas donné à tout le monde. L’inspiration peut venir n’importe quand (parfois la nuit…), n’importe où, quelquefois dans les lieux les plus inattendus : au cours d’une promenade, dans un bain paradoxal de solitude pris au milieu de la foule, dans le métro, au concert, dans un moment d’inattention (ça arrive…). Mais le travail d’élaboration a presque toujours lieu au piano, souvent après de longs moments d’hésitations, de tâtonnements. Comme composer est une activité solitaire, douloureuse, voire franchement déprimante, je suis content de pouvoir aussi enseigner et me produire comme pianiste en public.

6. Qu’avez-vous tiré de votre expérience d’enfant acteur aux côtés de Lino Ventura, Michel Bouquet, Claude Rich, Pierre Arditi, Jean-Louis Trintignant… ?

Karol Beffa : De merveilleux souvenirs. Sans doute les plus beaux qu’un enfant puisse jamais avoir. J’ai fait deux grandes tournées de théâtre, la première pour Liberté à Brême, de Fassbinder, mis en scène par Jean-Louis Hourdin, où j’incarnais le fils d’Hélène Vincent, la seconde pour Grand-Père, de Remo Forlani, mis en scène par Michel Fagadeau, où je jouais le petit-fils de Jean-Pierre Darras. J’ai aussi joué pour le Festival d’automne dans La Bonne Âme du Setchouan de Bertolt Brecht, sous la direction de Giorgio Strehler. A la Comédie française, dirigé par Jean-Pierre Vincent, j’ai interprété plus de cinquante fois le jeune Macduff dans Macbeth de Shakespeare. J’ai également joué dans deux opéras : Le Garçon qui a grandi trop vite de Giancarlo Menotti, et Le Petit Ramoneur de Benjamin Britten (Nathalie Stutzmann tenait le rôle de la gouvernante). A 7 ans, dans la série télévisée Mozart de Marcel Bluwal, j’incarnais le jeune Wolfgang ; Michel Bouquet était Léopold. Les épisodes passaient sur TF1 à 20h30 ; aujourd’hui, cela laisse songeur… Il y avait un épisode où Wolfgang était censé composer sa première sonate pour clavecin. J’avais pris l’habitude de noircir des partitions devant la caméra. Je suppose que je me suis pris au jeu car j’ai continué à le faire entre les prises, puis en dehors du tournage. Je serais curieux de pouvoir remettre aujourd’hui la main sur ces partitions, je me demande bien à quoi cela pouvait ressembler… Au cinéma, dans Femmes de personne de Christopher Franck, j’ai joué le fils de Pierre Arditi et de Marthe Keller. Marthe Keller a une liaison avec Jean-Louis Trintignant et le film raconte comment elle renonce à son amant pour regagner l’amour de son fils : d’où de très belles scènes de complicité entre la mère et son enfant, dont je garde des souvenirs émus. Parmi les acteurs, il y avait Philippe Léotard, Fanny Cottençon, Patrick Chesnais et Caroline Cellier. Puis dans La Septième Cible de Claude Pinoteau, j’ai été le fils de Lino Ventura — son dernier rôle. Je me souviens que, même miné par la maladie, Lino Ventura tenait à faire lui-même toutes ses scènes de cascades. C’était par ailleurs quelqu’un d’une extrême gentillesse. Un peu plus tard, Louis Malle m’a pressenti pour Au revoir les enfants. Cela aurait représenté six semaines de tournage. Je venais de quitter l’Ecole des enfants du spectacle pour entrer en seconde au Lycée Henri IV et j’ai eu peur de ne pas pouvoir tenir la route scolairement. Avec le recul, cette appréhension me paraît stupide. N’avoir pas continué le théâtre et le cinéma est l’un de mes grands regrets.

Karol Beffa Piano

6. Quel est votre répertoire en tant que pianiste ?

Karol Beffa : Je donne peu de concerts comme interprète. Je joue Bach, Mozart, Ravel, telle sonate de Schubert, quelques pièces rares de Koechlin, peu de musique contemporaine. Je joue aussi ma musique, même si d’autres l’interprètent mieux que moi : Lorène de Ratuld, par exemple, qui a enregistré beaucoup de mes pièces pour piano seul (Six Études, Sillages, Voyelles) dans le cadre d’un disque qui comprend aussi la sonate de Dutilleux (CD AmeSon). Ou encore Dana Ciocarlie, dédicataire de deux de mes Etudes pour piano, et qui les joue dans le monde entier (CD Triton). Comme pianiste, je pratique plus volontiers l’improvisation, à l’occasion de projection de films muets, de lectures de textes (Toni Morrison, Saint-François de Sales, Proust…), ou à partir de thèmes donnés par le public, d’ailleurs très divers : on me demande aussi bien de jouer un tango à la manière de Debussy, un choral dans le style de Bach sur un thème des Maîtres-Chanteurs, de m’inspirer d’un tableau comme Guernica, de La Marseillaise, du tour de France, d’imaginer « quelque chose de triste à la main gauche et de joyeux à la main droite », d’illustrer « 30% de touches noires »…

Sillages de Karol Beffa

7. Quelles sont vos sources d’inspiration en tant que compositeur ?

Karol Beffa : La problématique des liens qu’entretiennent la musique d’une part, le geste et le mouvement d’autre part m’intéresse beaucoup. Aussi suis-je attiré par le spectacle vivant, sous toutes ses formes. Ainsi, cela a été pour moi une expérience très riche d’écrire une partition pour voix, violon et percussions ethniques qui accompagnait des numéros de trapèze, dans le cadre des « Friches musicales » d’Evry de 2003 et une autre, Horizontal, que Le Printemps de Pérouge m’avait commandée en 2002 à l’intention de la soprano Marie Devellereau et de l’Orchestre National de l’Opéra de Lyon pour accompagner un spectacle de « danse verticale » acrobatique. Dans le même ordre d’idées, l’oratorio-ballet Marie-Madeleine, la robe de pourpre (2004-2005), mis en scène pas Yves Coudray, avec Françoise Massé dans le rôle-titre, m’a permis d’approfondir la relation entre la voix et la danse. En fait, le problème plus général du rôle de la musique dans sa relation avec les autres arts est au centre de mes préoccupations. Dans ces arts, j’englobe évidemment arts plastiques et arts de la parole. J’ai ainsi improvisé une atmosphère sonore pour le vernissage d’une exposition de photos d’Alix Laveau au festival de Bel-Air (2005). L’improvisation lors de lectures de grands textes est aussi quelque chose que j’aime. Enfin, au théâtre, j’ai composé en 2004 une musique pour l’adaptation par Jean-Pierre Nortel du roman de Beatrix Beck, Léon Morin prêtre.

8. Avez-vous déjà songé à composer pour un film ?

Karol Beffa : Oui, j’ai déjà écrit une douzaine de musiques de films. Malheureusement, à de rares exceptions près, musique pour le concert et musique de film relèvent de milieux professionnels assez étanches. J’ai néanmoins eu l’occasion de collaborer à la composition de la musique d’un film pour Arte, Rokoko (1997), d’après Goldoni, et entièrement écrit la musique d’un film muet, un moyen métrage, Roméo et Juliette, toujours pour Arte (2002). J’ai écrit la musique du documentaire de Benoît Rossel intitulé Le Théâtre des opérations (qui a reçu le Prix du cinéma suisse TSR au festival Visions du réel à Nyon en 2007). Par l’intermédiaire de Benoît Rossel, j’ai été en contact avec deux réalisateurs : d’abord Stéphane Breton, avec qui j’ai travaillé pour la musique de deux de ses films : Le Monde extérieur et Nuages apportant la pluie ; ensuite Jean-Xavier de Lestrade (auteur, notamment d’Un Coupable idéal, Oscar 2002 du meilleur documentaire) dont j’ai écrit la musique du premier film de fiction : Sur ta joue ennemie. (la partition a été sélectionnée pour le Prix France Musique de la meilleure musique de film 2008). Depuis, j’ai également écrit la musique du Fil, premier long-métrage de Mehdi Ben Attia, qui sortira en salle en avril 2010, et du Voyage américain de Philippe Séclier, parti sur les traces du photographe Robert Franck, auteur du livre aujourd’hui cinquantenaire Les Américains. J’ai aussi écrit la musique du documentaire Voyage dans la symbolique romane, de Jean-Michel Lesaux. Et j’ai d’autres projets avec Mehdi Ben Attia (notamment pour son deuxième film de fiction, Alter ego) et avec le romancier et philosophe Olivier Pourriol. Ce devrait être l’occasion de jouer pour l’un le rôle d’un prof de sciences po, pour l’autre le rôle d’un pianiste : dans les deux cas, la fiction n’est pas très éloignée de la réalité…

@ Patrice Nin : Karol Beffa entouré de Tugan Sokhiev et de Renaud Capuçon lors de la création de son concerto pour violon et orchestre

@ Patrice Nin : Karol Beffa entouré de Tugan Sokhiev et de Renaud Capuçon lors de la création de son concerto pour violon et orchestre

9. Comment choisissez-vous vos interprètes ?

Karol Beffa : Parfois, les interprètes vous sont imposés par le commanditaire ; le plus souvent, le choix se fait d’un commun accord avec le compositeur. La chance que j’ai d’écrire pour des instrumentistes de très haut niveau me permet bien sûr de repousser à l’extrême les limites instrumentales. Cela a été le cas pour mon Concerto pour piano (2009), condensé des difficultés techniques que peut avoir à affronter un soliste : mobilité, écarts, endurance, déplacements, vitesse, sens du rythme et des déhanchements… J’ai recherché quelque chose d’assez spectaculaire et je voulais que Boris Berezovsky prenne du plaisir à le jouer. Pour le Concerto pour violon (2007) que j’ai écrit pour Renaud Capuçon, j’avais à l’esprit la sonorité très particulière de Renaud dans le grave et sa très large palette expressive. Le concerto est à son image. Souvent, un va-et-vient entre compositeur et interprètes est possible. Ainsi, pour le duo Masques (2004) écrit à l’intention de Renaud et Gautier Capuçon. J’ai pu expérimenter certaines choses en répétition, et prendre en compte leurs suggestions pour apporter quelques modifications à la partition. Ce travail avec les interprètes est particulièrement poussé avec Arnaud Thorette — à l’alto —, Geneviève Laurenceau — au violon — et Johan Farjot — au piano ou à la direction (de chœur ou d’orchestre) —, qui défendent depuis longtemps ma musique. J’ai confiance en leur jugement, je suis à l’écoute de leurs suggestions et de leurs conseils. C’est pourquoi il m’a paru naturel qu’ils soient les interprètes de mon premier disque monographique de musique de chambre Masques (2009).

@ Patrice Nin : Karol Beffa lors d'une répétition

@ Patrice Nin : Karol Beffa lors d'une répétition

10. Comment parvenez-vous à transmettre l’essence même de vos compositions à vos interprètes ?

Karol Beffa : Si l’on s’en tient au piano, l’instrument que je pratique, je dois dire que je préfère confier à d’autres la création de mes pièces. Pour être à peu près certain que la forme d’une nouvelle pièce me convient, il faudrait que je m’enregistre pour percevoir l’œuvre dans sa totalité. Je préfère garder une certaine distance, pour pouvoir éventuellement apporter quelques corrections. La transmission d’une œuvre d’un pianiste à d’autres interprètes est essentielle : si j’étais le seul à vouloir jouer ma musique, ce ne serait pas très bon signe. Que d’autres la jouent pour moi m’ouvre parfois des perspectives insoupçonnées.

11. Votre meilleur souvenir sur scène en tant que : pianiste, compositeur, improvisateur ?

Karol Beffa : Comme pianiste, ce sont sans doute les concertos de Mozart et Beethoven que j’ai joués très jeune avec orchestre. En tant que compositeur, les « créations mondiales » (comme on désigne, dans le jargon de la musique contemporaine, la toute première fois où une œuvre est jouée) de Masques (2004), par Renaud et Gautier Capuçon, et de mes deux concertos les plus récents, pour violon et pour piano (par Renaud Capuçon et Boris Berezovsky) ont représenté des moments très forts, car ce sont des œuvres qui m’ont coûté du temps, de l’énergie, et dans lesquelles j’ai mis beaucoup de moi-même. Je garde aussi un souvenir très ému des séances de répétition, salle Pleyel, de ma pièce Oblivion, écrite pour une vingtaine de musiciens du London Symphony Orchestra et pour une centaine d’apprentis violonistes des conservatoires d’Ile-de-France. La plupart de ces enfants se produisaient pour la première fois en public… Autre souvenir marquant : avoir entendu en 2009 un chœur bulgare chanter à Plovdiv des extraits de ma Messe, la fatigue du voyage décuplant l’émotion. Enfin, je me souviens des lectures par Toni Morrison, Prix Nobel de littérature, d’extraits de son roman Love, lors de sa réception à la Sorbonne en 2004 : j’ai eu la chance d’en faire un commentaire musical improvisé dans un amphi bondé. Autre moment mémorable d’improvisations : celles que les organisateurs du festival du Périgord noir m’ont permis de faire en août dernier sur Les Deux Orphelines de Griffith, un film que je rêvais d’accompagner depuis plus de dix ans… Et, parce que les séances d’improvisations collectives réussies sont rares, je garde un excellent souvenir du concert « Une Prière » où, en compagnie, de Raphaël Imbert au saxophone, d’Arnaud Thorette à l’alto, et de Johan Farjot à l’orgue Fender, nous avons proposé un voyage musical de Bach à Coltrane, que nous allons reprogrammer désormais.

12. Que vous apporte le fait d’enseigner ?

Karol Beffa : J’enseigne depuis longtemps l’orchestration, d’abord au Conservatoire du 18e arrondissement (de 2000 à 2004), puis à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm (où je suis Maître de conférences depuis 2004). Enseigner une matière technique comme l’orchestration suppose que l’on soit un très bon pianiste lecteur. C’est aussi, pour moi, l’occasion d’approfondir ma connaissance à la fois du répertoire orchestral et des possibilités de chaque instrument : c’est presque infini. Quant à l’enseignement de la musicologie (analyse et histoire de la musique), cela m’incite à découvrir un répertoire rare, à renouveler mon questionnement sur la musique, à mettre en doute certaines certitudes esthétiques.

@ Christophe Beaux

@ Christophe Beaux

13. Quelles missions donnez-vous à la musique ?

Karol Beffa : Elles sont évidemment nombreuses et incluent la consolation, le réconfort. Si l’on considère que la musique peut apporter un peu de joie ou contribuer à soulager le mal-être, on peut légitimement lui assigner une certaine fonction sociale. Or je pense qu’il y a une forte désaffection du public pour la musique savante, probablement aggravée par le fait que les gouvernements (de gauche comme de droite), depuis trente ans, se sont concentrés sur l’offre plutôt que sur la demande de musique : de l’argent existe pour subventionner la création, peu pour former le public. Or, les publics vieillissent, toutes les enquêtes le prouvent. En tant que compositeur en résidence, auprès d’orchestres, de conservatoires, de festivals, et dans le cadre de Master classes à l’auditorium du musée d’Orsay, l’un de mes rôles a donc été de travailler à la formation de nouveaux publics, en particulier auprès des jeunes. Le désintérêt des auditeurs pour la musique savante en général est une chose, le divorce entre les mélomanes et une bonne partie de la musique contemporaine en est une autre : si cette musique ne passe pas auprès de ce public, il faut se demander si c’est sa faute ou celle de la musique qu’on lui propose… Certains compositeurs, suivant en cela le précepte beethovénien — « ils comprendront bien un jour » —, s’imaginent que leur heure finira par venir. On peut s’en désoler ou s’en réjouir, mais force est de constater que, près de cent ans après avoir été écrite, à peu près toute la production atonale de Schonberg reste incomprise et n’est toujours pas entrée au répertoire. Comme compositeur, je me trouve dans une position délicate : je me considère comme un compositeur de musique savante, mais accessible. Je ne crois pas faire le même métier qu’un artiste de « musiques actuelles », mais pas vraiment non plus celui d’un compositeur expérimental et délibérément hermétique. La musique que j’écris n’a évidemment pas pour but premier de plaire au public ; c’est simplement celle que, comme auditeur, j’aimerais entendre au concert.

14. Quels sont vos projets pour 2010 ?

Karol Beffa : J’ai terminé un opéra, K ou la piste du château, d’après Kafka (livret de Laurent Festas), qui sera donné avec l’ensemble Contraste une douzaine de fois en Auvergne et en Ardèche avant de partir pour la Roumanie, la Hongrie et la Bulgarie — pas encore Prague, malheureusement ! C’est mon premier essai de cette importance dans ce domaine et j’espère bien avoir l’occasion d’écrire d’autres opéras. Dans l’immédiat, après avoir apporté les dernières corrections à mon quatuor de clarinettes (qui sera créé par le quatuor Vendôme le 20 avril prochain au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris), je termine plusieurs pièces pour piano : une que Claire-Marie Le Guay doit créer le 17 mai au théâtre de l’Athénée, une autre pour le festival Auvers-sur-Oise, une dernière pour le festival d’Annecy, qui sera créée par Denis Matsuev le 28 août. Je dois aussi écrire un concerto pour guitare et orchestre à cordes, avec comme soliste Emmanuel Rossfelder. Puis une pièce pour voix et quatuor à cordes, probablement sur des textes de Saint-Jean de la Croix, une commande de l’Opéra National du Capitole de Toulouse qui sera créée en novembre prochain. A plus long terme, j’ai reçu commande d’une musique de ballet pour 2011. Elle est destinée à la compagnie Julien Lestel, et devrait être créée en juin ou septembre 2011, pour faire partie de la programmation de Marseille, comme Capitale européenne de la culture (2013).


Pour en savoir plus sur Karol Beffa :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Karol_Beffa

http://www.youtube.com/watch?v=hUK5gyXQ5MI

http://www.youtube.com/watch?v=2dzMLRchKbc

http://www.youtube.com/watch?v=WF23uOdbfgk

http://sites.radiofrance.fr/francemusique/bio/fiche.php?numero=5160541

http://recherche.fnac.com/ia594415/Karol-Beffa

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La fable d’Aurèle et du yellow LostDog

by Alix de Boisset on mars 17th, 2010 219 Comments

Aurele Lostdog par Ilona Delahaye

Artiste plasticien post industriel né en 1963 à Paris, Aurèle découvre au début des années 80 au hasard d’une rue de New York,  l’affichette d’un chien perdu « Bob, the lost dog ». Il rencontre Andy Warhol, ArmanVilleglé et Raymond Hains, qui marquent son parcours. En 1990, il expose ses œuvres chez Leo Castelli, à New-York, et débute une collaboration avec Agnès B. qui présentera régulièrement son travail. En 1999, il emménage chez Nan Goldin avec sa compagne Joana Preiss. Dans les années 2000, il expose à la Fondation Coprim, à la plage avec Enrico Navarra. Vient ensuite la première commande publique : 6 chiens en bronze pour la façade du Musée de Rodez. En Mai 2005, Aurèle participe à la foire de Shanghai. Depuis l’artiste vit et travaille entre la France et la Chine. Il crée des projets monumentaux dont le fameux LostDog museum. En 2009, lui est remis le prix de sculpteur de l’année à Shanghai. Aurèle sera présent au Pavillon Français de l’Exposition Universelle de Shanghaï à travers LostDogCo2 : un chien géant de 4,5 mètres de haut utilisant la technique des infrastructures vertes. Immersion dans le « yellow world » d’Aurèle…

1. Vous considérez-vous comme une figure artistique, une « force contemporaine » ?

Aurèle : J’espère. Mais une anecdote amusante me ferait dire que oui, peut-être : Il y a 10 ans, 20 ans même, on me targuait d’être un artiste bien pessimiste quand j’essayais à travers le chien, le jaune, et tous les moyens mis à ma disposition d’attirer l’attention du public sur des problèmes liés à l’écologie, aux épidémies… Aujourd’hui, alors que mon message est resté le même, certains me voient comme un opportuniste. L’époque m’a rattrapé, c’est triste mais cela me renforce dans mes convictions et dans mon envie d’essayer de faire quelque chose.

2. Comment définiriez-vous votre style ?

Aurèle : Post-industriel comme disait Pierre Restany.

The lostworld

The lostworld

3. Vous sentez-vous investi d’une mission ?

Aurèle : Oui, c’est mon moteur. Ma seule raison de vivre. J’ai toujours eu un côté Rimbaud et je veux pour toujours être Zorro (rires…). Ne jamais perdre espoir à 5 minutes du miracle.

4. Racontez-nous votre parcours…

Aurèle : Ce serait long. Mais ce sont les rencontres qui m’ont toujours porté. Et les hasards objectifs qui en découlent.

Aurèle et Andy Warhol en 1986

Aurèle et Andy Warhol en 1986

5. Votre rencontre avec Andy Warhol a-t-elle marqué un tournant dans votre carrière ?

Aurèle : Oui. Mais rencontrer l’homme, c’est prendre le risque de démystifier son travail.

Bob, the lost dog

Bob, the LostDog

6. Quelles sont les origines de « Bob, the LostDog » ?

Aurèle : En 1986, c’était mon premier voyage à New-York. Avec les Portnawak, dont Fred LaTrace devenu Fred Kleinberg et Boredom devenu Mano Solo, on arrachait des affiches la nuit dans la rue. Au sommet d’un réverbère, j’ai vu ce Reward. Je l’ai conservé longtemps avant que j’en comprenne le sens et qu’il devienne mon travail.

Aurèle and the lostdog

Art Paris

7. Quelles valeurs souhaitez-vous transmettre à travers the LostDog ?

Aurèle : Si je voulais transmettre des valeurs, ce seraient celles qui m’ont interpellées dans cette affiche qui contient je pense tous les mots et les maux de nos vies. 100$ : l’argent omniprésent. Bob the LostDog : c’est toi, c’est moi. Reward : récompense d’une quête qu’elle soit spirituelle ou matérielle. Fiendly : L’amour, l’amitié un besoin universel. LostLostLost : perdus, face aux guerres, aux pollutions, aux épidémies. Wanted : la volonté, la recherche, un premier pas pour changer le monde : ACTION = SATISFACTION / SILENCE = MORT

Lostdog in shanghai

Lostdog in Shanghaï

8. Parlez-nous du musée éphèmère qui sera abrité dans Bob le chien jaune, pour l’exposition universelle 2010 à Shangaï…

Aurèle : Il y a confusion…ou amalgame. Le projet du LostDogMuseum est un projet différent. Il a certes été en compétition pour le Pavillon français de l’exposition universelle de Shanghai en 2010 mais c’est le projet de Jacques Ferrier qui a été choisi. Finalement, je proposerai dans l’atrium du pavillon une œuvre monumentale, le LostDogCo2, un chien géant de 4,5 mètres de haut reprenant la technique des infrastructures vertes. Composé de plantes dépolluantes, il a la capacité, grâce au processus de transpiration, de transformer les polluants contenus dans l’air en eau et en oxygène. Un œuvre d’art actrice de son propre message.

Travail

9. Quels sont les univers culturels ou artistiques qui vous inspirent ?

Aurèle : Le dadaïsme pour son anti-conformisme et ses prises de position. Le pop art et le nouveau réalisme pour avoir mélangé la haute culture et la basse culture et pour leur nouvelle approche du réel.  Et plus proche de nous Thomas Hirschhorn et Olivier Blanckart pour leur humanité et leur travail. J’aime les ingérables.

Aurèle en action

Aurèle en action

10. Quels sont les matériaux que vous préférez travailler ?

Aurèle : Tous et aucun en particulier : la pierre, le bronze, la vidéo, le néon, le polaroïd… Peu importe le medium, seul le concept m’intéresse. Je suis plus proche de l’idée que du résultat.

11. Qu’avez-vous tiré de votre période indienne ?

Aurèle : L’âme, la joie de vivre, l’espoir d’une renaissance même si je n’y crois pas trop. J’ai renoué avec mes croyances chez Mother India.

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12. Avez-vous le sentiment de prendre continuellement des risques dans votre travail d’artiste ?

Aurèle : Oui. C’est ce qui fait de moi un artiste. Bien qu’aujourd’hui, il y ait beaucoup d’artistes commerçants.

13. Quel regard portez-vous sur le monde ?

Aurèle : Je suis d’un optimisme tragique. Je vois ça comme si nous étions dans une voiture de sport à plus de 250km/h sur la file de gauche de l’autoroute. Nous voyons un mur, le mur approche, nous accélérons…Je tire sur le frein à main.

14. Que pensez-vous de l’Art actuel ?

Aurèle : À boire et à manger.

chien jaune

15. Quels sont vos projets pour 2010 ?

Aurèle : En mars : LostDogConnection, une oeuvre d’art virtuelle ouverte à tous, inspirée de mon travail sur la perte et l’errance. Cette oeuvre est d’abord une collection : la collection de toutes les réponses à une question simple mais profonde : « Et vous, qu’avez-vous perdu ? ». Chacun peut consulter, partager et enrichir cette collection de témoignages sur les sites communautaires les plus visités : Facebook (page LostDog Community), YouTube (chaîne LostDog Channel) et Twitter (fil LostDog Post). La collecte des réponses a démarré le 1er mars ; aucune date de fin n’est prévue. LostDogConnection se donne d’abord à voir sur Internet. Du 17 mars 2010 au 22 mars 2010, LostDogConnection sera à la Foire d’Art Contemporain ART PARIS + GUEST, au Grand Palais, sur le stand de la Galerie Nathalie Gaillard qui me représente. Du 1er mai au 31 octobre, LostDogConnection ira jusqu’à Shanghaï, à l’Exposition Universelle où je présente le LostDogCo2 dans l’atrium du pavillon français.


Pour en savoir plus sur Aurèle :

www.aurele.net/

www.lostdogconnection.com


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